‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 159 sur 268 · Racconto completo, etc., déjà cité · texte numérisé non relu

Racconto completo, etc., déjà cité

.'!. Les 'lues fie Bracciano et de Carbognano avaient vivement sollicité l« Saint-Esprit. Mais on ne les avail pas trouvés assez fermes dans le ■ervice français. Le dur Cesarini, au contraire, avait reçu L'Ordre le 16 janvier 1662 (manuscril de .M. de Saint-Pret, \. É., vol. XXIV, déjà cité).

k. A. E., loc. cit., Créqui an roi, 28 août. — La Gazette de France ne manque pas de relever cea divers incidents : « il (le card. Chigi) pci

nouvelle insulte à l'ambassadeur en la personne d'un de ses plus fidèles partisans.

Citons encore un fait, qui fut très sensible à M. deCréqui. Pour flatter l'ambassadeur d'Espagne et le détacher de la cause française, le cardinal Imperiali crut habile de faire défense à l'église des Portugais, sous peine d'excommunication, de prier pour leur souverain. On sait qu'à ce moment le Portugal, en lutte avec l'Espagne pour son indépendance, était secrètement favorisé par Louis XIV. M. de Créqui comprit sur-le-champ le but de cette mesure ; elle était prise certainement, dit-il, « en vue d'acquérir les Espagnols par cette nouvelle obligation, ou d'empêcher du moins qu'ils n'entrent dans une étroite liaison avec moi» !. On se préparait dès lors à une lutte politique qu'il convenait au contraire d'éviter à tout prix. Le langage arrogant et moqueur dont les familiers du Saint-Siège affectaient d'user en parlant de l'attentat, ne montrait que trop à quel point on comprenait mal autour du pape les devoirs et la vraie dignité de la Cour de Rome. Lorsqu'il était urgent de reconnaître franchement la gravité des faits, de repousser toute solidarité avec les Corses, de ne point marchander les réparations et les excuses, on se mettait sur la défensive, on s'efforçait de pallier l'odieux de l'attentat, on laissait fuir les coupables; bien plus, l'on se cherchait des alliés chez les puissances étrangères.

cute par les voies qui sont en son pouvoir tous ceux qui ont osé faire quelques civilités à l'ambassadeur et respecter le Roy en sa personne », année 1662, p. 980 et suiv. — Voir aussi Régnier Des Marais, toc. cit., 27. « Le duc Cesarini s'était réfugié chez l'ambassadeur pour se soustraire aux poursuites rigoureuses que l'on fesait contre lui, à cause de quelques armes qu'il avait fournies. » — Voir aussi ms.de M. de Saint Prêt, déjà cité. — Voir dép. de l'ambassadeur de Toscane, loc. cit., 28 août, racontant les perquisitions faites chez le duc Cesarini à Rome et à Genzano et la retraite de ce seigneur au palais Farnèse.

1. Ibid. — Lettre de Vagnozzi, du 28 août, déjà citée : « questo c un punto di gran considéra/ ione ».

Le gouvernement pontifical entra résolument clans cette voie. H prétendit transformer l'attentat en incident diplomatique, et il affecta de le considérer comme un de ces événements amenés par des torts réciproques et qu'on doit régler en ménageant les deux parties. C'était méconnaître singulièrement les faits, mettre de la manière la plus blessante le duc de Créqui et la garde corse sur la même ligne, et élargir démesurément la question par des débats inopportuns et l'intervention des tiers. Le cardinal Chigi, suivant cette politique, chargea d'abord son collègue Azzolini de plaider la cause auprès de la reine Christine : celui-ci, très satisfait de cette mission, tourna l'imagination mobile de la princesse en faveur de la Cour de Rome, et lui fit même écrire à Louis XIV et à M. de Lionne des lettres dont nous parlerons plus loin et qui ne pouvaient que les irriter.

