Lettre du cardinal Chigi, lrr octobre, loc. < il
réclamait des secours, les chefs de quartiers s'étaient adressés au sénateur de Rome, et les barons romains avaient été sur le point de s'armer pour leur propre défense l.
Tout ce tableau est certainement exagéré pour les besoins de la cause, mais on ne peut cependant pas le dire inexact. L'ambassadeur ne parle pas, il est vrai, de ces armements dans son rapport du 28 août et se borne à rappeler qu'il avait d'abord été chez le cardinal d'Aragon « avec un seul carrosse, deux pages et quatre laquais », que depuis, il avait « marché armé » ayant entendu dire que « dixsept Corses avaient ordre de le tuer » 2. Mais, le même jour, en donnant ces détails dans une lettre particulière à M. de Lionne : « Je suis sorti trois fois, dit-il, depuis cette belle affaire : la première avec peu de monde et les deux autres fort bien accompagné, ce qui est vu fort mal autour de Sa Sainteté » 3. Dans la suite, le roi ayant formellement demandé des indications exactes sur des démonstrations qu'il soupçonnait avoir été excessives 4, le duc de Créqui, mis ainsi en demeure de répondre, fut obligé de reconnaître « sincèrement » qu'il avait eu « trois cents Français tous armés de bons mousquetons, ou de fusils et mousquets », en ajoutant qu'il n'en avait jamais mené avec lui « dans la ville plus de cent », auxquels il avait fait donner des manteaux de livrée pour le suivre 5. D'un autre côté, l'ambassadeur de Toscane se fait l'écho des plaintes du gouvernement pontifical en rapportant que le duc « amasse des troupes dans son palais », et que récem-
1. Ibid., et Racconto, déjà cité. — D'après les récits de l'ambassadeur de Toscane (dépèche du 9 septembre), le gouvernement pontifical avait eu la preuve d'un rassemblement de 600 hommes au palais Farnèse. On faisait môme courir le bruit qu'on leur avait promis le sac de Rome. Il est inutile de relever la fausseté d'une semblable rumeur : quant au nombre des gens réunis au palais, on ne l'a jamais su au juste; nous étudions plus loin cette question.