‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 14 sur 268 · Helazioni, p. 243, 244 et · texte numérisé non relu

Helazioni, p. 243, 244 et

3G I- AMBASSADi: DU DUC DE CRKQUI.

gardes suisses et 400 Corses « pour la sûreté de la ville et pour prêter main-forte à la justice », mille soldats choisis « qui n'ont d'autre fonction que d'accompagner le pape quand il sort ». De plus, le corps de garde placé au Quirinal avait été augmenté cinq ou six ibis, de sorte que plusieurs centaines de soldats entouraient continuellement le palais. Enfin les escadrons ordinaires de chevau-légers, accrus de deux compagnies de cuirassiers armés de toutes pièces et l'épée nue, suivaient partout Sa Sainteté.

Mais les détails les plus intéressants sur le caractère d'Alexandre VII sont fournis par la relation attribuée à Correr, et dont l'auteur, quel qu'il soit, connaissait extrêmement bien la cour de Rome au xvne siècle. Cet écrivain signale le goût particulier du Saint-Père pour le luxe dans les habillements qu'il voulait voir a enrichis de tous les ajustements qui leur peuvent donner plus d'éclat et de lustre », sa passion pour les embellissements de la ville et pour la magnificence en toutes choses : « ce sont, dit-il, des marques bien certaines que le pape a une âme toute royale, et véritablement il le fait paraître dans les actions publiques qu'il entreprend ». Le même auteur critique cependant les dépenses excessives du Saint-Père et les richesses accumulées par ses parents. Il loue en revanche l'habileté politique déployée par le pape dans sa nonciature à Munster, et, depuis, dans la charge de secrétaire d'Etat, « la bonne conduite de sa vie, l'intégrité de ses niœurs et sa science des intérêts de tous les Etats », ses goûts littéraires (Alexandre VII était bon poète latin) ', et en

1. Les poésies latines d'Alexandre VII ont été publiées en trois éditions (1G45, 1654 et 1656), sous ce titre : « Philomathi musse juvéniles ». La dernière édition (1656) fut imprimée à Paris, au Louvre. — Les mérites littéraires du pape et sa sympathie pour les œuvres poétiques étaient fort connus et ont engagé Corneille à lui dédier sa traduction en vers de l'Imitation de Jésus-Christ (édition de 1656). Il fait naturellement dans sa dédicace le plus grand éloge des talents d'Alexandre VII ; mais à la suite des événements de 1662 , il supprima cette dédicace dans les éditions subséquentes. On la trouvera au tome VIII, p. 1, des Œuvres de Corneille publiées dans la collection des Grands Écrivains de la France, Paris, Hachette. 1862.

somme « sa grande capacité ». Il raconte aussi que le pape était d'une complexion fort délicate, souvent malade de la fièvre, et se trouve ainsi résumer la plupart des traits épars dans les diverses relations authentiques des ambassadeurs vénitiens. Enfin le cardinal de Retz, qui avait pris beaucoup de part à l'élection du Saint-Père, et qui, lorsqu'il écrivit ses Mémoires, était bien revenu de son engoûment, tout en taxant le Souverain Pontife d'une « dissimulation profonde », reconnaît cependant « qu'il avait acquis en tous lieux la réputation d'une intégrité sans tache ». Il ajoute que « ses mœurs avaient été sans reproche depuis son enfance », que s'il « se communiquait peu, ce peu était mesuré et sage », qu'il avait « tous les dehors d'une piété véritable et. solide ». Retz, déçu dans les espérances qu'il avait formées sur le concours ultérieur du pape dans ses afFaires, affecte, il est vrai, de penser que ces belles qualités étaient plus apparentes que réelles, insiste ailleurs sur l'esprit minutieux d'Alexandre VII, « son petit génie » et même « son âme basse », mais tout ce qu'il dit de ses vertus et de son mérite subsiste, et le récit qu'il donne de ses rapports avec le pape, soit pendant, soit après le conclave, aussi bien que des conseils qu'il en a reçus, montre chez le pontife beaucoup d'expérience, d'habileté et même de sagesse *.

Au physique, Retz prête à Alexandre VII l'aspect d'un médecin. Telle n'est pas l'impression (pie nous laisse son portrait peint par Mignard et gravé par Pitau en i(>(>'2. Il présente une physionomie non pas ecclésiastique sans doute, mais plutôt militaire. Les yeux sont vifs, le nez est aquilin; la moustache noire, relevée, assez forte, domine la bouche serrée; une royale assez développée allonge encore la figure maigre et un peu rude. Le front élevé cl bombé indique un caractère obstiné, et l'ensemble du visage montre plus d'intelligence que de finesse et de douceur.

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