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CHAPITRE VII

LA POLITIQUE FRANÇAISE APRÈS L'ATTENTAT DU 20 AOUT (septembre 1662)

Arrivée à Paris du courrier de Rome. — II. — III. Indignation du roi. — Sa dépêche au duc de Créqui. — IV. Ordre envoyé au nonce de se retirer à Meaux. — Son entretien avec M. de Lionne. — Attitude de MgT Piccolomini. — V. Le nonce gardé à vue. — VI. Lettres du roi au pape et aux cardinaux. — Instructions à M. de Bonrlemont, chargé d'affaires à Rome, et au duc de Créqui. — VII. — VIII. Nouveau courrier de Rome. — Second entretien du nonce avec M. de Lionne. — Complète divergence dans l'appréciation des événements et des réparations nécessaires. — IX. Colère du roi en apprenant les faits qui avaient amené le départ du duc de Créqui. — Le nonce reconduit à la frontière.

Le courrier du due de Créqui, parti de Rome le 21 août au soir, arriva le 29 à Saint-Germain-en-Laye où se trouvait la Cour. Il apportait la dépêche de l'ambassadeur au roi, une lettre de M. de Bourlemont à M. de Lionne, et diverses lettres particulières. Nous n'avons pas à revenir sur ces documents souvent cités dans le précédent chapitre. Rédigés à la hâte, sous le coup des événements, ils reproduisaient fidèlement les sentiments et aussi les erreurs de l'ambassade et des Français de Rome. On ne peut s'étonner de leur forme dramatique en <l<* telles circonstances, mais il faut reconnaître que la dépêche de M. <l<v Créqui et le récit qui s'y trouvait annexe avaient un triple inconvénient : d'abord ils contenaient plusieurs détails inexacts accueillis sans contrôle dans la première

émotion ; en suite* ils proclamaienl comme un fait certain la connivence <lu gouvernement pontifical; enfin ils étaienl écrits de façon à provoquer immédiatement dans l'esprit de Louis XI Y et de ses ministres nue de ces violentes colères

qui ne laissent pas les hommes tout à fait maîtres de leur jugement, et les amènent spontanément aux mesures extrêmes qui engagent la politique.

Assurément il eût fallu une sagesse et un sang-froid peut-être au-dessus des forces humaines pour expédier à Paris, en cette heure de fièvre, une relation plus pondérée, pour s'en référer à des informations ultérieures, pour éviter surtout de donner, sur-le-champ et dès le premier jour, à l'agression des Corses le caractère d'un complot ourdi par le Saint-Siège contre le gouvernement français. C'était là cependant le péril capital dont il convenait de se garder en prévision des négociations qu'il deviendrait plus difficile de suivre du moment que la Cour de Rome était directement accusée et qu'il s'agissait, non plus seulement de punir un soulèvement de la soldatesque, mais de châtier les conseillers du pape, de les convaincre de complicité, et d'amener un État indépendant à s'humilier devant les revendications d'un autre Etat.

Ces rapports vibrants, l'exorde ex abrupto de l'ambassadeur demandant « vengeance de l'assassinat commis tant en sa personne qu'en celle de sa femme », son récit qui laissait trop voir la conviction que le Saint-Siège n'était pas étranger à l'affaire, éclatèrent comme un coup de foudre. L'orgueil de Louis XIV, profondément blessé par l'attaque du palais de France, le zèle ardent de ses ministres pour la dignité du maître, la rancune que plusieurs d'entre eux, notamment M. de Lionne, gardaient de longue date au Saint-Père, s'opposaient à l'examen réfléchi de la situation. Le premier mouvement fut le plus fort, et, sans avoir de renseignements complémentaires, sans connaître quelles mesures avaient pu être prises par les autorités romaines, on conclut tout de suite

à les estimer coupables, et, suivant l'impulsion donnée par M. de Créqui, on mit en cause le gouvernement pontifical. On accepta le système de revendications et de représailles adopté par l'ambassadeur et qui, au moment où le courrier arriva à Saint-Germain, avait déjà ulcéré le pape. Le mal était fait sans doute, mais le cabinet français, en se précipitant dans la même voie avec tant de violence et quand il n'avait entre les mains que des documents incomplets, quand il ignorait les intentions de la Cour de Rome, allait le rendre irréparable. Au lieu de circonscrire l'incident et de ne poursuivre que la réparation du droit des gens et la punition des coupables, il attaquait le Saint-Père lui-même, il élevait la question à la hauteur d'une lutte fort complexe sur le terrain à la fois politique et religieux où l'on est toujours placé dans tout dissentiment avec le Saint-Siège; enfin, il se lançait dans une aventure très fâcheuse pour les rapports de la Monarchie el de L'Église et qui ne devait être que compromettante et stérile.

Son bon droit était évident : les fautes des ministres romains le rendaient, s'il est possible, plus incontestable encore : mais en le surchargeant d'une accusation fondée uniquement sur des présomptions et qui enveloppait tout le gouvernement pontifical, il se créait à lui-même des difficultés redoutables; il se plaçait en outre dans l'éventualité d'une guerre en Italie où il n'avait rien à gagner et qui risquait de susciter les plus graves embarras religieux dans le royaume. Il eût été toujours temps d'en venir à des résolutions extrêmes si la Cour de Rome avait refusé les réparations nécessaires; mais en les attendant avec quelque patience (comme il fallu! d'ailleurs s'y résigner), Louis XIV prenait le beau rôle, et peut-être les eût-il plus aisément obtenues. En un mot, la direction la plus prévoyante et la plus juste eût été d'abord <le séparer nettement, au lieu de les confondre, la cause des Corses de celle du Saint-Siège : ensuite, d'insister avec toute l'énergie

du monde pour le règlement de la première et la restitution du droit des gens, en y intéressant même la dignité du pape; enfin de laisser les autorités romaines, soit se dégager en réparant spontanément l'outrage et clore a in l'incident à la satisfaction commune, soit se compromctti de telle façon qu'on pût alors, ayant mis les bons p cédés de son côté, agir avec une équité irréprochable. Il fallait les écouter d'abord et leur enlever ainsi tout prétexte de déni de justice et toute raison de se prétend calomniées. Dans les affaires politiques aussi bien que dan les autres, mettre l'amour-propre de l'adversaire hors d jeu est le meilleur des calculs, et je dirai même la règl élémentaire de la diplomatie. M. de Créqui, et après lu le cabinet français, y ont manqué au milieu du troubl des événements. Ils ont subi pendant dix-huit mois les conséquences de cette faute originelle.

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