‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 178 sur 268 · A. É., Bourlemont à Lionne, 2 septembre, déj. cit · texte numérisé non relu

A. É., Bourlemont à Lionne, 2 septembre, déj. cit

2. Dép. de l'ambassadeur <!<■ Toscane, 2 septembre, loc. ai. :?. \. É., Rome, 1 '■''•, Créqui au roi, 6 septembre, f° 116.

h. Note de Rome, A. E.. 146, f° 136.

5 ,,,-..,. ,i,. L'ambassadeur de Toscane, 2 septembre. - On a même prétendu, ce qui est assez peu vraisemblable, que don Mario ht mettre une garde de Corses dana bou palais {ibid., dép. du 9 septembre).

dont la responsabilité était si gravement engagée dans les événements, prenait une situation prépondérante dans l<-s conseils de la Cour de Rome. Il allait devenir bientôt le principal objet de l'animosité du cabinet du Louvre dont il bravait, il faut bien le dire, le ressentiment avec une hautaine imprévoyance.

Alexandre VII ne s'attendait pas, selon les apparences, à la retraite soudaine du duc de Créqui. On a vu que la résolution, prise vingt-quatre heures à peine avant l'exécution, avait été communiquée seulement la veille du départ aux ambassadeurs et au cardinal Chigi. Le cardinal d'Esté l'avait également tenue secrète, laissant à ses gentilshommes le soin de présenter plus tard ses compliments au Saint- Père. A l'intérieur du palais Farnèse, on s'était préparé avec une telle rapidité que plusieurs pages et domestiques n'ayant reçu aucun subside, et se trouvant sans ressources, furent obligés de quitter Rome aussitôt sous divers déguisements 1 : nous avons rappelé plus haut que le duc de Créqui n'avait pris congé de personne autre que de ses collègues d'Espagne, de Toscane et de Venise.

L'émotion du pape fut donc très vive en apprenant, le vendredi matin (le cardinal Chigi n'avait su le jeudi la nouvelle qu'après le coucher de Sa Sainteté) 2, que l'ambassadeur de France était déjà en route pour une destination inconnue. Il envoya sur-le-champ quérir le cardinal d'Aragon pour avoir des informations, et lui exprima tout ensemble « le déplaisir » que lui causait ce départ et son désir « de satisfaire le roi » 3. Dans la journée, le car-

1. Dépêche de l'ambassadeur de Toscane, 2 septembre, déjà citée.

2. A. É., loc. cit., le cardinal Chigi à Lionne, 1er septembre. — L'ambassadeur de Toscane signale l'émotion du Saint-Siège dans sa lettre au duc de Créqui, en date du 10 septembre (Àrch. de Florence, loc. cit.) : « la partezza improvisa di V. E. ha partorito gran confusione in questa Corte ».

3. A. E., loc. cit., Bourlemont à Lionne, 2 septembre, déj. cit.

dînai Chigi alla voir l'ambassadeur d'Espagne, Bassadonna et Rinuccini, leur exposa de nouveau tout ce que le Saint- Siège prétendait avoir fait pour l'apaisement du conflit, et la douleur que causait à Sa Sainteté la résolution du duc de Créqui l. Le soir enfin, le pape fit prier tous les ministres étrangers de se présenter à son audience après le consistoire du lendemain, samedi 2 septembre 2.

Le discours soigneusement préparé qu'il lut au consistoire fut une longue apologie de sa conduite. Pour expliquer le silence qu'il avait gardé dans la précédente assemblée des cardinaux, le 21 août, sur l'attentat des Corses, il commença par cette phrase : « Les faibles douleurs parlent, les grandes sont muettes » 3 et, après avoir rapidement exposé les faits, il ajouta : « Nous avons eu horreur d'un tel crime, et oppressé par la profonde douleur de notre me, nous avons senti fermé l'accès du langage, et aujourd'hui encore il nous est nécessaire d'avoir recours à l'écriture pour venir en aide à notre mémoire, même dans cette allocution sans ordre et confuse ». Ces derniers mots n'étaient pas tout à fait exacts, car tout ce document est au contraire rédigé avec beaucoup de précision, et indique très distinctement la succession des actes du Saint-Siège, tous les arguments par lesquels il prétendait les expliquer, aussi bien que ses griefs contre l'ambassadeur de France. Le pape y rappelle l'ordre donne au cardinal Chigi de faire visite au duc et à la duchesse de Créqui, sa lettre au roi, ledit lancé contre les Corses déserteurs, la demande d'extradition, les armements du palais Farnèse, la promesse de sûreté donnée à l'ambassadeur, le chanoement de caserne des Corses, l'offre de les éloigner de la ville, la persistance des préparatifs militaires à l'ambassade, la

I. Dép. <!•' L'ambassadeur de Toscane, - septembre, déjà citée.

'2. \. B., loc. cil., dépêche «lu commandeur d'Elbène à Lionne, h septembre : « Le pape envoya vendredi Boir dire ;'i toul ce que nous sommes ici d'ambassadeurs de L'aller trouver Le Lendemain ». f" 114.

:?. « Gurae levés Loquuntur, îngentes stupent. o Discours du pape au ■onsistoire du ~i septembre, A. E., Rome, IV.», f° 59.

320 l'ambassade du duc de créqui.

nécessité où le Saint-Siège s'était trouvé de prendre de son côté des mesures propres à garantir la tranquillité publique. 11 retrace les efforts de la reine de Suède et du corps diplomatique pour amener M. de Créqui à de meilleurs sentiments et loue les ministres étrangers de s'être « acquittés parfaitement de ce devoir », enfin il raconte le départ de l'ambassadeur et les ordres donnés partout, bien qu'on ignorât où il se voulait retirer, pour qu'il fût l'objet du traitement le plus empressé et le plus respectueux. Il déplore la décision prise par M. de Créqui « dans l'esprit duquel ont prévalu les suggestions du malin, le démon, père des zizanies,... qui se plaît à pêcher en eau trouble » Enfin il demande les conseils et les consolations des princes de l'Eglise, exprime l'espoir que le Roi Très Chrétien, « dans sa bonté et sa justice, appréciera cette affaire avec des sentiments différents de ceux que ses ministres se sont efforcés de lui inspirer » ; il termine en promettant d'accorder les plus grandes satisfactions possibles et la juste punition des coupables !.

Cet habile discours où l'évasion des Corses, la tardive publication des mesures destinées à les reprendre, les procédés dilatoires des autorités romaines dans la question des réparations et leurs dispositions menaçantes contre le palais Farnèse étaient soigneusement passés sous silence ou atténués, et qui mettait au contraire en relief, de la façon la plus séduisante, la bonne volonté du Saint-Siège, attestait à quel point l'esprit du pape était circonvenu par ses conseillers. On ne saurait douter qu'il ne fût de bonne foi en exposant la situation sous cette forme : il ne voyait les faits que comme ils lui étaient présentés par son neveu, par son frère et par le cardinal Imperiali, et se croyait sincèrement, avec indignation, la victime des faux jugements de l'ambassade de France. C'est dans cette pensée qu'il écrivit, le même jour, un nouveau Bref à Louis XIV :

Page 1