‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 112 sur 268 · A. É., Rome, 145, Benedetti à Lionne, 28 juillet, f · texte numérisé non relu

A. É., Rome, 145, Benedetti à Lionne, 28 juillet, f

corse, pour la première fois, s'y trouva en querelle avee des Français, et on doit y voir l'origine de l'hostilité de ces soldats contre l'ambassade, aussi bien que des ordres imprudents qui leur furent donnés par le gouverneur de Rome.- Voici les faits tels que M. de Créqui les exposa depuis à sa Cour et tels que l'abbé Benedetti les raconta sur-le-champ à M. de Lionne.

Le 27 ou le 28 juillet, deux Français, qui n'appartenaient pas à la maison de l'ambassadeur, le nommé Papillon, maître d'armes, et un valet, étaient à boire, vers deux heures du matin, dans un cabaret de la place Farnèse. Ces gens se prirent de dispute avec cinq soldats corses de la patrouille qui vinrent boire au même lieu. On ne sait quels furent les provocateurs, mais, après une altercation assez violente, les Français mirent l'épée à la main, attaquèrent les Corses et leur enlevèrent leurs armes. Ceux-ci s'enfuirent dans la rue, poursuivis par Papillon et son camarade : quelques pas plus loin, ils rencontrèrent le gros de la patrouille qui était d'environ quarante hommes, lesquels, saisis de panique, ou craignant peut-être, à cause du voisinage du palais, quelque attaque des domestiques de l'ambassadeur, se sauvèrent comme les premiers devant les deux agresseurs. Les armes abandonnées furent portées à l'ambassade par les Français tout fiers de leur exploit.

M. de Créqui, apprenant le lendemain l'aventure, envoya M. de Luzarche au capitaine de la patrouille pour s'enquérir des véritables détails de cette bagarre : l'officier confirma le récit des Français, ajouta qu'il ferait punir ses soldats, et demanda seulement la restitution des armes, ce qui fut immédiatement accordé l. L'aventure fit néanmoins

I. A. É., Rome, VII, 148. Note du duc de Créqui en réponse au Mémoire du cardinal Imperiali, f° 14. — Ibid., Rome, IV, 145, Benedetti à Lionne, 18 juillet, f° 150. — Ibid., Rome, 146, le roi à Créqui, 18 août. Dans cette dépêche, le roi parait approuver la conduite du maitre d'armes et il ajoute ironiquement : « Cet incident fera peut-être connaître au cardinal Imperiali qu'il ne gagnera rieii a barceler la nation avec les braves gens qu'il a sous s.m (<»m mandement ». Il recommande néanmoins à L'ambassadeur de veiller sur la conduite de ses gens.

beaucoup de bruit. Les autorités romaines déclaraient qu'elles intenteraient un procès au maître d'armes : celui-ci s'était réfugié au palais Farnèse, et M. de Créqui, redoul

laul que la présence (le cet homme ne devint une occasion de désordre, et que des espions ne vinssent à le découvrir, sa capture étant, disait-on, mise à prix, le fit sortir secrètement de Rome avec son compagnon et le renvoya en France '.

En apparence, l'affaire était étouffée, mais elle avait irrité la garde corse et le gouvernement pontifical. Deux documents auxquels les faits subséquents donnent une haute valeur historique, l'un secret, l'autre public, constatent l'impression du Saint-Siège. Le premier en date du 31 juillet, est une dépêche du cardinal Chigi au nonce * conçue en termes bien compromettants : « Les fréquentes insolences, dit-il, que commettent les gens du duc de Créqui finiront par amener quelque notable inconvénient, ce qui serait arrivé par leur audace lors de l'incident rapporté dans la feuille ci-jointe 3, si les Corses n'avaient usé decette prudente patience où ils savent que notre volonté est qu'ils se renferment jusqu'à un certain point » 4. Ces derniers mots, assez significatifs en eux-mêmes, trouvent leur commentaire dans un second document qui est la Feuille des nouvelles de Rome du 5 août ; voici ce passage : « A la suite du désordre qui s'est produit entre des Français et la patrouille, divers ordres secrets ont été donnés aux chefs de ces soldats, et on leur a accordé permission de tirer contre les Français à la moindre occasion qui se présentera. Tous les soirs, avant la marche de la patrouille,

1. A. É., Rome, 146. — Voir aussi, loc. cit.. Nouvelles de Rome, du 5 août. f° 12, et du 12 août, f° 22. — Voir le même récit dans le livre de Régnier Des Marais, p. 8 et 9.

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