Ibid., t. CGLXXII, p
vaques n'avaient pas le droit de séculariser une abbaye, et que ce droit n'appartenait qu'à lui seul. Relativement à la sécularisation de l'abbaye d'Esnay, pour laquelle Louis XIV était eu instance auprès du pape, le duc d'Estives raconta, dans sa dépêche du 3 avril 1682, qu'il avait de nouveau pressé le pape de l'accorder : « Je lui représentai, dit-il, que la patience et la modération de Votre Majesté de s'être adressé si longtemps et avec si peu de succès à Sa Sainteté, étaient d'autant plus grandes, qu'elle aurait pu laisser la liberté à M. l'archevêque de Lyon de suivre l'exemple de ses prédécesseurs, qui avaient sécularisé, dans la même ville de Lyon, deux abbayes, qu'elles avaient toujours subsisté, et que les papes qui avaient été de ce temps-là n'y avaient pas trouvé à redire, ou au moins n'avaient pu ou voulu les détruire. Il me répondit, mais assez faiblement, que les archevêques n'avaient pas ce pouvoir-là, et qu'il fallait que les papes n'eussent point eu connaissance de ces deux sécularisations. » L'opposition que le pape fit à l'électeur de Cologne touchant l'élection de celui-ci à l'évêehé de Munster, en 1686, n'est pas moins significative. Il aima voir s'augmenter le nombre des vacances dans le sacré collège, comme si ces sièges vacants lui avaient donné plus d'importance. À la vacance du vingtquatrième chapeau, l'archevêque de Rossane lui ayant représenté que le chiffre des cardinaux était bien réduit, il répondit <( que Jésus-Christ, que les papes représentaient si imparfaitement, avaient encore eu moins d'apôtres1. » Dans sa dépêche des 27 et 28 août 1681, le cardinal d'Estrées lui reprocha d'être assez peu capable de modération pour empêcher les cardinaux de décider eux-mêmes les questions posées"2. Il prenait plaisir à déprimer ainsi les cardinaux et à faire du sacré collège un
1. Mémoire de l'abbé de Seraient, le 11 janvier 1681 (CoiTesporidouce' ila Home, t. CCLXXV, suppl. de 1081, p. 22-25). -2. Ibid., t. CCLXXIV, p. 211-229.
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simple conseil de parade. Le cardinal d'Estrées s'en plaignit en ces termes dans sa dépèche du 5 oc obre 4080 : « Sa Sainteté prend tant de plaisir à maltraiter tous les cardinaux, à rebuter les vœux unanimes des premières congrégations, suspendre les censures des livres quand après de longues discussions ils ont été condamnés, et en taire condamner d'autres avec forme d'examen comme il a fait ceux du Père Alexandre, et prend tant de plaisir d'abaisser ce caractère, que..: j'appuyai principalement sur le titre de ministre public, » pour obtenir réparation1.
La façon dont ce pape maîtrisa les cardinaux et les fit passer sons ses fourches caudines, est très bien dépeinte par le cardinal d'Estrées dans sa dépêche à Louis XJV, du 7 mai 1687 : ce Le pape, dit-il, ordonna au commissaire de la chambre de dresser un projet de bulle selon son idée sur cette matière. Il le fit avec un prélat, officier de la chancellerie, nommé Ciampini; et, après que le pape l'eût vue, il ordonna au commissaire de la chambre de la communiquer au cardinal Ottobuon, il y a dix ou douze jours, où l'on m'a dit que les cardinaux Carpegne et Casanatta se trouvèrent. Il était déterminé sur la publication, à ce que j'ai appris; mais on les consultait sur quelques circonstances. Je crois qu'ils ne se sont assemblés qu'une fois, avec l'obligation du secret à peine d'excommunication. Jeudi passé, j'eus avis qu'on parlait d'une bulle sur les quartiers et que le pape y songeait, mais on n'en dit pas davantage, et l'apparence n'était pas qu'on la dût sitôt publier. Cependant, Sa Sainteté, pressée par les nouvelles du départ assuré de M. de Lavardin, a cru qu'il en devait faire la publication, et s'est assurée que ce serait un rempart assuré contre la venue de i'ambassadeur. Le commissaire la lui porta dimanche au soir; il la signa et lui commanda de la porter à tous les cardinaux pour la signer. Ottobuon l'a signée le premier. Le com-