A. 11.. Rome, 145, même dépêche
2. 11 va sans dire que les petites affaires obtenaient quelquefois gain de cause. Le cardinal dataire apporta le 10 juillet à M. de Créqui cinq mémoriaux accordés, sur les vingt-deux qui avaient été soumis à la Datcric ; mais c'étaient des suppliques particulières sur des questions très minées. — Souvent aussi la cour de Rome motivait assez adroitement ses refus et le roi se mettait dans son tort en insistant : par exemple il avait demandé une abbaye pour le jeune Montesqaiou, lequel n'avait guère plus
de dix-sept an-. Le pape déclara que, d'après le 9 Conciles, L'âge de vingtdeux ans était nécessaire : le roi n'avait jamais auparavant eu égard à l'Age et le Saint-Siège s'était abstenu de réclamer; c'était donc mauvaise volonté pure: mais enfin il était sur un bon terrain, et le prétexte était excellent* (Noir, sur l'affaire Montesquiou, A. B., Home. 1 'ià, le roi à Créqui,
Créqui n'avait été reçue ni par Sa Sainteté, ni par les princesses1; bien plus, on insinuait « que le pape serait an contraire disposé à accorder tout », pourvu que Sa Majesté voulut bien retirer M. de Créqui de Rome ~. Ainsi, au bout de six semaines, le Saint-Siège, usant d'un procédé extrême, sollicitait déjà le rappel de l'ambassadeur de France. Il connaissait peu Louis XIV et sa hauteur d'âme, car il n'y a que les ministres lâches ou stupides qui accèdent à de telles insinuations et sacrifient leurs agents fidèles et courageux aux défiances de l'étranger 3. Mais l'ensemble de la situation était fort inquiétant pour l'avenir, et de plus, pendant que les instructions pour la visite aux parents séculiers étaient en route pour Rome, une rixe se produisit entre des Français et des soldats corses. Elle fut considérée comme du plus mauvais augure : « plaise à Dieu, écrivait le prévoyant abbé Benedetti, que nous n'apprenions pas un jour quelque grave désordre *! »
Cet incident, qui en d'autres temps eût passé inaperçu, devint une assez grosse affaire. Il est intéressant surtout au point de vue des événements qui suivirent, car la garde
2 juin, f° 52; Créqui au roi, 18 juillet, f° 136. (Voir, pour les petites grâces, Créqui à Lionne, même date, 137.)
1. A. É., Rome, 145, Benedetti à Lionne, 18 juillet, f° 138 : « la signora Àmbasciatrice no meno ha per ancora havuta la visita délie Donne ». Cependant Mme de Créqui avait été les voir deux fois (ibid., 146, Créqui au roi, 1er août).
2. Ibid., le roi à Créqui, 21 juillet, f° 139 : « On a résolu de me faire dire que le pape est disposé de m'accorder tout, pourvu que je veuille bien vous retirer de Rome ».
3. M. de Créqui fut informé de cette demande et il répondit au roi avec beaucoup d'esprit, en des termes dont pourrait user tout diplomate soumis à pareille épreuve : « Comme il est à croire que ma présence serait agréable à Sa Sainteté si j'eusse témoigné moins de chaleur dans les choses qui regardent votre service, j'ai quelque lieu de me flatter de voir qu'en sollicitant mon rappel, elle donne en quelque sorte une approbation secrète à la conduite que j'ai essayé de tenir jusqu'ici. » A. E., Rome, 146, Créqui au roi, 15 août, f° 26.