Quant aux ambassadeurs, les abbés Castiglione et Salvetti furent invités à les visiter, à leur présenter les choses sous un jour avantageux pour les autorités pontificales, enfin à les prier de s'entremettre pour un accommodement. Cette démarche eût été correcte dans le cas où, l'outrage avant été immédiatement réparé, le duc de Créqui eût néanmoins élevé des prétentions contestables. Alors, mais seulement alors, un appel aux Puissances eût été justifié. Quoi qu'il en soit, les deux confidents du cardinal Chigi s'acquittèrent de leur tache, et l'abbé Salvetti développa son habileté accoutumée dans le récit très atténué des évé- Dements, dans la démonstration de la complète innocence et de l'excellente conduite du Saint-Siège pendant et depuis l'attentai des Corses. Jusque-là, il était dans sou droit, nuiis il l'excédait lorsqu'il demanda a l'envoyé florentin d'abord, puis au cardinal d'Aragon et à P.assadonna le concours de leurs gouvernements pour assurer

le repos publie et un équitable arrangement de l'affaire. Toutefois ce n'était là encore qu'une faute politique, mais l'abbé Salvetti dépassa vraiment la mesure dans la seconde partie de son discours. Il y prit l'offensive, attaqua le duc de Créqui dans les termes les plus amers, et se plaignit d'un ambassadeur qui, dit-il, non seulement ne voulait pas entendre la vérité et refusait les satisfactions offertes, mais encore troublait la tranquillité de la ville en marchant dans les rues escorté de gens armés et en réunissant des forces dans l'intérieur du palais Farnèse. Il faut avouer qu'au lendemain de l'émeute corse cette tactique et cette accusation étaient audacieuses. Le négociateur pontifical pria, en terminant, ses interlocuteurs, de la part du pape, d'écrire à leurs Cours respectives que l'attitude de M. de Créqui obligerait le Saint-Siège « de pourvoir à la sécurité de Rome » *.

Les ambassadeurs de Toscane, d'Espagne et de Venise ne s'expliquèrent pas sur ce dernier point. En ce qui concerne l'intervention, les deux premiers demeurèrent assez réservés, mais Bassadonna saisit, avec beaucoup, trop d'ardeur, l'occasion de s'entremettre, « conformément à l'esprit de sa République », et se présenta comme médiateur 2. Le duc de Créqui repoussa énergiquement une telle proposition qui devait être au surplus, comme on le verra, souvent reproduite, et répondit, avec une prudence qui fut très approuvée à Paris, « qu'il n'aurait garde de rémettre la querelle de Sa Majesté entre les mains de personne, sans avoir ses ordres » 3.

1. Voir, pour ces démarches, dép. de l'ambassadeur de Toscane, 2G août, /or. cit. — À. É., Créqui au roi, 28 août, déj. cit.

2. A. É., Créqui au roi, 28 août, déj. cit. « L'esprit de la République de Venise va toujours à s'entremettre des démêlés qui surviennent entre les princes, tant pour se tirer de la nécessité d'un engagement absolu dans l'un ou l'autre parti, que pour avoir l'avantage de se pouvoir rendre arbitre de leurs différends. » Disons, en passant, que je trouve cette même réflexion dans le livre de Régnier Des Marais et exprimée presque dans les mêmes termes.

3. A. É., /oc. cit., Créqui au roi, 28 août. Le duc avait déjà répondu dans le même sens à dos ouvertures antérieures de son collègue vénitien. Dès

