Le roi à Créqui, 30 août 16G2, A. É., Rome, 146, fol
2. Gazette de France, 1662, nos 108 et 109. — Le nonce, dans sa lettre du 30 août, indique comme présents au Conseil : « le prince de Condé, les maréchaux d'Estrées et de Gramont, MM. Le Tellier, de Lionne et Colbert ». Arch. Vat. Nonciature de France, vol. 123. Dépèche du 30 août 1662. — Le maréchal de Turenne ne fut pas convoqué, à ce que raconte l'ambassadeur de Venise, par le motif qu'il était huguenot. Grimani ajoute que le roi en ayant gracieusement avisé le maréchal, ce dernier répondit avec beaucoup de tact et d'esprit que « pour cette même raison, il eût été dans son opinion le plus modéré de tous les conseillers de Sa Majesté >;. Dépêche de Grimani, 5 septembre. Bibl. Nat., Dispacci, etc., déj. cit., filza 130.
LA POLITIQUE FRANÇAISE APRÈS l' ATTENTAT. 329
graphe de la dépèche du roi au duc de Créqui relatif « ceux qui ont donné des ordres à cette canaille » prouve qu'on a d iscuté sur cette base. Le nonce n'hésite pas à l'affirmer : « Le Conseil, dit-il, a appelé cet incident un tssassinat, ne l'a pas estimé fortuit, mais bien amené par l'ordre donné de faire main basse sur les Français à la première occasion qui se présenterait » !. On voit par ces derniers mots que cette présomption se serait fondée uniquement alors sur les paroles imprudentes attribuées à don Mario et au cardinal Imperiali lors de l'affaire de la patrouille. Les lettres de Rome arrivées à Saint-Germain à cette date ne donnent en effet aucune information nouvelle sur ce point. Quoi qu'il en soit, sur cette donnée un peu vague, le roi assisté de son conseil prit deux décisions qui indiquaient chez la Cour de France la conviction absolue de la complicité du Saint-Siège. La première était d'ordonner au nonce de quitter Paris et de se retirer à Meaux, et la seconde d'inviter M. de Créqui à s'éloigner de Rome pour s'établir provisoirement à Sienne « ou en quelque autre lieu proche » qui serait à sa convenance 2. Ces mesures, si considérables qu'elles fussent, étaient faibles relativement à l'état des esprits autour de Sa Majesté : le roi, qui avait eu soin de montrer beaucoup de calme dans la discussion, avait adopté l'envoi du nonce à Meaux comme la résolution la plus douce 3; mais ses conseillers étaient plus ardents. « M. le maréchal de Villeroy, écrit M. de Lionne à M. de Créqui, jette feu et flammes.... Un autre, que vous saurez, a opiné d'envoyer le nonce à Vincennes 4 » ; et ailleurs, dans une lettre au cardinal Albizzi, il ajoute : « J'ai ouï dire ici, en ce rencontre, à un évèque que pour de moindres occasions on avait fait