Créqui au roi, 2 septembre, déj. cit
2. Le cardinal d'Esté, comme on sait, était particulièrement accusé de surexciter l'ambassadeur : c'est à lui que la reine fait ici allusion. Rinuccini, en plusieurs passages de ses dépêches du 26 et du 28 août, manifesteles mêmes défiances, mais il rappelle loyalement le 31 les protestations contraires que lui a fait entendre le cardinal. Nous avons vu qu'au moins dans
reine se plaignait du peu d'attention que l'ambassadeur avait prêté à ses avis , et réclamait « l'amnistie pour des fautes que, disait-elle, l'on a faites de part et d'autre et qui sont en état d'être plutôt pardonnées que corrigées ». Cette assimilation allait directement à l'encontre des sentiments de la Cour de France et l'indigna vivement à la fois contre celle qui lui faisait entendre de tels conseils et contre le gouvernement pontifical qui les avait évidemment suoWrés '.
Quelques-unes des observations de la reine eussent, il est vrai, mérité d'être pesées, mais elle laissait trop voir sa partialité, et notamment l'indulgence absolue dont elle parlait était inadmissible. Si l'on pouvait souhaiter que Le roi usât de plus d'égards envers le Siège apostolique, on ne pouvait pas raisonnablement l'engager à déserter la cause du droit des cfens violé et de la France insultée dans la personne de son ambassadeur. On verra plus loin combien les lettres de Christine furent sévèrement jugées à Paris et quelles réponses écrasantes elle s'attira de
les premiers jours, l'influence de ce dernier s'est exercée dans un sens pacifique. Depuis. Créqui ne cesse de s'en louer : « Je n'ai point de paroles, écrit-il au roi, qui puissent assez bien exprimer à Votre Majesté avec quelle chaleur il se comporte dans cette occasion et quels soins il prend »; et lilleurs : « Je ne puis compter que sur le cardinal d'Esté ».
1. (les lettres de Christine sont au nombre de quatre : 1° au roi, 29 août; 2° à Lionne, même date; 3° nu roi, 1er septembre ; 4° à Lionne, même date. Elles sont en copie à la Bibliothèque Nationale de Paris (manuscrits fonds français, nos 4 250 et 4 251, P" &8, 49 et 50). — Elle avait écrit au roi, le lendemain ou le surlendemain de l'attentat, une lettre très affectueuse : Louis XIV y répondit aussitôt dans les mêmes termes et envoya sa lettre à M. de Créqui; mais, dans l'intervalle, la reine avait pris parti pour la Cour de Rome, de sorte que l'ambassadeur ne crut pas devoir lui remettre le message. Voir Régnier Des Marais, p. 27, et la dépêche de Créqui au roi en date du 13 septembre : « Le procédé de la reine de Suède ayant été dans la suite si différent de ce qu'il m'avait paru dans le commencement, j'ai jugé à propoa de ne p;is Lui faire rendre la lettre de Votre Majesté-, estimant qu'elle ne devait pas avoir l'avantage d'en recevoir des remerciements flans un temps où elle nous donne si peu de sujet de lui en faire, l'étant déchirée entièrement pour Le Palais, à l'instance du cardinal Az/olini ». A. É., Rome, 146, I L48. Voir encore, sur le rôle de Christine en cette affaire, Histoire de Christine, veine de Suède, par Lacombe. Paris, 1762, et l'ouvrage publié sous le même titre, en 1.H15, par Call au-Calleville, p. <J7.
Louis XIV H de M. de Lionne Son intervention, qui eût pu, mieux dirigée, être utile aux deux adversaires, nuisit donc aux intérêts qu'elle avait l'intention de servir.
Une négligence étrange et peut-être préméditée parut non sans raison bien suspecte à la Cour de France. Ce fut
seulement le 29 août, c'est-à-dire une semaine entière après l'évasion des Corses, que le gouvernement pontifical publia un décret (bando) donnant aux autorites des provinces l'ordre de les poursuivre et de les arrêter, mit leur tête à prix, et demanda leur extradition aux Etats voisins. On ne pouvait prétendre qu'on ne les connaissait pas, car il était facile de dresser la liste des fugitifs dès les premiers jours en faisant l'appel, et, par cette lenteur, le Saint-Siège paraissait vouloir laisser aux coupables tout le temps nécessaire pour se mettre en sûreté *. Nous constatons volontiers que le décret était régulièrement rédigé et permettait même de saisir les déserteurs dans les églises, que les instances officielles furent faites dans une forme convenable tant auprès du grand-duc de Toscane qu'auprès des autres princes limitrophes; l'ambassadeur florentin fut prié en outre par le pape d'écrire personnellement, dans le même sens, à son souverain2; enfin ces diligences ne restèrent pas sans effet puisque, sur 32 évadés, 9 ont été repris 3. Mais il n'en est pas moins vrai que si l'on eût lancé dès le lendemain
1. Voir Régnier Des Marais, loc. cit., p. 25. — La Gazette de Fiance, année 1662, p. 980 et 981, ne manque pas de faire remarquer que le cardinal Imperiali « eut l'adresse de publier un ban pour les reprendre, mais seulement neuf jours après leur évasion ».