Racconto complcto, déjà cité
L'AMBASSADE ET LE SAINT-SIÈGE APRÈS l' ATTENTAT. 263
n'avait nulle part à une action si noire » i. Quant à la duchesse, il ne pouvait pas honnêtement se dispenser de lui présenter ses hommages à la suite d'une aussi tragique aventure. Il envoya donc au palais Farnèse l'abbé Castiglione, son secrétaire, pour demander l'heure où il serait admis auprès d'elle. Le maître de chambre, M. de Luzarche, prit les ordres de l'ambassadeur et vint répondre que la duchesse dormait. L'abbé, poli et fin comme tous les prélats romains, s'inclina sans mot dire et reparut une heure après : Luzarche donna la même excuse, et l'abbé avant gracieusement insisté, offrant d'attendre, le maître de chambre lui déclara que « l'ambassadrice était souffrante et ne pouvait point recevoir » 2.
Le duc de Créqui, en refusant cette visite, avait un double but. D'une part il voulait témoigner son indignation au neveu du pape, et, de l'autre, il n'entendait pas que le cardinal, en voyant la duchesse, pût se dispenser de faire auprès de lui une solennelle démarche d'excuses'. Aussi fit-il comprendre à M. d'Elbène qui lui en toucha quelques mots que « cette affaire devait se traiter non pas avec les dames, mais avec lui » 4. Cette réponse assez rude lut relevée finement par le cardinal : « l'usage, dit-il, était
1. A É., Rome, 146, f° 63. — Récit non signé, même volume, f° 41 : « Ha parlato al S. Amb. ambasciatore di Malta et li ba rappresentato li suoi sensi ». — Arcb. du Vatican. Nonciature défiance, n° 122. Dép. du cardinal Chigi au nonce, 21 août : « Qucsta mattina poi, per fer sapere al S. Amb. di Francia la mia passione in questo negotio, ho parlato col S. Amb. di Malta a gli ho rappresentati miei sensi ». , ...
2 Racconto completo, déjà cité. — Récit non signé. A. E., déjà cite, |o ',1 • « Si sono scusati con dire, la prima volta, che la signora ambasciatrice dormiva, à l'altra con dire que la signora non si era sentita molto bene ». — Dépèche du duc de Créqui, loc. cit., 22 août, I' Ï3 : « Le cardinal Chigî envoya deux fois hier demander audience à ma femme, mais je la lui fis refuser. Pour moi, s'il me veut venir voir, je le verrai. » — Arch. du Vatican, n° L22, dépêche du cardinal Chigi, déj. cit.
3. 11 se trompait sur ce point. Le cardinal Cbigi. en racontant, de. le 21 août, au nonce a Paris, ses tentatives de visite, dit en propres termes :
fl Ho mandato ben due voltc dalla signora aml.nseial née per voler iar
complimento, con pensiero anco poi d'audare daW ambasciatore, m* m son
scusati... ».
',. Racconto completo, loc. cil. : « quello negocio non e da trattare con le
daine, ma con lui ».
de commencer par les dames », et il ajouta que, dans la circonstance actuelle, il avait cru convenable de faire une démarche auprès de l'ambassadrice. Néanmoins, comme il sentait bien que les choses ne pouvaient en rester là, il fit pressentir de nouveau M. de Créqui par M. d'Elbène et par l'envoyé de Venise, se déclarant prêt à venir chez l'ambassadeur pourvu qu'il fût assuré « de ne pas avoir à redouter de procédés discourtois ». Le duc s étant borné à déclarer « qu'il agirait au mieux du service du roi son maître », le cardinal, de plus en plus ému, s'adressa à la reine de Suède par l'entremise du cardinal Azzolini, toutpuissant, comme on sait, sur l'esprit de cette princesse !.
Christine qui, dès le premier moment, avait, comme nous l'avons dit, offert ses bons offices à M. de Créqui, et depuis renouvelé à M. de Bourlemont l'assurance de son dévouement aux intérêts du roi 2, accueillit très volontiers les ouvertures du cardinal Chigi. Elle fit exprimer à l'ambassadeur avec instance le désir de l'entretenir, et celui-ci, « ne pouvant pas lui refuser cette satisfaction, alla chez elle le mercredi ou le jeudi suivant » 3.
Malgré l'abdication dont elle avait étonné le monde, la reine de Suède aimait l'intrigue et les affaires, surtout se plaisait à user de son crédit, et à faire, comme le dit M. de Bourlemont, « des offres plus proportionnées à son grand courage et à sa bonne volonté qu'au pouvoir qu'il semble qu'elle ait à présent » 4. Elle souhaitait passionnément être médiatrice du différend, et ce fut sur ce point qu'elle pressentit tout d'abord M. de Créqui : mais celui-ci, qui connaissait la répugnance de son maître pour toute intervention étrangère, et qui déjà tenait à distance ses collègues d'Espagne et de Venise, écarta toutes les ouvertures de la princesse, de façon que celle-ci vit bien
1. Le cardinal Chigi à Lionne. A. E., Rome, 14G, f° 67 : « col mezzo d'un mio biglietto scritto al card . Azzolini ». — Racconto complète», loc. cit.