‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 15 sur 268 · Mémoires de Retz, toc. cit., p. 328 et suis · texte numérisé non relu

Mémoires de Retz, toc. cit., p. 328 et suis

38 L'AMBASSADE DU J)UC DE CREQUf.

C'est l'expression d'un homme réfléchi, sans flexibilité e1 sans grâce, entier clans ses idées, sévère el même âpre clans ses jugements. On n'y voit point trace d'onction apostolique; le regard un peu inquiet laisse deviner de la versatilité, du caprice dans les affections : on y sent une âme délicate et honnête, mais en même temps susceptible, ombrageuse, un tempérament nerveux, maladif, un esprit qu'il faut savoir ménager, de la dignité et des convictions sincères.

Ce n'est certes pas le type d'un homme ordinaire. Le pape, en effet, avec ses défauts très sensibles, ses allures impérieuses, ses préventions enracinées, son tempérament défiant, épineux, sa politique passionnément jalouse de ses prérogatives, lente dans ses décisions, systématique dans ses antipathies, inhabile dans le maniement des hommes, avait incontestablement des qualités sérieuses !. Il était irréprochable clans sa vie, désireux de bien faire, d'illustrer son pontificat, pieux, lettré 2, fort instruit de l'histoire et des questions religieuses et européennes, diplomate érudit, et qui en outre ne manquait pas d'une certaine sensibilité. Il fallait le savoir prendre avec beaucoup d'art, par des témoignages d'affection et de confiance, par des procédés insinuants, par la flatterie, par d'agréables entretiens, et il convenait avant tout de ne pas pro-

1. L'ambassadeur vénitien Bassaclonna donne le portrait suivant d'Alexandre VII. « Il a l'esprit faible et instable, sans résolution : il se défie de tout le inonde et n'est crédule qu'à Don Mario qui est pour lui l'Apollon de Delphes; il est lettré, peut-être trop, épris de discussions grammaticales, historiques et généalogiques. Du reste, pieux dès l'enfance, il fut un prélat exemplaire, un saint cardinal : il est zélé pour le service de Dieu, mais l'amour de ses parents a vaincu en lui l'amour de la vertu. » Relazioni, etc.

2. On remarquait en lui une nuance de pédantisme. Retz raconte qu'il proposa « un prix public pour celui qui trouverait un mot latin pour exprimer chaise roulante », qu'il s'évertuait à chercher des étymologies. (Mémoires, loc. cit.) — Plus tard, le duc de Créqui dans sa correspondance prétend que le Pape était fort préoccupé de dire en latin le mot « escroc». Il faut remarquer ici que ces petits ridicules étaient moins sensibles qu'ailleurs dans une Cour dont tous les documents sont écrits en langue latine.

voquer ses soupçons et heurter de front ses opinions préconçues et ses prédilections de famille.

Ce dernier sentiment surtout était devenu, avec l'âge, le trait dominant de son caractère, une complaisance sénile d'autant plus forte qu'elle avait tardé a se produire et semblait être une consolation de ses infirmités. Peut-être encore s'y attachait-il d'autant plus que, pour s'y abandonner, il était revenu sur ses premiers engagements en bravant même l'opinion publique. Au début de son règne, en effet, soit qu'il fût alors réellement persuadé des périls du népotisme, soit qu'il se fit illusion sur les tristesses de la pompeuse solitude du troue, soit qu'il eût, avec des arrière-pensées, prétendu avant tout entourer son avènement d'une utile popularité, il avait annoncé rompre avec la tradition de ses prédécesseurs et ne donner aucune charge aux personnes de sa famille. Le souvenir des exactions et des excès de pouvoir commis sous les pontificats d'Urbain VIII et d'Innocent X par les Barberini et donna Olimpia demeurait présent à toutes les mémoires, et le peuple romain, aussi bien que toutes les Cours, avaient accueilli les déclarations du pape avec les plus joyeuses espérances et des louanges multipliées. C'était le temps où Alexandre VII refusait de se placer sur l'autel pour y recevoir, après son élection, les hommages du Sacré Collège, où il installait son cercueil dans sa chambre à coucher, où il n'agréait pas les six chevaux de carrosse que lui offrait le cardinal de Médicis, où il repoussait la vaisselle plaie du Vatican pour se servir de sa faïence accoutumée '. Alors, rempli de désintéressement et de modestie, il disait que ses parents étaient ceux du cardinal Chigï et non plus ceux du pape Alexandre 2 : il allait même, exagérant cette réserve

1. A. K., Rome, 129, Lionne à Mazarin, 8 avril 1055. — Le P. Duneau à Mazarin, 12 avril 1655 (Rome, 127). Voir aussi Relation^ déj. cit., notamment Relation de Sagredo, qui donne les mômes détails, p. 235; voir encore Mémoire» <!<■ Retz, loc. cit.

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