‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 141 sur 268 · Lettre de Mme de Créqui, loc. cit · texte numérisé non relu

Lettre de Mme de Créqui, loc. cit

tomber sur un amas d'immondices ', tandis que le carrosse s'élançait dans la rue délia Farina et que tous les habitants d'alentour s'enfuyaient précipitamment.

On a prétendu que les Corses avaient crié d'abord aux cochers des carrosses de reculer, et que Bertaut, « plus résolu », leur aurait répondu « on ne sait quoi » 2. Ce détail est assez vraisemblable : d'abord il est dit dans plusieurs dépositions de l'Enquête que le cri de « addietro » (en arrière!) était sans cesse proféré par les Corses; ensuite Bertaut a été frappé au ventre et du côté droit 3, ce qui indique qu'au moment de l'arquebusade il faisait face aux assaillants, car s'il eût marché simplement à côté du carrosse, il eût été blessé à gauche. Nous croyons donc que ce jeune homme s'était tourné vers les Corses pour répondre à leur ordre insolent et qu'il a été visé plutôt que le carrosse même.

Une lettre en italien du 21 août donne un détail manifestement inexact : l'ambassadrice aurait recueilli le corps du pao-e dans son carrosse, où ce dernier aurait expiré *. Aucun document ne rapporte ce fait : Mme de Créqui n'en parle pas dans son récit, et les témoignages des habitants de la place San Carlo n'y font pas même allusion ; bien plus, l'un d'eux, le sieur Dragoni raconte avoir vu le page « étendu par terre » au moment où lui-même se

1. Enquête, déposition Maccionc, p. 94 et 95. — Enquête, dépositions Dragoni et Baldcsco, loc. cit. — Voir les diverses relations déjà citées et dép. de Créqui du 21 août : « Les soldats... tirèrent sept ou huit coups sur son carrosse et tuèrent un de ses pages à la portière ». Relation anonyme, déjà citée. — Autre relation (Nouvelles de Home), déjà citée. — Relazione del rumore, déjà citée. — Relation véritable, etc.

2. Récit non signé, déjà cité. A. É., 146, Rome, P h\ : « H quali havendo detto chc le carrozzc tornassero indictro, un paggio più risoluto disse non so ché a detti soldati li quali l'amazzorono con duo capi d'archibug-

giata ». ,

3. Enquête. Déposition du notaire : « in ventre a parte dextera » ; déposition du curé de Santa Catarina : a nella panza nclla parte destra »; déposition du témoin Massoni : « nclla pansa a mano destra », p. 80 et 81.

4. A. É , Rome, supplément, vol. IV.». I :,'.. Lettre adressée de Rome le 21 août et transmise en copie à .Mme de Chavigny: « Il quale la «ignora ambasciatrice fece mdtere dentro la propria carroaw, doye spiro, raccom-

mandngli l'anima ».

sauvait après avoir fermé sa boutique. D'ailleurs dans la minute même où Bertaut fut tué, le carrosse de l'ambassadrice, exécutant en hâte son mouvement tournant, était déjà presque entré dans la rue délia Farina et fuyait évidemment au plus vite. Il faudrait donc supposer que Mme de Créqui eût fait arrêter la voiture et eût envoyé ses gens relever le corps du page : on ne saurait croire que les écuyers qui conduisaient son cortège eussent laissé mettre en péril la vie de l'ambassadrice en un moment où l'on pouvait craindre que son carrosse ne fût poursuivi et où il fallait avant tout la mettre en sûreté. En vérité, on ne sait quand le corps de Bertaut fut relevé ; mais les procès-verbaux de l'Enquête rapportent qu'après avoir été reconnu, il fut transféré dans une salle dépendant du palais Farnèse et qu'on appelait « l'infirmerie de l'ambassade de France » '. Le lendemain, à la quatorzième heure, il fut placé, selon l'usage, par le fossoyeur Moreno, dans l'église Santa Catarina délia Ruota, où son décès fut constaté par le notaire fiscal et par l'abbé Lancetta, curé de cette paroisse. Ce dernier déclara avoir entendu ce jeune homme en confession quelques jours auparavant 2.

Tandis que les assassins du page remontaient la rue de' Giubbonari pour s'aller joindre aux groupes qui occupaient les ruelles voisines du Campo de' Fiori ou du palais Farnèse 3, les carrosses de l'ambassadrice suivaient la rue

Page 1