L'AMBASSADE ET LE SAINT-SIÈGE APRÈS l' ATTENTAT. 283

L'objet principal des instances reconventionnelles de la Cour de Rome était donc désormais l'attitude militaire de l'ambassade de France. Elle a saisi avec empressement le prétexte des armements du duc de Créqui pour justifier sa propre conduite ultérieure. Examinons la valeur de cette argumentation. Il est certain qu'elle n'était pas tout

fait mal fondée ; l'ambassadeur , ce qu'on ne saurait blâmer après une pareille aventure, s'entoura en effet de précautions sérieuses et mit le palais Farnèse en état de repousser de nouvelles insultes. Mais en se gardant contre les périls éventuels, il donnait prise au soupçon de représailles, et le gouvernement pontifical, sincèrement peutêtre, se regardait à son tour comme provoqué. En pareil cas, les adversaires se rejettent inévitablement l'un à l'autre les responsabilités, chacun donnant pour motifs à sa conduite les actes hostiles contre lesquels il est en droit de se prémunir. M. de Créqui armait parce qu'il avait été attaqué, et le Saint-Siège se prétendait à son tour en état de légitime défense. Remontant à l'origine des faits, la Cour de Rome maintenait que l'agression primitive avait été commise par les Français contre les Corses au Ponte Sisto et dans la via Giulia, considérait les événements subséquents comme une revanche trop violente sans doute, mais jusqu'à un certain point excusable : M. de Créqui prônait au contraire l'émeute des Corses pour point de

le 22 août, il écrivait au roi : « L'ambassadeur de Venise m'a envoyé dire qu'on me voulait donner toute sorte de satisfaction si je ne refusais pas l'entrer en arrangement. J'ai répondu que l'on pouvait toujours commencer à se mettre en état de nie satisfaire, mais que je ne pouvais pas répondre que m. ,n maître te fût (sic) pour cela, etc. » Il voyait poindre dès le premier jour L'idée fi x < • de IT.spag-nc et de Venise en toute cette affaire, la Médiation. Nous la retrouvons à chaque instant dans la smlc — Voir aussi (lé|>. de l'ambassadeur <!<• Toscane, /'"■. cit., 26 août: Créqui « ha sempre replicato... che pesta preclusa a lui la strada <li sentire alcun tratato ni aggiustamento prima che non gli gïunghino di Francia gli ordini di corne dovra governarsi ■

départ, et représentait les armements du palais Farnèse et les précautions militaires dont il s'entourait comme la conséquence naturelle de l'attentat : en retour, le gouvernement pontifical alléguait ces mêmes armements pour expliquer des procédés menaçants et des déploiements de forces qui, d'autre part, semblaient à l'ambassadeur une série de nouveaux outrages. Ainsi tous les faits réagissaient les uns sur les autres dès que le Saint-Siège et l'ambassade, par suite de leurs méfiances mutuelles, n'avaient pas réglé sur-le-champ cette affaire d'un commun accord.

Nous avons indiqué à plusieurs reprises les fautes du gouvernement pontifical : en mettant un faux amourpropre à ne pas vouloir accomplir tout simplement un acte de justice internationale, il créait une querelle, une question politique où il ne pouvait avoir le beau rôle puisque le droit des gens y était engagé. D'un autre coté, nous devons le reconnaître, M. de Créqui, sous le coup d'une indignation légitime mais qui aurait dû être plus prudente, a contribué à troubler le jugement de la Cour de Rome. Au lieu de se persuader à soi-même, et d'affirmer hautement, dès le premier jour et avant tout examen, la connivence du gouvernement pontifical dans l'attentat, il eût fallu, au contraire, que l'ambassadeur ne parût pas supposer un seul instant que le Saint-Siège y eût la moindre part. Il l'eût obligé en quelque sorte par cette confiance honorable à déployer toute la sévérité qu'on était en droit d'en attendre; il évitait au moins de le blesser par des soupçons prématurés. Que si, malgré ces témoignages de respect pour la personne et le caractère du Saint-Père et pour la sincérité de son gouvernement, ce dernier eût mal répondu à de tels procédés, on eût été ensuite autorisé à l'accuser de faiblesse et même de déloyauté. Le déclarer sur-lechamp auteur de l'attentat, lui faire voir la plus outrageante défiance, c'était inévitablement exciter ses susceptibilités, et le jeter dans un ordre d'idées hostiles, dans une série de raisonnements, de justifications, de démarches

embarrassées, d'actes défensifs dont il n'eut pas eu besoin s'il n'avait pas été mis en cause.

