A. E., Romo, 149, f
après y avoir exposé « les soucis et l'amertume que lui causait le départ imprévu » du duc de Créqui malgré les assurances données par le Saint-Siège, il se plaint des manœuvres « de ceux qui cherchent à semer la discorde entre le père et le fils, engagent la volonté du roi avant de l'avoir pu connaître », et supplie Sa Majesté d'attendre, dans un esprit de prudence et d'équité, que le nonce apostolique lait mis en garde contre la calomnie et lui ait fait connaître la vérité tout entière !.
Après le consistoire, il reçut les amhassadeurs eu audience extraordinaire. Il leur dit « qu'il n'avait jamais ressenti plus grande affliction que dans la circonstance4 présente » ; il répéta qu'il prenait l'insulte des Corses comme faite à lui-même, qu'elle serait rigoureusement punie, qu'une congrégation avait été instituée à cet effet, que toute satisfaction serait donnée au roi, que L'ambassadeur n'avait rien voulu entendre, et s'était prétendu assiégé au palais Farnèse, tandis que lui-même, au contraire, par ses armements, mettait en péril la sûreté de l'Etat, et pria ses auditeurs de rapporter ses paroles à leurs gouvernements respectifs 2. Il s'adressa ensuite en particulier it Rinuccini, qui lui avait appris que M. de Créqui se rendait en Toscane, et lui dit qu'il espérait le concours du grand-duc pour rajustement de cette affaire, tout en redoutant que le cardinal d'Esté, « esprit inquiet et rempli de projets obscurs », ne vînt à la traverse des intentions du gouvernement florentin 3. Enfin il renouvela ces diverses considérations dans l'audience qu'il donna le lendemain, au commandeur d'Elbène, ambassadeur de Malte, qui n'avait pu assister à celle de la veille, et dont il connaissait le crédit ;i la Cour de France; il accusa surtout le dm- de Créqui avec la plus grande insistance : « il faudrait, écril d'Elbène, faire un volume des plaintes qu'il me (il » 4.
1. Bref du pape à Louis XIV. 2 septembre, \. É., Rome, 149, f° 59.
2. Dép. de L'ambassadeur de Toscane, 2 septembre, /<>c cit. .{. Ibid.
'i. A. É., Rome, toc. ci/., d'Elbène à Lionne, le 'i septembre, f° M'i.
Le cardinal Chigi, de son côté, adressa ;i tous les nonces une longue circulaire conçue dans le même esprit : il v rappelail avec complaisance l'empressement du pape a donner tontes les satisfactions possibles à l'ambassadeur, et, en opposition à ce tableau, les préparatifs séditieux du palais Farnèse. 11 démontrait que le Saint-Père s'était vn ainsi dans l'obligation absolue de pourvoir à la sécurité de la ville par la répartition de quelques corps de garde aux alentours de l'ambassade. Il ajoutait que le due de Créqui avait pris prétexte de ces sages mesures pour quitter Rome « sans motif raisonnable » et sans vouloir entendre les déclarations qui lui étaient prodiguées par le pape « avec un amour paternel ». Il blâmait enfin avec amertume la conduite d'un ambassadeur qui, « sans égard à la longanimité du Saint-Père, n'avait jamais marché droit, l'esprit prévenu par de mauvais conseils, essayant de troubler le repos public et cherchant les occasions de rupture » '.
La tactique du Saint-Siège était donc bien caractérisée désormais : il prétendait intervertir les rôles et d offenseur devenir offensé. Nous allons voir dans le chapitre suivant combien il était loin de compte, et quels furent l'impression et les actes du cabinet du Louvre au moment où le courrier expédié le 21 août par le duc de Créqui lui apporta la nouvelle de l'attentat.
1. Circulaire aux nonces, 2 septembre, Arcli. Vat., vol. 122, p. 75 a suiv.