Il fut nommé cardinal par Clément IX, en
plus grand tort à l'autorité morale du gouvernement. On citait avec indignation les richesses immenses que luimême et les siens avaient amassées, les sommes dépensées pour l'acquisition du magnifique domaine de l'Ariccia et de la principauté Farnèse, pour la construction du palais Chigi sur la place Colonna, les valeurs inconnues en argent comptant, joyaux, meubles précieux réunis par ses efforts incessants, et aussi les émoluments de ses charges diverses et de celles des siens. L'imagination du peuple exagérait cette fortune, incontestablement fort grande, et l'on ne manquait pas de lui attribuer la gène publique et les embarras du trésor pontifical l.
L'influence réelle de don Mario sur son frère a été diversement appréciée : les uns prétendaient que le pape n'avait avec lui, en général, que des conversations assez oiseuses et de passe-temps; les autres, au contraire, affirmaient que Sa Sainteté prisait ses conseils, le faisait l'arbitre des affaires temporelles, le regardait comme fort sage et comme un grand politique \ Je crois que la vérité sur ce point, autant qu'on en peut juger par les faits euxmêmes, est entre les deux opinions : don Mario ne jouissait pas d'une autorité absolue sur l'esprit du pape, n'ayant jamais été en mesure de lui rendre aucun service avant le Pontificat, mais il était certainement — nous le verrons par la suite — un conseiller d'autant plus écouté qu'il laissait difficilement pénétrer jusqu'à sou frère les nouvelles ou les opinions qui auraient pu le contredire. Quoi qu'il en fut, le Saint-Père l'aimait, lui montrait beaucoup de complaisance, le comblait de bienfaits, et don Mario (Mail dans Home une puissance de première grandeur. Sa femme, donna Bérénice, mère du cardinal Flavio, avait
1 Voir, pour tous «es détails, les diverses relations .les ambassadeurs vénitiens, Correr, Sagredo, Bassadonna, Relazioni, etc., loc. cit., p. 172-200- 26(i-t><j:i-:Un, et, le Correr <,/>,><■,■>//>/>,-, p. 1-s. Sagredo en 1661 .. évaluait pas U fortune des Chigi à pins de 700 000 écus environ, mais elle s est Fort augmentée depuis. (Voir ibid., p. 236.)
•j. Comparez Les deux relations de Bassadonna, p. 2f>r> et 293.
ii L AMBASSADE DU DUC DE CREQUI.
alors une cinquantaine d'années. l^stinK-*' pour sa piété, sa prudence et ses vertus modestes, accoutumée depuis longtemps à une position médiocre, elle tenait son rang avec dignité. Elle se renfermait dans le gouvernement de
sa maison, visitait 1rs églises avec une dévotion exemplaire, et, comme si elle eut voulu que sa conduite lit un contraste avec celle de donna Olimpia sous Innocent X, elle voyait très rarement le pape et n'avait aucune visée politique. On disait (pie, si elle eut pu suivre ses goûts personnels, elle eût préféré une vie tranquille avec ses filles à Sienne \
Venons à son fds le cardinal Flavio. Ce personnage a joué un très grand rôle dans les événements dont nous donnons le récit. (Tétait alors un jeune homme de vingtneuf ans 2, qu'on avait fait entrer par prévoyance en prélaturc, et que le Pape, lorsqu'il se décida à faire venir sa famille à Rome, avait créé sur-le-champ cardinal-patron le 9 avril 1657, surintendant de l'Etat ecclésiastique, et légat titulaire d'Avignon3. Ses divers portraits, et son buste de marbre qui est au palais Chigi, le représentent avec une figure grasse et même un peu massive, le nez long, les lèvres fortes, une fine moustache et une mouche, le menton épais, les yeux petits mais vifs, une physionomie spirituelle et agréable. Il avait l'esprit ouvert, assez de lettres, beaucoup de courtoisie et d'usage du monde 4 : fort bien doué naturellement et même très intelligent des affaires, parlant clairement et avec grâce, il eût pu avec de l'application suppléer à son défaut d'expérience s; mais il était fort indolent et surtout passionnément adonné au plaisir; il aimait la chasse, la table; la chronique scandaleuse de la ville lui
1. Belazioni, etc., loc. cit. (Relation de Bassadonna), p. 267. — Voir aussi Correr apocryphe, p. 20.