‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 181 sur 268 · SI 'C · texte numérisé non relu

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Louis XIV avait toute la fougue, toute la susceptibilité sur le point d'honneur qu'on devait attendre d'un jeune homme de vingt-quatre ans. De plus, Mazarin l'avait mis dès longtemps en défiance contre la Cour de Rome : ses ministres, fidèles disciples du feu cardinal, l'avaient entretenu dans cette politique soupçonneuse justifiée souvent par les procédés d'un Pontife évidemment dépourvu de bienveillance : l'entourage, rompu à l'obéissance, partageait les idées du maître avec une passion qui semblait alors le premier des devoirs. Il n'y eut qu'un cri à la Cour, et cet entraînement était presque inévitable chez des ministres prévenus et chez un prince superbe, comblé par la fortune, persuadé de son infaillibilité, et qui ne vit au premier abord en cette affaire que sa majesté à venger *. C'est ainsi

1. Fléchier, dans une pièce de vers intitulée « Plainte de la France à Rome » et qui a été attribuée à Corneille, donne l'impression générale du

que le cabinet français accepta la querelle politique si malheureusement entamée à Rome par les erreurs mutuelles du duc de Créqui et du Saint-Siège, et c'est désormais dans cet ordre d'idées que nous aurons à nous placer en poursuivant le récit et l'appréciation des événements. L'attentat passe bientôt au second plan, et c'est en réalité une lutte diplomatique, continuée sous ce prétexte mais dont les causes étaient beaucoup plus profondes, qui se développera devant nous. La guerre du Sacerdoce et de l'Empire n'était pas finie : l'affaire des Corses est un de ses épisodes.

« J'ai appris avec l'étonnement et le ressentiment que vous pouvez vous imaginer, écrit le roi au duc de Créqui le lendemain de l'arrivée du courrier, ce qui s'est passé dans Rome. Le forfait de la milice du pape contre votre personne et votre palais, la personne de ma cousine la duchesse de Créqui et son carrosse, tous vos domestiques et tous les Français qui ont été rencontrés dans les rues, a des circonstances si atroces et si cruelles qu'il sera à jamais déteslé par les nations même les plus barbares. C'est pourquoi, bien que je sois l'offensé et d'une qualité d'offense qui n'a point eu de pareil exemple en aucun temps ni chez aucun peuple, je crois que le pape a encore plus d'intérêt que moi qu'elle soit promptement réparée par un châtiment proportionné, s'il s'en peut trouver d'assez grand

public et de la Cour. Il fait parler la France en ces termes, s'adressant à

Rome : , .

« par un attentat et lâche et criminel

Tu fais de ses faveurs un mépris solennel.

On voit régner le crime avec h. violence

Où doit régner la paix avecque le silence :

On voit les assassins courir avec ardeur

Jusqu'au palais sacré de mon ambassadeur

Porter «le tous côtés leur fureur vagabonde

i;i violer les droits les pins sacrés 'In inonde. » Etc.

(Voir, sur ce poème : Œuvres de Corneille édit. Hachette, i. X. appendice, p. 361

pour l'énormité d'un ])areil assassinat. C'est ce qu'il me semble que la prudence de Sa Sainteté non moins que sa justice lui devraient conseiller pour les grands inconvénients qui pourront s'en ensuivre et dont je serai pleinement déchargé devant Dieu et devant les hommes, quelque mal qui en arrive. »

Jusqu'ici la dépêche du roi est parfaite, mais il ajoute :

« Cependant, comme nonobstant le visible intérêt du Pape, je ne laisse pas que d'être incertain s'il le connaîtra assez pour me donner la satisfaction qui m'est due, ou si ceux qui ont donné les ordres à cette canaille de commettre une si méchante action n'auront pas encore assez de crédit sur l'esprit de Sa Sainteté pour le détourner d'en faire un châtiment exemplaire, j'ai pris sur-le-champ deux résolutions que j'ai estimé ne pouvoir être différées comme le peuvent les mesures plus grandes qui dépendront après de ce qu'on me dira l. »

Voici quelles étaient ces deux résolutions. Le roi, dès qu'il eut pris connaissance des dépêches de l'ambassade, convoqua un conseil extraordinaire, où il appela « la reine mère, Monsieur, le chancelier de France, les maréchaux d'Estrées, de Gramont, du Plessis-Praslin, et de Villeroy et les sieurs Le Tellier et de Lionne, le prince de Condé s'étant trouvé à Chantilly )> 2. Dans ce conseil qui fut tenu soit le 29 août au soir, soit le 30 au matin, la connivence des autorités pontificales dans l'agression des Corses ne fut pas mise en doute; le second para-

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