‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 138 sur 268 · Enquête, dép. de M. du Boys, déjà citée · texte numérisé non relu

Enquête, dép. de M. du Boys, déjà citée

5. Relation anonyme, déjà citée. Les autres rapports le citent seulement comme blessé sans donner la date de sa mort. Il est certain cependant qu'il succomba à sa blessure. (Voir, à ce sujet. Enquête, Conclusion (en note), p. 417.)

même du blessé, si en définitive, à la fin de l'enquête, et après un supplément d'instruction dont nous n'avons pas retrouvé les pièces, un sbire n'eût été arrêté et pendu comme notoirement coupable de ce meurtre '. Le duc de Créqui l'attribuait aussi aux hommes de police, et dès le premier moment8. On doit donc admettre (le gouvernement pontifical n'ayant eu aucun intérêt à la condamnation d'un de ses agents directs) que du Boys, dans l'émotion de l'attaque, n'a pas bien nettement distingué quels étaient ses agresseurs. Mais d'autre part il n'a pas inventé certainement les cris de mort proférés contre lui, et en supposant même que ce soit à une erreur des sbires qu'il faille attribuer un tel assassinat, il faut reconnaître tout au moins que la conduite de ces agents a été bien ambiguë et qu'ils étaient étrangement troublés en cherchant à rétablir l'ordre avec aussi peu de discernement et une pareille brutalité.

Nous devons dire toutefois qu'étant données la violence de l'émeute, la course de quarante soldats furieux au milieu d'une population aussi nombreuse, il est étonnant qu'on n'ait pas constaté plus de victimes. Nous n'avons eu à citer en définitive que neuf personnes atteintes depuis le commencement de l'affaire au Ponte Sisto et nous n'indiquerons plus qu'un meurtre, dans l'épisode qui va suivre. Aucun des récits du temps, même parmi ceux qui se montrent les plus hostiles au gouvernement

1. Voir, à ce sujet, la note déjà citée (Conclusion de l'Enquête, p. 41G et 417). Mais il faut aussi considérer que les éditeurs de l'Enquête, publiée à Bastia, sont évidemment favorables aux Corses.

2. Lettre particulière de M. de Créqui à M. de Lionne, A. É., loc. cit., f" kk : « Les sbires se mirent en armes aussi bien que les Corses, et eux qui n'ont jamais accoutumé de tirer blessèrent un de mes gentilshommes en place .Navonc d'un coup de mousquet dans le ventre ». L'ambassadeur se trompait en désignant la place IN'avone comme le lieu du meurtre. On a vu que M. du Boys a été tué rue de Baleslrari, mais transporté ensuite chez lui, place Navonc. La lettre de M. «le Créqui est du 22 août, il était encore assez mal informé : Déan moins, eu rapprochant ce qu'il dit des pbirea arec le fait de la condamnation finale, on est fondé à signaler une troupe de sbires comme coupable de l'assassinat de M. du Boys.

T i ir,

242 l'ambassade du duc de ckéqui.

pontifical , n'en mentionne davantage , et nous avons la certitude d'avoir la liste complète. On doit donc constater d'une part que la population romaine est rester entièrement étrangère à cette agression sauvage, n'ayant aucune haine contre les Français, et que, selon L'appréciation équitable de M. de Bourlemont, elle a « détesté cette méchante action » 1 ; d'autre part, que des mesures relativement efficaces et promptes ont été prises pour empêcher que de semblables scènes ne vinssent à se produire en d'autres parties de cette ville remplie de vagabonds et de malandrins. Une seule relation parle de quelque trouble dans un quartier assez éloigné, sur la place d'Espagne, où trois gentilshommes français auraient été attaqués « et auraient été tués s'ils ne se fussent sauvés chez le cardinal d'Aragon » 2, et l'on voit dans un autre récit que cet ambassadeur a donné asile à « beaucoup de Français qui n'osaient pas retourner au palais Farnèse »3; mais en réalité s'il y a eu sur ce point quelque agitation, et si, comme il était naturel, la ville entière a été fort troublée au bruit d'un tel soulèvement et d'actes aussi criminels, du moins le désordre a été circonscrit dans le quartier même où il a éclaté. Les écrivains qui ont évoqué à ce propos le souvenir des Vêpres siciliennes 4 ont singulièrement exagéré l'importance matérielle des événements. Ce sont beaucoup moins les troubles eux-mêmes et le nombre des victimes qui constituent le caractère exceptionnel du soulèvement des Corses que la violation du droit des gens, flagrante dans l'attaque de l'ambassade de France et dans la dernière agression particulièrement odieuse que nous allons raconter. Là réside le crime qu'on a pu qualifier de « lèsemajesté divine et humaine » et qui a justifié les revendications du gouvernement de Louis XIV.

1. A. É., dép. de M. de Bourlemont à M. de Lionne, 21 août, loc. cit.

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