Dép. du duc de Créqui, A. É., 21 août
En tous les autres endroits de la ville, les soldats se mettaien pareillement sous les armes, crianl qu'on fit avancer la cavalerie et ebart-r « ■ ; * " ' tous les Français. Ga ette de France ^ loc. cit., p. 935 el sui\. Même détail : Relation véritable. A. E., loc. cit.. f° 35.
238 L AMBASSADE m DUC DE CRÉQUI.
de mort, se sauvaienl en proie à la plus violente terreur1. On a dit qu'alors des gentilshommes de L'ambassade, ;i\<'<le chirurgien el le barbier de M. de Créqui, postés à la fenêtre de l'angle droit du palais, avaient en représaille tiré aussi des coups de mousquet; on a même voulu leur attribuer la mort de ( iuai naccino 2. Enfin plusieurs autres
1. a On tirait de toutes parts sur tous les Français qu'on rencontrait et sur les Italiens qu'on s'imaginait qui venaient à mon palais. » Dép. de Créqui, 21 août, loc. cit. — « Les Français qui casuellcment passaient proche le palais servaient de victimes à la rage et fureur de ces barbares, s'ils n'étaient prompts à se retirer dans des logis voisins qui leur furent ouverts, les bourgeois ni le peuple de Rome n'ayant aucunement contribué à cette méchante action. » Dép. de Bourleinont à Lionne, A. E., loc. cit., f° 38, 21 août. — « Tiravano a chimique gli capitava... che havessc similitudine di Francese. » À. E., supplém., déjà cilé. Rclazionc, loc. cit.. I :;'i.
2. Aucune relation française ou favorable aux Français ne fait mention de ces représailles, et il n'en est pas parlé davantage dans les dépêches de l'ambassade. Elles sont indiquées vaguement dans une relation italienne (A. E., Rome, loc. cit., f° 36) : « le dette arehibugiate fatte non solo da di Corsi ma anco dalli Franccsi », et aussi dans le Iïacconto de l'abbé Salvetti, ras. déjà cité. Mais c'est surtout dans les témoignages de l'enquête qu'on trouve des renseignements sur ce point : plusieurs habitants de la place Farnèse, Catalucci, Humiltà, Laurenti, Montacuto, prétendent que des coups de feu ont été tirés de la fenêtre située à l'angle du palais où se tenaient quelques personnes. Un des blessés, Michel ïrussil, affirme de même qu'un de ses amis qui était près de lui au moment où il fut frappé, lui a déclaré avoir vu tirer des fenêtres de l'ambassade de France. Enfin les médecins qui ont constaté la mort de Guarnaccino disent que la balle a dû être tirée d'un lieu élevé. Les autres témoins au contraire ne parlent que des arquebusades tirées au coin de la rue de' Yenti, de l'autre côté du palais. Il est possible sans doute que, dans la foule de gens rentrés dans l'ambassade et qui assistaient à l'émeute, quelques-uns aient cru pouvoir user de représailles et essayer de riposter sans savoir au juste où étaient les assaillants. Mais les témoignages des habitants de la place et des chirurgiens ne me paraissent point péremptoires : ceux des premiers ne sont que des conjectures fondées sur ce fait que plusieurs balles ont éraflé les colonnettes d'entrée d'un palazzelto de la via Monserate, cl que ces colonnettes ne se voient pas de la via de' Vcnti d'où tiraient les Corses. J'ai contrôlé ce fait et il est exact, mais il est très possible aussi que les balles des Corses venant frapper l'encoignure d'une maison située en avant des colonnettes aient ricoché sur le palazzetto. Aucun des témoins ne dit qu'il ait vu tirer des fenêtres : tous le supposent seulement d'après cet indicé douteux. Quant aux chirurgiens qui ont constaté le décès du commis libraire, ils affirment que le trajet de la balle était de haut en bas, mais, d'après leur déposition même, la déviation était très faible, puisque la balle s'est arrêtée sous l'épaule droite. Guarnaccino stationnait juste sous la fenêtre : si la balle eût été tirée d'aussi haut et d'aussi près, elle eût percé beaucoup plus profondément et il eût été probablement traversé d'outre en outre. Il est plus vraisemblable que par un mouvement naturel, au milieu de l'arquebusade , il se sera Légèrement baissé
passants furent blessés au Campo de' Fiori et au carrefour de' Balestrari : l'un était un Italien nommé Petrucci qui, s'échappant vers le palais du cardinal Pio, reçut une balle au pied gauche et mourut peu de jours après de sa blessure i. Les deux autres étaient Français et de la maison de l'ambassadeur.
