‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 116 sur 268 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

ar

les effets que le pape réponde comme il faut à la démarche que Sa Majesté a voulu que je fisse en faveur des neveux » ; et il ajoute, faisant allusion à l'impression de son entourage : <( Je ne vous mande point comme la chose a été ici reçue de tout le monde. Vous l'apprendrez d'ailleurs l. » Et en effet, la stupéfaction fut générale. La Feuille des nouvelles de Rome indique le fâcheux effet qui résulte de l'incident pour la dignité de l'ambassadeur : « Rome tout entière, dit-elle, blâme l'instabilité française » ; nul n'était dupe de la prétendue liberté de décision laissée à M. de Créqui, on ne doutait pas qu'il ne fût contraint, et tout le parti français, pour atténuer l'effet de ces ordres, affectait de croire que le pape avait assurément donné de grandes promesses pour les obtenir. D'autre part, on rapprochait cette résolution des concessions faites à la reine de Suède, et la malignité publique se plaisait à en conclure que M. de Créqui avait bien peu d'influence sur la politique de son gouvernement2. L'abbé Benedetti, aussi bien que Vagnozzi, l'un et l'autre si experts dans les affaires de Rome, expriment la même pensée, avec une sorte de consternation, en écrivant à M. de Lionne : « Quels bons effets, s'écrie le premier, pourrait résulter de cette mesure? n'est-ce pas confirmer le pape dans sa constante opinion sur la mobilité d'esprit des Français? Quelle force aura l'éloquence de l'ambassadeur quand le Saint-Père pourra espérer que nos résolutions varieront dans l'espace de peu de jours? Ici les plus petites choses sont peut-être les plus grandes : le crédit du roi, de son conseil, de son ministre à Rome, est grandement atteint par cette résolution :{. » Le second n'accentue pas moins sou blâme : « Je n'ai pas d'expression, dit-il, pour représenter le douloureux étonnement de l'ambassadeur au reçu des ordres de Sa Majesté ; après s'être engage selon les instructions du roi, il est bien pénible

Page 1