Pour n'en citer qu'un exemple, il est évident qu'au lendemain de l'attentat, lorsque le cardinal Chigi, sur l'ordre du Saint-Père, se présenta au palais Farnèse pour rendre visite à l'ambassadrice, s'il eût été reçu par elle et par M. de Créqui avec empressement, et si ce dernier eût concerté avec lui les mesures à prendre, le gouvernement pontifical eût été mis en demeure, par cette confiance même, de donner satisfaction à l'ambassadeur insulté, ne fût-ce que pour prévenir la colère de la Cour de France. En repoussant cette démarche avec dédain, on mécontentait inutilement le pape et la famille Chigi en affectant de les regarder comme personnellement coupables. En ne recevant plus tard le cardinal que par grâce et avec une sévérité glaciale, M. de Créqui lui faisait, en quelque sorte, un nouvel affront. La Cour de Rome se sentit traitée en ennemie, et sa rancune se traduisit par les négligences ou les actes malveillants que nous avons rappelés ; une fois placée sur ce terrain, elle y resta jusqu'à la fin, mettant sa vanité à ne point céder, et, avec une obstination malhabile, elle se donna les apparences de la complicité.

L'ambassade et le gouvernement pontifical furent donc également mal conseillés par leurs ressentiments mutuels, le duc de Créqui en offensant le Saint-Siège par ses accusations aventurées, et le Saint-Siège en ajoutant griefs sur griefs à l'attentat pour se donner la satisfaction d'être désagréable à l'ambassadeur et de se venger de ses soupçons. Les incidents irritants devaient doue se succéder chaque jour. Les armements du palais Farnèse ont été l'un des symptômes de cet état de choses : ils attestaient matériellement en effet le conflit moral si tristement soulevé par la conduite réciproque «les autorités romaines e1 de la mission française. Entrons plus avant dans l'examen de cette mesure évidemment provoquée par l'évasion des

crue

(luises et qui a placé le duc de Créqui et le Saint-Siège pour ainsi dire face à face, connue à la veille d'un combat, sans que d'ailleurs clic ait dépasse la limite d'une démonstration menaçante.

On a vu, à la fin du dernier chapitre (§ XVIII) que, dans la nuit du 20 au 21 août, la question des représailles était discutée au palais Farnèse. Nous avons rappelé que Tint vention énergique du cardinal d'Esté avait empêché u décision imprudente, et calmé les premiers emportements du duc de Créqui et de son entourage. Mais en même temps nous avons fait remarquer combien l'exaspération était grande à l'ambassade, quelle foule s'y était réfugiée, et nous avons dit plus loin les craintes que cette agglomération de gens armés, dans un palais aussi vaste, facile à transformer en un quartier militaire, avait inspirées aux ministres du pape et même au cardinal Chigi, qui n'avait osé y pénétrer qu'après avoir été rassuré par la reine Christine sur l'éventualité d'un guet-apens (voir plus haut, § III).

Le duc de Créqui était un homme irascible et courageux; il n'avait cédé qu'avec peine aux conseils du cardinal d'Esté. Mais en renonçant à entrer en lice, convaincu qu'il avait été attaqué par le gouvernement pontifical, il ne laissa pas, sous prétexte de se mettre en gardé contre une nouvelle émeute, de réunir beaucoup d'armes dans le palais et de les distribuer à ses partisans : nous avons même vu plus haut que le duc Cesarini lui en envoya un certain nombre *, et il est indéniable que cette multitude de réfugiés pour lesquels on avait dû accommoder, dans les galeries, dans le jeu de paume, des logements ou dortoirs improvisés 2, occupaient leurs loisirs à s'exercer mili-

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