‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 215 sur 268 · Passage chiffré dans la dépêche de M. de Bourlemont · texte numérisé non relu

Passage chiffré dans la dépêche de M. de Bourlemont

cieux » (c'était une allusion au cardinal d'Esté) \ « et làdessus, il me dit que Vun de ces conseillers s'était vanté qu'il avait fait révolter Bologne contre lui ».

A ces mots, M. de Bourlemont ne put se contenir et s'écria que « les ennemis des bons serviteurs du roi leur suscitaient cette calomnie auprès de Sa Sainteté ». Il allait poursuivre, mais le pape l'interrompit et nomma franchement le cardinal d'Esté : puis comme la surprise empêchait son interlocuteur de répondre, il alla plus loin et dit « que l'on nourrissait Sa Majesté dans l' affection de prendre et enlever les Etats des autres » 2. M. de Bourlemont entendant ces paroles qui visaient directement son maître protesta avec énergie, et répondit a que Sa Sainteté ne connaissait pas la justice et la bonté du roi ». Le Saint-Père comprit qu'il s'était trop avancé, montra quelque regret des mots qui lui étaient échappés, et assura le chargé d'affaires de France « qu'il était bien informé que Sa Majesté était un ange pour les bonnes intentions et pour la bonne conscience, mais que ses mauvais conseillers travaillaient à gâter son bon naturel » 3.

On était là sur un terrain brûlant. Sa Sainteté s'en éloigna , mais pour revenir dans un ordre d'idées non moins désagréable au gouvernement français, en excusant de nouveau la conduite des Corses et louant les autorites romaines. Il défendit les officiers « en disant qu'ils n'étaient point au quartier lors de l'émotion, qu'aussitôt qu'ils y arrivèrent ils apaisèrent tout, que le capitaine ne se pouvait mieux comporter qu'il avait fait pour empêcher le

1. Nous avons déjà dit (chap. vi. g \v et note Bpéciale) à quel point ce cardinal étail Buspecl an Saint-Siège. L'ambassadeur <!<> Toscane [dép. du 'i septembre) le déclare expressément : « Pare ;i Sna. Santite di temere sopra ogni altra cosa <!<* consigli <i'-l cardinale <1 Este o; et ailleurs (dép. «lu 6 septembre il rappelle la colère <lu pape contre ce cardinal et pareil penser que, dans l'allocution consistoriale do 2 septembre, c'était A <■«• prélat que le pape faisail allusion <'n disanl : a [nimicus aoster seminayit zizanias », ' \r< h. <lc | lorence, lot .

-• Passage < biffré dans l'original expédié*

désordre; que don Mario avait travaillé une partie de la nuit pour donner les ordres afin qu'il n'arrivât point d'autres accidents, et qu'il avait fait rechercher les coupables, que les Corses n'avaient point tiré sur le carrosse ni proche de Mme l'ambassadrice, mais que, par accident, son page avait été tué sans être connu », enfin, après beaucoup d'autres assertions analogues, il attribua les déploiements de troupes et les corps de garde « à la nécessité de pourvoir à la sécurité de Rome » et termina par un trait, plus approprié aux circonstances qu'il ne le supposait, luimême : « Je ne demande autre chose, dit-il, sinon que le nonce soit aussi bien traité à la cour du Roi comme j'ai fait ici M. de Créqui » !.

M. de Bourlemont, quelque irrité qu'il fût en écoutant ce discours, demeura silencieux, se souvenant que ses instructions lui ordonnaient de tout entendre sans répliquer. Il prit congé de Sa Sainteté avec tristesse, voyant bien que le pape ne comprenait pas la situation et que l'affaire prenait le caractère le plus alarmant 2. Il se rendit, au sortir de l'audience, chez le cardinal Chigi à qui il remit la lettre du roi dont il était chargé pour Son Eminence : le cardinal parla peu, exprima seulement son regret de l'incident, déclara « qu'il s'employait pour en faire faire réparation », dit quelques mots en faveur du gouverneur de Rome et, en manière de péroraison, protesta « de son inclination pour les Français » 3.

Il restait encore à M. de Bourlemont à visiter les ambas-

1. A. É., Rome, 146, loc. cit., et note intitulée Réponse du Pope à M. de Bourlemont, fol. 129. Cette note est un résumé en italien de la dépèche du prélat.

2. La cour de Rome paraît avoir compris tout autrement le discours du pape à M. de Bourlemont. Le manuscrit justificatif de la Bibliothèque Chigi (Racconto completo, déjà cité) prétend que le Saint-Père fit toute sorte de démonstrations d'affection pour le roi, de réprobation de l'incident du 20 août et ajoute seulement qu'il présenta « de paterne doglienze per cio che si era operato col nunzio ». Le récit de M. de Bourlemont ne saurait être suspect : il est écrit au sortir de l'audience et la bonne foi du prélat est indéniable, mais il a peut-être forcé les termes.

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