‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 212 sur 268 · A. K.. ibid.f 28 cm tobre · texte numérisé non relu

A. K.. ibid.f 28 cm tobre

: \ i . dép. du roi à l'archevêque d'Embrun, 29 octobre 1662. h. Voir chap. \ r, J &V.

documents pour une princesse aussi inconsidérée que la reine Christine s'ils n'eussent eu L'arrière-pensée de les publier plus tard quand ils jugeraient le moment venu. Quoi qu'il en soit, c'est assurément dans ces deux missives qu'ils ont le mieux réfuté l'argumentation du Saint- Siège et plaidé avec l'éloquence la plus persuasive la cause de la dignité royale et du droit violés.

La lettre de M. de Lionne est la réfutation complète des arguments de la Cour de Rome. Elle débute par un éloge du roi :

« J'avoue, Madame, que je ne puis assez m'étonner qu'on ait si peu connu de delà les qualités de l'esprit de S. M., ferme, inflexible, vigoureux, incessamment appliqué aux affaires et surtout sensible au dernier point aux choses qui touchent l'honneur, qu'on ait osé y lâcher la bride (qui est le terme dont on en peut parler le plus favorablement) à lui laisser faire une si grande offense, et qu'après cette faute inexcusable on y en ait ajouté une seconde peut-être non moins désobligeante de croire S. M. capable de se payer pour toute satisfaction d'un compliment et de quelques belles paroles. »

Le ministre passe de là à l'examen, point par point, des objections, excuses et raisonnements du Saint-Siège, et déclare « qu'on n'a presque rien fait en toutes choses petites et grandes que contraires de ce qui se devait pour le respect du roi ». Il réfute en termes ironiques le Mémoire du cardinal Chigi sur les prétendues provocations des Français, et venant ensuite à la conduite de la Cour de Rome, il blâme successivement tous ses actes depuis l'attentat : la lenteur du cardinal à faire visite à l'ambassadeur, les ménagements dont on a usé envers les Corses et les facilités qu'on a données à l'évasion des coupables, le retard de l'édit lancé contre eux, la composition des congrégations instituées pour connaître de l'affaire sous la présidence du cardinal Imperiali « qui devait plutôt lui-même y être soumis et sujet à y répondre ou à quelque autre tribunal » ; le changement de caserne des Corses, mesure

insuffisante puisqu'elle les a laissés dans Rome ; le Bref du pape où Sa Sainteté, il est vrai, « a la bonté de déclarer qu'elle tient l'injure faite pour sienne propre et a déjà commandé qu'il en soit fait prompte et sévère vengeance », mais qui en réalité n'a été suivi d'aucun effet; la phrase de ce Bref : « s'il y a encore quelque chose à faire » qui semble bien étrange lorsqu'on réfléchit qu'il n'a été pris aucune disposition sérieuse.

M. de Lionne traite ensuite la question des armements de l'ambassadeur et les justifie entièrement: il n'a agi ainsi, dit-il, « que pour sa propre défense qui est du droit naturel et pour ne pas demeurer exposé à de nouveaux insultes de la fureur de ces mêmes barbares qui l'avaient voulu assassiner et madame l'ambassadrice ». Il maintient que le gouvernement pontifical ne pouvait donner au duc de Créqui aucune assurance valable, et ne pouvait « répondre que ces brutaux, sur le moindre incident et contre sa volonté, ne fissent quelque nouvel insulte à l'ambassadeur et à l'ambassadrice dans les rues, après quoi on nous voudrait peut-être encore payer de la simple excuse qu'on ne l'aurait pu croire et qu'on en est bien fâché ». Il rappelle ensuite avec amertume les préparatifs militaires du Saint-Siège, les corps de garde établis autour du palais Farnèse, et la série des faits qui avaient amené le départ du duc de Créqui. Il termine sur le ton le plus menaçant : « Le roi ira son chemin d'une même teneur sans s'en démentir : il se satisfera de la raison qui lui sera offerte, mais certainement il ne laissera point de tache à son honneur qu'il veut et est obligé de transmettre à ses successeurs sans flétrissure » *.

La lettre de Louis XIV, égalemenl composée par M. de Lionne, est conçue dans un ordre d'idées plus générales : le roi laisse de coté les détails de discussion, en se référant ;i ce qu'a écrit son ministre, et traite la question au point de vue de sa dignité personnelle et de l'attitude prise

l • \- I-. R , supplément 149, n« 66.

par la Cour (le Rome. Il repousse d'abord avec beaucoup de hauteur les suggestions indulgentes de la reine Christine.

« Il est fort aisé, écrit-il, de donner des conseils de modération qu'on a peine à prendre pour soi-même quand on est vivement offensé l, et si Votre Majesté avait reçu quelque mauvais traitement en la personne du dernier de ses domestiques,... je suis assuré qu'elle a tant de cœur et tant d'amour pour sa gloire qu'elle ne suivrait pas le conseil qu'elle me donne de passer F éponge, comme elle dit, sur ce tableau désagréable, et qu'elle ne prendrait pas, en cette nature d'affaires, pour une victoire fort honorable, celle de vaincre son ressentiment. »

Il poursuit, dans un magnifique langage et sur un ton vraiment royal :

« Nous avons reçu du Ciel, Madame ma sœur, une dignité dont nous nous rendrions indignes, si, pour quelque considération que ce puisse être, nous souffrions la moindre tache à notre honneur et c'est sur ces taches-là qu'il faut passer l'éponge pour les effacer par une réparation proportionnée à l'offense, et non pas sur l'offense même par un oubli qui nous rendrait méprisable en ce qu'il serait imputé à faiblesse d'àme ou impuissance des forces. Je demeure d'accord avec vous que je dois être persuadé qu'il n'y a prince au monde, si impudent ou si hardi, qui voulût ou osât, de propos délibéré, me faire injure : aussi ne puis-je croire que c'ait été l'intention du Pape de m'ofifenser ; mais n'y a-t-il pas des enragés et des impudents par tout le monde, et croyez-vous que tous ceux qui dominent dans Rome sous Sa Sainteté, n'ayant guère vu autre chose que son enceinte, et enivrés d'un pouvoir passager pour lequel ils n'étaient pas nés, sachent seulement qu'il y a quelque puissance au dehors qui soit égale à la leur et qu'ils soient obligés de respecter? »

Après ces considérations personnelles, le roi en vient à des appréciations de haute portée sur la politique du Saint- Siège : il flétrit « le népotisme qui suce le plus pur sang des sujets de l'Etat ecclésiastique et tout le patrimoine de saint Pierre pour engraisser une seule famille », et fait l'historique de ses rapports avec Alexandre VII.

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