‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 214 sur 268 · Voir chap. VI, § XX · texte numérisé non relu

Voir chap. VI, § XX

3. L'ambassadeur de Toscane signale la môme tranquillité : « a me non pare che délie riposte di Francia... si siano mag-g-iormente intimoriti questi sig-nori ». Le cardinal Chigi prétendait même que le roi avait écrit

il est vrai, quelques « milices de paysans qu'on avait formées en hâte » !, mais les barricades des rues voisines du palais Farnèse demeurèrent « gardées par des soldats » : on continua d'agiter la question d'un prochain appel de troupes ; les Français furent soumis dans la ville a des vexations nombreuses ; plusieurs furent emprisonnés , d'autres battus à coups de bâton et de crosse de mousquets, si bien que le cardinal d'Aragon ouvrit son palais à beaucoup de ces malheureux, et leur fournit vivres et secours 2.

Les choses restèrent en cet état jusqu'à l'arrivée du courrier expédié de France le 30 ou le 31 août et qui apportait à M. de Bourlemont les instructions de sa Cour. Nous les avons rapportées au chapitre précédent 3. Ce prélat exécuta sur-le-champ ces ordres. Il se rendit d'abord à l'audience du pape pour remettre entre ses mains la lettre de Louis XIV4. Sa Sainteté reçut le pli royal, mais se réservant de l'ouvrir quand Elle serait seule, le plaça près d'Elle sur un escabeau 5. M. de Bourlemont prononça alors les paroles qui lui étaient prescrites, et le pape commença un long discours très agressif contre la Cour de France. Le nonce, cependant, n'avait pas encore été expulsé

à son ambassadeur à Turin pour savoir si les faits étaient aussi graves qu'on les lui avait indiqués et qu'il avait été très rassuré par la réponse. (Dép. de Rinuccini, 9 septembre.)

1. On les avait fait venir de Viterbe et de Velletri. Elles furent lieenciées dans les premiers jours de septembre (dép. de l'ambassadeur de Toscane, 9 septembre).

2. A. É., Rome, 140, notes, fol. 136 et 137. — On mit en liberté le 7 septembre quatre soldats du duc de Créqui qu'on avait emprisonnés, mais l'ambassadeur de Toscane qui raconte ce détail ajoute que d'autres Français furent incarcérés sous divers prétextes, et que M. de Bourlemont alla prier l'ambassadeur de Venise d'intervenir auprès du Saint-Siège pour lui représenter « qu'il ne fallait pas irriter encore plus l'esprit du Roi Très Chrétien ». Dép. de Rinuccini du 9 septembre. Arch. de Florence, /oc. cit.

'.\. Voir chap. vu, § VI.

',. Cette entrevue est probablement du 9 septembre, car la dépêche de M. de Bourlemont crai La raconte est datée du 10 (A. É., Rome, 146, fol. 130.)

:, L'ambassadeur de Toscane prétend que le pape avait eu d'abord L'intention de ne pas ouvrir cette lettre et de n'y pas répondre (dép. du 16 septembre . Mai- il constate plus tard crae Sa Sainteté a changé d'avis (dép. du 23 septembre). Arch. de Florence, loc. cit.

398 L AMIiASSADH DU DUC DE CRI-QUI.

du royaume (la décision du roi est du il septembre), mais il avait reçu l'ordre d'aller à Meaux : les premières phrases d'Alexandre VII furent une réclamation contre « le mauvais traitement qu'avait reçu... un prélat si sage et si pieux, n'ayant donné aucun sujet de plainte ». Sa Sainteté s'étendit ensuite sur l'affaire du 20 août, mais dans une pensée tout à fait contraire à celle du gouvernement de Louis XIV. Il dit que « les Français avaient injurié les Corses et les avaient obligés à mettre l'épée à la main », et il ajouta, écrit M. de Bourlemont à M. de Lionne, « beaucoup d'autres prétendus griefs que vous aurez pu voir dans les informations qu'ils ont fait faire ici pour excuser l'assassinat et dans l'intérêt du gouverneur de Rome » !. Puis, s'animant de plus en plus, et montrant à découvert combien étaient vivaces dans son cœur ses rancunes contre la Cour de France et surtout contre les ministres du roi, il donna à son langage la forme d'une accusation : il prétendit que « les ministres de Sa Majesté échauffaient son esprit et lui inspiraient tout ce qu'ils pouvaient pour lui causer du déplaisir et de l'aversion contre sa personne » 2. Il ajouta « que le cardinal Mazarin avait déjà nourri le roi dans une haine pour lui et qu'il voyait bien que l'on continuait a lui donner les mêmes pensées, qu'il en avait eu des preuves, même avant qu'il fût pape »; il revint ensuite sur l'exclusion qui lui avait été donnée au conclave, déclara qu'on « avait mis les affaires du roi aux mains du cardinal Antoine pour lui déplaire », et — ce qui fait bien connaître dans quel esprit il avait accueilli le duc de Créqui à son arrivée dans Rome — il insinua « qu'on avait envoyé M. l'ambassadeur pour l'inquiéter et lui donner des déplaisirs, et, de plus, qu'il s'était joint à lui des conseillers perni-

1. Nous avons cité plus haut, à plusieurs reprises, ces documents justificatifs et nous n'avons pas à y revenir. Indiquons seulement pour faire suite à ces nombreuses pièces un Mémoire envoyé à Paris par le nonce de Turin particulièrement favorable à don Mario. (A. É., Rome, 146, fol. 139.)

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