‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 154 sur 268 · A. É., loc. cit., Créqui au roi, 28 août. '2. Tbid · texte numérisé non relu

A. É., loc. cit., Créqui au roi, 28 août. '2. Tbid

2G6 L AMBASSADE DO JJL'C J)j; CREQUI.

temps, à cette date, les cardinaux tenaienl chapelle le

matin clans notre église nationale de Saint-Louis des Franrais en présence du représentant de Sa Majesté, qui leur offrait ensuite un somptueux banquet '. Mais après les événements du 20 août, M. de Créqui ayant décidé de ne plus intervenir à aucune « fonction publique », les cardinaux n'avaient point reçu l'invitation accoutumée. Toutefois, dans l'église magnifiquement parée, l'office divin avait été célébré dans le plus grand appareil par le supérieur et les chapelains, « de telle sorte, dit M. de Bourlemont, que la dévotion et l'honneur dus au saint n'ont reçu aucun préjudice » 2. Il est assez étrange que ce jour ait été choisi pour l'audience, mais il y avait véritablement urgence, et, depuis le 20, le cardinal n'avait que trop tardé à remplir le premier de ses devoirs qui était de présenter les excuses offi ■ cielles du gouvernement pontifical à l'ambassadeur outragé. Il arriva donc au palais Farnèse en grand équipage, et, comme on pense, sensiblement ému. M. de Bourlemont et plusieurs gentilshommes étaient auprès de M. de Créqui lorsque le cardinal entra dans le salon de réception 3. Au moment où le cardinal fut introduit, l'ambassadeur, quelle que fût son irritation intérieure, ne laissa paraître aucune altération sur son visage : il reçut avec une froide dignité les salutations de son hôte, puis les assistants se retirèrent'1. « J'apporte à Votre Excellence, dit d'abord le cardinal, la sainte bénédiction du Pape. »

1. A. E., Rome, 14G. Autre relation, déjà citée, f° 52 : « Il Sacro Collegio non vi andô conforme al solito da secoli in qua a tenervi capclla, e questo perché l'ambasciatorc non mando... ad inviturli... cosi non diede il lanto e sontuoso banchetto... corne haveva destinato ». — Dép. de M. de Bourlemont à M. de Lionne, 28 août, loe. cit. : « La chapelle des cardinaux ne se tint point le jour de la fête de saint Louis, à cause que M. l'ambassadeur n'intervient plus aux fonctions publiques depuis l'accident qui est arrivé ».

2. Loe. cit., Bourlemont à Lionne. M. de Bourlemont demanda à Lionne, quelques jours après, des instructions sur la conduite temporelle et spirituelle que devaient tenir le supérieur et les prêtres de Saint-Louis, dans les circontances présentes. Lettre à M. de Lionne, 28 août.

h. Ibid. Bien que Bourlemont ne dise pas que le cardinal et l'ambassadeur furent laissés seuls, ce fait est indiqué par la phrase suivante :

l'ambassade et le saint-siège après l'attentat. 267 Après ces paroles de paix, il exprima le plus grand déplaisir des événements du 20 août, s'attachant à dégager la responsabilité du Saint-Siège. Il déclara a que les Corses étaient des gens féroces et dont on ne pouvait être maître », et s'étendit sur les regrets du gouvernement. Son langage était celui d'un homme vraiment touché, et il avait « presque la larme à l'œil » '. M. de Créqui répondit froidement, en peu de mots, et, dit Bourlemont, « en termes fort judicieux ». Voici ses paroles, d'après le Mémoire de l'abbé Salvetti : « il avait avisé le roi, il ne pouvait rien dire : c'était au roi à traiter de la satisfaction : lui-même avait les mains liées » 2. Mais il attendit vainement les promesses accentuées de réparation immédiate et sévère qu'il comptait recevoir;- le cardinal se retira promptement en annonçant seulement qu'une congrégation était établie « pour informer de l'affaire et punir les coupables » 3. Ces expressions vagues déplurent à l'ambassadeur, de sorte que cette entrevue correcte, mais trop réservée de part et d'autre, ne fit qu'indiquer le dissentiment des deux interlocuteurs aussi bien sur les faits eux-mêmes que sur les mesures à prendre : a J'ai cru avoir sujet, écrit le duc de Créqui, d'être plutôt scandalisé que satisfait d'une telle visite » *. Le Saint-Siège, en effet, entrait dès lors dans une mauvaise voie : au lieu de couper court à l'incident par une répression vigoureuse et des excuses proportionnées à l'offense, il commençait à louvoyer, et cherchait à se tirer d'affaire par des compliments stériles et des assurances ambiguës. Cette politique ne pouvait qu'irriter le gouvernement français et donnait à la Cour de Rome une apparence d'indulgence suspecte envers des gens qu'elle aurait du en même temps désavouer el punir.

« rai appris que le cardinal Chigi parla avec grande tendresse et versa même 'les Larmes ».

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