A. É., Rome, 146, Créqui au roi, 1er août 1662, f
lui-même des troupes pour les envoyer aux Vénitiens. Comme il était fort délicat d'insister sur cette affaire d'argent, l'ambassadeur passa à d'autres sujets. L'induit de l'Artois et du Roussillon était une difficulté qui semblait à peu près aplanie d'avance : elle suivait son cours dans les congrégations, et on considérait une conciliation comme prochaine l. Il n'y avait rien de ce côté qui pût passionner le débat.
Le chapeau de M. de Mercœur souleva une discussion plus vive, et même le pape fit remarquer avec assez peu d obligeance « qu'en France on changeait si souvent que, dans six mois peut-être, Sa Majesté ne voudrait plus de ce candidat ». Malgré tous les efforts de M. de Créqui, il ajourna sa réponse. Mais ce dernier qui commençait à comprendre la façon d'agir de son interlocuteur, estima que la chose n'ayant pas été formellement refusée, il y avait lieu « d'en tirer bon augure » : ce ne fut cependant que quatre ans après que le duc de Mercamr fut revêtu de la pourpre romaine. En résumé, M. de Créqui fut assez satisfait de cette audience insignifiante. Il était fort loin de penser, i cette date, qu'il eût aucune concession à faire dans la grosse question de la visite, et ce fut avec le plus grand Stonnement qu'il reçut, quelques jours après, les nouveaux ordres qui tranchaient la difficulté dans un sens aussi contraire à ses instructions et à sa conduite.
« J'ai reçu, écrit-il au roi le 8 août, la dépêche qu'il a plu à Votre Majesté de m'écrire le 14 du passé, et je ne saurais lui lissimuler que je n'aie été surpris au dernier point de voir ju'elle ait sitôt changé de sentiment sur le sujet des parents iéculiers de Sa Sainteté. L'honneur que Votre Majesté me fait
1. Il n'en fut rien cependant, car. en 1666, celle question et( encore raitée dans les Instruction* du roi au «lue de Chaolnee : « Quoique Sa lainteté, <lii ce document, ait témoigné de l'aroir promise,... le roi est ueore ;, , -,, attendre l'effet. ■■ Recueil de$ Instructions, etc., p. 182.
de me dire qu'elle m'établit quasi comme juge dans cette affaire est assurément le plus grand qu'un sujet puisse recevoir; mais c'est un honneur que je ne mérite pas et qui même a failli à m'embarrasser comme trop au-dessus de moi, avouant ingénument à Votre Majesté que si son intention ne m'eût été clairement connue par vingt circonstances de sa lettre, j'eusse eu peut-être quelque peine à me résoudre de rien décider à l'avantage des neveux l. »
On voit par ce passage combien sa contrariété personnelle est vive, ce qui était bien naturel d'ailleurs chez un agent qui, après avoir suivi exactement les instructions écrites de son maître, se voyait pour ainsi dire désavoue. Il regrettait surtout, et avec raison, que le roi eût confié au nonce ses nouvelles intentions, et le mécontentement perce à travers sa respectueuse phraséologie :
« Votre Majesté ayant dit à M. le nonce qu'elle m'avait remis la chose, j'ai bien jugé que je ne pouvais différer la visite sans m'attirer toute la haine du pape et des siens et me rendre, par conséquent, inutile à votre service. Que si Votre Majesté ne se fût pas expliquée si avant avec M. le nonce, j'eusse peut-être pris la liberté de suspendre l'exécution des ordres pour vous représenter le peu de fondement que les neveux avaient dans leur prétention, même du côté de l'usage, et les conséquences que je jugerais que cette visite pourrait tirer avec soi, tant par le décréditement que je croyais qu'elle me pourrait donner, que par le préjudice que j'estimais qu'un relâchement de cette nature pourrait apporter à vos affaires 2. »
Il n'était donc en rien convaincu par les raisonnements de la dépêche de Paris, et il considérait au contraire toute concession comme très regrettable. Il n'ose le dire ouvertement au roi, mais il écrit à M. de Lionne le même jour cette phrase pleine de l'amertume d'un homme qui se soumet sans doute mais demeure sceptique : « attendons, je vous supplie, à nous réjouir, que nous ayons vu p