Ibid., 12 septembre
4. Il avait répondu au gentilhomme que lui avait envoyé l'ambassadeur le 31 août qu'il avait le droit de placer les armes de Franco sur sa maison en vertu d'une lettre du roi et qu'il ne les enlèverait (pie sur lettre cou-
Dans son entretien avec le chargé d'affaires de France Alexandre VII avait si bien exprimé sa vraie pensée qu'il la reproduisit dans la lettre qu'il écrivit au roi deux jours plus tard. Après avoir exprimé de nouveau les sentiments d'indignation et de douleur que lui avait causés l'agression des Corses et l'avoir déclarée tout à fait accidentelle, il se plaignait de la conduite du roi envers le nonce et du duc de Créqui envers le Saint-Siège : « Votre ambassadeur, disait-il, a placé par ses armements cette ville et notre dignité dans le plus grand péril. Il est resté à Rome armé, et l'a quittée sans votre ordre bien qu'en notre nom il eût été prié d'y demeurer, bien que nous lui eussions promis toute sécurité ; il a cependant été traité sur sa route avec affection et honneur par nos officiers. )) Cette appréciation des choses irrita d'autant plus la Cour de France que Sa Sainteté présentait, en contraste avec ces bons traitements, la relégation du nonce « innocent ecclésiastique, envoyé vers vous par le Pasteur et le Père que Dieu vous a donné, par l'Eglise votre mère et tenant pour ainsi dire auprès de vous la place de Dieu ». Le Souverain-Pontife terminait cette lettre qui avait la forme d'une objurgation sévère en s'écriant : « Que dira l'univers ? que dira la république chrétienne ? que pensera Dieu même i ? »
En même temps il donna copie de ce document au Sacré Collège « afin que les cardinaux, dit l'ambassadeur de Toscane, en répondant à la circulaire de Sa Majesté2, réglassent leur langage sur celui du Bref, ce qu'ils firent
traire. (Dép. de L'ambassadeur de Toscane du 9 septembre.) Il ;i\;iii depuis donné La même réponse a .M. 'le Bourlemont. [Ibid.)
I. Ce troisième Brel 'In pape commence par ces mots : a Dilcctus filius ,.l)l);i~ de Bourlemonl o; il esl daté «In 12 septembre 1662, \. I . Rome, L46 i-l. 141.) — Régnier Des Marais Le cite en entier, |>. 83 a 86.
■!. La circulaire <|n<- M. de Bourlemonl leur arail remise.
d'ailleurs ponctuellement » *, ets'imaginant, ajoute Régnier
Des Marais qui rapporte également ce détail, « que cette uniformité de sentiments entre lui et eux servirait à faire impression en France sur les esprits » 2. Cette présomption était bien hasardée, et la nouvelle de l'expulsion du nonce que le pape reçut quelques jours plus tard lui fit voir combien il se trompait sur les intentions du gouvernement de Louis XIV. Au surplus ce Bref ne fut pas lu en ce moment par le roi : il était porté par le courrier qui rencontra le nonce à la Charité-sur-Loire, ainsi que nous l'avons raconté plus haut, et qui fut arrêté par M. de Cazaux. Néanmoins le paquet destiné à M. de Lionne lui fut expédié avec quelque retard, et le Bref y était contenu. Mais le ministre, par ordre de Sa Majesté, et pour marquer à la Cour de Rome toute la colère de son maître, renvoya au nonce le pli sans l'avoir ouvert 3.
Le Saint-Père, quelles que fussent ses illusions, sentait bien cependant qu'il fallait témoigner, au moins par quelques actes, de son désir de satisfaire le roi. Mais, comme nous allons le voir, ses ministres agirent de si mauvaise grâce, d'une manière si incomplète et en combinant si mal les circonstances, qu'on ne lui sut aucun gré de ses concessions.
Le séquestre mis sur les biens du duc Cesarini fut levé vers le 15 septembre, et on lui rendit les clefs de ses domaines : on renonça au procès qu'on prétendait lui faire 4, mais ce seigneur n'en fut pas moins tenu en telle suspi-
1. Dép. de l'ambassadeur de Toscane, 25 septembre 1662. (Arch. de Florence, /oc. cit.)