L'un d'eux se nommait Aubin Copet. C'était un jeune homme de dix-huit ans, Parisien, « un de mes laquais », dit le duc de Créqui. Copet était particulièrement au service du secrétaire de l'ambassadeur : le pauvre garçon, venant du palais du cardinal Pio qui était au Campo de' Fiori, traversait la place pour se réfugier au palais Farnèse, lorsqu'il essuya le feu des Corses embusqués au coin de la rue de' Balestrari. L'effet de cette décharge fut terrible : Copet tomba avec deux cotes cassées, la poitrine traversée et une blessure au bras. Transporté aussitôt chez un arquebusier du Campo de' Fiori, le sieur Suardo, il semblait si près d'expirer qu'on envoya en hâte chercher un prêtre qui le confessa : il resta trois ou quatre heures dans la boutique et ce fut seulement quand les rues furent libres que des gens de l'ambassade vinrent le chercher avec des torches et ramenèrent au palais Farnèse. Il y mourut quelques jours plus tard 2.
et penché, ce qui aura fait dévier la balle qui, venant d'assez loin, est restée dans la blessure. Sa mort d'ailleurs coïncide exactement avec la volée de mousqueterie tirée de la via de' Venti : sur ce point tous les témoignages sont d'accord. Nulle part il n'est question dans les documents ultérieurs, excepté dans le RaccorUo de l'abbé Salvetti, de cette prétendue riposte des officiers de l'ambassade, et l'on est surpris de voir dans un travail intitulé ('inclusion et qui termine le volume de l'Enquête, l'assertion des coups de feu partis du palais Farnèse rapportée comme un fait précis : a les balles parties du palais tuent le garçon libraire Andréa Guarnaccino ci blessent le boulanger allemand Michel Trussil » (p. 412). On voii que, d'après L'auteur, l'arquebusade des Corses postés an coin de la \i.i de Venti aurait été fort inoffensive. File n'aurait Frappé que des murs et Les deux victimes ainaiciit éle réservées aux officiera de L'ambassadeur, dont L'intervention active n'est constatée dans aucune autre pièce de no*. dossiers,
1. Enquête, p. 102, 246 et 247. Petrucci, conduit sur-le-champ à L'hôpital de la Consolazione, y mourut le 3 septembre
j Sur Aubin Copet, voir Enquête, déposition Suardo, p. L92-194, et cons-
2'»0 l'ambassade du duc de créqui.
L'autre était un homme de rang plus ('levé. Antoine du Boys, désigné simplement par M. de Créqui comme un de ses gentilshommes, et par diverses relations comme capitaine de ses gardes *, cherchait, accompagné de trois amis, à regagner le palais. Ne pouvant aborder directement la place où il entendait des mousquetades, il eut la malheureuse idée de passer par les ruelles voisines, et, dans l'une d'elles dont il n'a pu donner le nom au magistrat de police, mais qui va au Pellegrino (probablement la via de' Balestrari), il fut, selon son récit à l'enquête, « assailli par vingt ou trente soldats corses qui lui crièrent : Arrêtez ! Comme il leur répondit a qu'il allait à l'ambassade de France » 2, ces gens crièrent : « Tue! tue! ce sont des Français! » Aussitôt il reçut une balle dans le ventre, et il eût été tué sur le coup, disent plusieurs relations, si la balle n'eût rencontré une boîte à portrait en cuivre qu'il portait dans le gousset de son haut-de-chausses 3. On l'emporta chez un marchand français de la place Navone, le sieur Paradan, où il logeait 4, et d'après un des rapports qui sont au dossier, il y serait mort le lendemain (le jour même de sa déposition, qui est datée du 21 août) 5. Quoi qu'il en soit, l'exactitude de son témoignage a été contestée et ce meurtre a été depuis imputé aux sbires. Il semblerait difficile de démentir à cet égard le témoignage
tatation du décès, p. 194-196. — Il est désigné comme un des « laquais » du duc de Créqui dans les diverses relations déjà citées, et comme page du secrétaire dans la déposition Suardo. — Voir aussi l'appendice à l'enquête, p. 432.
1. Dép. du duc de Créqui, 21 août, loc. cil. — Du Boys est désigné de même comme gentilhomme de l'ambassadeur dans Relation anonyme, etc., déjà citée; Relazione del rumore, etc., déjà citée; Relation véritable, etc., déjà citée. Il est indiqué comme capitaine des gardes dans l'Enquête (Conclusion, p. 416), et dans Autre relation, etc., déjà citée.