Correspondance de Rome, t. CCLXXXY, p
3. Dépêche du duc d'Estrées au roi, le 6 décembre 1678 (ibid., t. CCLV1II, p. 156-165;.
qui le puisse absoudre de ce lien, et qu'il prétend de savoir les causes de cette dissolution ou absolution de lien avant que de concéder des bulles au nouveau nommé, ce n'est pas la principale difficulté, vu que M. l'évêque de Nantes n'aurait sans doute que de bonnes et légitimes raisons à rendre. » Donc le pape ne voulait pas considérercet évêché comme vacant par le seul fait de la démission de l'évêque. Servient, au contraire, se prononça pour la vacance et soutint qu'en pareil cas il y avait pour le roi droit de régale l. Dans un mémoire adressé par le même, au même le 12 avril 1679, Servient enseigne qu'autrefois la confirmation des évêques appartenait au métropolitain, et que « tout se passait dans les limites de la province, en cas même de translation, déposition et cession, sauf l'appel au saint-siège qui devait être porté parles intéressés selon la forme prescrite dans le concile de Sardique. » Il ajoute : « Innocent III, vers la fin du xn' siècle ou le commencement du xnr9, par une décrétale, se réserva les dépositions, cessions et translations par des raisons si peu solides qu'il n'est pas difficile de le connaître d'abord; car, se fondant sur la manière de parler métaphorique et figurée de quelques anciens Pères, qui, pour marquer le lien de l'ordination qui attache l'évêque à l'Église, supposent un mariage spirituel entre Vévéque et T Église,... il prononça que les papes seuls, en qualité de vicaires de Jésus-Christ, pouvaient dissoudre cemariage spirituel... ; d'où il conclut que ces cas lui sont plutôt réservés par institution divine que par constitution canonique. » Suivent des détails historiques démontrant le droit du roi de nommer aux évêchés dans les cas de cessions. Servient blâme le cardinal Dossat de ne s'être pas mieux débarrassé qu'il n'a fait de certaines difficultés*. — Innocent XI comprit-il la faiblesse de sa prétention ? Toujours est-il qu'il préconisa l'abbé de Beauveau pour
1. Correspondance de Rome, t. CCLIX, p 200-203 t. Ibid., t. CCLX, p. 78-8(3.
l'évêché de Nantes, dans le consistoire du 12 juin de la même année1.
D'après une confidence faite par le cardinal Cybo au duc d'Estrées, le pape, soupçonnant que l'évêque de Malines professait le jansénisme, voulait, le faire venir à Rome et le juger, « à moins d'un obstacle invincible de la part des Espagnols 2. »
Profitant habilement du conflit qui éclata à l'occasion de la mort du nonce Varesi à Paris, Innocent XI voulut à tout prix accroître la juridiction de ses nonces, notamment de celui de Paris. La fermeté de l'archevêque de cette ville dans cette question lui portant ombrage, il conçut contre lui une jalousie et une aversion profondes; dans le but de l'humilier, il voulut lui enlever la préséance ecclésiastique dans son propre diocèse et l'adjuger au nonce, exiger de cet archevêque des satisfactions qui fussent une sorte de demandes de pardon, comme si ce prélat eût violé les canons et blessé la papauté. La haine du pape se manifesta, entre autres circonstances, lors de la nomination de Mascaron, évêque de Tulle, à l'évêché d'Agen; le procès d'information qui se fait en pareils cas sur les qualités de l'élu, eut lieu par-devant l'archevêque de Paris. Rome, qui cependant avait accepté de tels procès, refusa celui-ci, sous prétexte que l'archevêque de Paris n'était pas le métropolitain de l'évêque d'Agen3. Pomponne écrivit à ce sujet au duc d'Estrées, le 17 novembre 1679 : « Voici un mémoire que Sa Majesté m'a commandé de vous envoyer touchant les prétentions de la cour de Rome que les informations de vie et mœurs ne se peuvent faire par-devant l'archevêque de Paris, comme l'ordinaire du lieu où se trouve Sa Majesté. Il sera important que vous le fassiez voir à M. le cardi-
1. Dépêche du duc d'Estrées à M. de Pomponne, le 13 juin 1679 (Correspondance de Rome, t. CCLXI, p. 61-64).
2. Dépêche du duc d'Estrées au roi, le 5 septembre 1679 (ibid., t. CCLX11, p. 106-109).