‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 216 sur 268 · A. É., Rome, 146. Même dépêche de M. de Bourlemont · texte numérisé non relu

A. É., Rome, 146. Même dépêche de M. de Bourlemont

sadeurs. Le duc de Créqui l'avait invité en effet « à ne rien faire de considérable sans en donner participation aux ministres des Couronnes afin de les obliger par cette déférence apparente à rester plus unis en la cause commune ». Il raconte son entretien avec l'ambassadeur d'Espagne, auquel même il donna lecture de la lettre de Sa Majesté au Saint-Père : le cardinal d'Aragon en fut très ému, notamment du passage où Louis XIV se déclarait « disculpé devant Dieu et les hommes du trouble qui peut arriver en Italie ». C'était là surtout le souci des diverses Cours : toute agitation dans la Péninsule leur était à bon droit suspecte; dans tous les documents, dépêches des ambassadeurs vénitiens et florentins, de l'évêque de Béziers ', etc., cette crainte est constamment exprimée: M. de Bourlemont la signale avant toute autre chez l'ambassadeur d'Espagne, et il s'appliquait d'ailleurs à l'entretenir pour exciter le cardinal d'Aragon à insister auprès de la Cour de Rome en vue d'une solution pacifique. Celui-ci ne manqua pas en effet de voir le Souverain- Pontife « pour lui faire appréhender les suites de cette affaire », et il assembla ses conseillers intimes au palais d'Espagne, entre autres les cardinaux Sforza et Colonna et les ambassadeurs de Venise et de Florence pour leur communiquer ses inquiétudes 2. M. de Bourlemont, conformément à ses instructions, vit ensuite les membres du Sacré Collège pour leur remettre les lettres royales qui leur étaient destinées. Plusieurs d'entre eux, surtout Barberini et Albizzi 3, lui témoignèrent des sentiments très

l.Voir notammenl A. É., Venise, I. 82,1a dépêche de l'évêque deBéziers du 11 novembre L662 (f° 138). « <> Boni l<s plus ordinaires discours;... [la appréhendent <pie Les .unis de Votre Majesté venant en Italie, il n'arrive des conjonctures dans lesquelles Votre Majesté forme des pensées dignes de sa valeur, » Voir Corresp. de l'ambassadeur de Florence, passim, loc, <if.

— Voir aussi dépêche de L'évêque de Béziers du 18 novembre, loc, cit.,

fol. 157 : « L'épouvante est grande 2. A. É., dép. de Bourlemont, du lu septembre, déj. cit.

:?. \lbi//i avail éciil ;'" M. de Lionne une lettre extrêmement favorable à

la France, où il signale a L'orgueil de ces gens plus for! une jamais ■ et suggère les réparations les plus complètes. A. É . Rome, 146, fol. 138, —

sympathiques : tous apprécièrent la volonté exprimée par le roi de distinguer « le respect qu'il veut toujours avoir pour le Saint-Siège d'avec les auteurs d'une si grande offense ». Ces paroles, écrit M. de Bourlemont, « contentèrent tous les cardinaux en leur otant la crainte qu'ils avaient que le Saint-Siège n'en souffrît ». Le chargé d'affaires de France vit aussi la reine de Suède qui parut surprise de n'avoir pas de réponse du roi. M. de Bourlemont, qui pressentait les intentions de sa Cour sur ce point, s'en tira en termes évasifs, paraissant penser que M. de Créqui serait chargé probablement de ce message : il eut d'ailleurs le regret de constater que Christine persistait dans son opinion, « parlant fort à la décharge du cardinal Impérial] et le voulant excuser » \

Quant au cardinal Orsini, en recevant la lettre sévère de Louis XIV, il voulut se défendre et dit « qu'il lui paraissait étrange qu'on le mît hors du parti du roi pour n'avoir pas voulu être contre le pape ». M. de Bourlemont lui répondit « que c'était mieux servir le pape au contraire que d'assister l'ambassadeur » 2. Persuadé ou non, Orsini dut « mettre bas les armes de France » 3 puisqu'il avait cessé d'être coinprotecteur : il s'y était refusé jusque-là, malgré l'injonction du duc de Créqui au moment de son départ, mais il ne pouvait plus résister en présence de l'ordre péremptoire de Sa Majesté \

L'ambassadeur de Toscane constate également les bonnes dispositions d'un certain nombre de cardinaux, « condemnando anche l'omissione délie sodisfationi che si potevano e dovevano dare questa sera stessa del successo, e la lentezza nel darla adesso ». (Dép. du 16 septembre, Arcb. de Florence. loc. cit.)

1. A. É., Rome, 146, dép. de Bourlemont à Lionne, 12 septembre, fol. 142. — L'ambassadeur de Toscane rapporte cette entrevue. Il ajoute que Christine blâma fort l'attitude du gouvernement français envers Imperiali en insinuant qu'on perdrait ainsi le concours des cardinaux du parti do l'escadron. (Dép. du 16 septembre, Arch. de Florence, loc. cit.)

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