Régnier Des Marais, p
3. A. É., 147, dép. de Lionne à Créqui, 25 septembre, fol. 25. Voir chap. vu, § IX, et Régnier Des Marais, p. 92.
4. Dép. de l'ambassadeur de Toscane du 16 septembre 1662. (Arch. de Florence, loc. cit.)
cion et l'objet de vexations si pénibles qu'il crut nécessaire pour sa sûreté de quitter l'Etat de l'Église et de se réfugier secrètement dans le royaume de Naples *. Le cardinal d'Aragon, qui le logeait au palais d'Espagne depuis le départ de M. de Créqui, l'y encouragea lui-même, et le conduisit jusqu'au delà de Tivoli, le 22 octobre, dans son propre carrosse. Sous prétexte de promenade, c'était toute une évasion combinée avec le vice-roi de Naples. Une troupe de cent soldats espagnols à pied et à cheval, qui avaient franchi pendant ce temps la frontière pontificale, se trouvèrent sur le point de la route où les voitures ne pouvaient plus s'avancer, en un lieu appelé Vicovaro ; ils reçurent là le duc Cesarini, qui fut conduit par le gouverneur de l'Abruzze, don Pedro Valerio, avec toute sorte d'honneurs, à Civita Ducale, ville appartenant au duc de Parme et enclavée dans les possessions de l'Espagne 2. Le Saint-Siège se plaignit plus tard, et avec raison, de cette entrée d'une troupe en armes sur son territoire ; mais cette irrégularité passa inaperçue : on ne remarqua dans l'incident que l'extrémité où la Cour de Rome avait réduit un des plus fidèles partisans du roi. Le bon effet de la levée du séquestre se trouvait ainsi détruit, et le gouvernement français était engagé de plus en plus à soutenir ce seigneur dont la cause avait été liée à la sienne par une persécution inopportune. M. de Bourlemont, pour bien marquer le sentiment de son maître, alla remercier le cardinal d'Aragon du concours qu'il avait donné à un ami de la France 3.
Cet essai de satisfaction avait été précédé d'un autre plus important, il est vrai, beaucoup plus significatif el <|in aurait pu être utile s'il eût été mieux combiné : nous voulons parler de l'expulsion de la garde corse; mais on va
1. Le duc Cesarini h Lionne, L6 septembre 1862. A. 6., 147, fol. 6.
2, Dép. (!<• Bourlemont, 24 octobre 1662. A. É., Rome, L47, fol. 136. — Dép. de Vagnozzi, 30 octobre, ibid., fol. 160. - Dép. de Bourlemont, 11 octobre, ibid.^ fol. 167.
:>,. Dép. de Bourlemont, :'>1 octobre, loc cit.
/i06 l'ambassade du duc de CIIÉQUI.
voir que les autorités romaines s'y prirent si mal que l;i sage décision du Pontife ne fit que nuire à sa cause. L'enquête sur les événements du 20 août se poursuivait, avec lenteur sans doute, mais enfin on avait gardé une douzaine de prisonniers, on les interrogeait ainsi qu'un certain nombre de témoins; le cardinal Imperiali, le 25 août, avait adressé au pape une exposition des faits assez peu exacte, se terminant toutefois par une demande d'autorisation de poursuites contre plusieurs accusés fugitifs : notamment Domenico de Bastelica, Carlo d'Ampugnano, Marco Vergolé, Francesco de Bastelica 4; un bando avait été publié neuf jours après les événements pour faire reprendre les évadés. Toutes ces dispositions étaient assurément bien incomplètes, mais on pouvait avec un peu d'art et d'esprit de conduite les faire valoir comme un commencement de réparation, et, en y joignant la dissolution et le départ de la garde corse, on avait quelque chance d'atténuer la colère du roi.
Ce dernier acte surtout, s'il eût été accompli comme il devait l'être, c'est-à-dire avec toutes les apparences d'un châtiment solennel, fût devenu pour le Saint-Siège un argument précieux non seulement dans ses pourparlers avec la Cour de France, mais encore dans ses relations à ce sujet avec les Puissances étrangères, car enfin c'était là une mesure considérable : le licenciement de tout un corps de troupes, en expiation de la faute de plusieurs soldats, était un fait politique dont Louis XIV devait tenir grand compte et dont toute l'Europe eût certainement félicité le Saint-Père. L'ambassadeur de Toscane l'annonçait avec quelque ostentation à Florence dans sa dépèche du 12 septembre : « Sa Sainteté a daigné, pour faire paraître avec évidence sa bonne volonté de satisfaire le roi, me faire savoir que la Congrégation d'Etat a ordonné le départ de toute la milice corse avec ses officiers pour
1. Voir cet acte aux Arch. À. E., Rome, 149, supplément, fol. 93.
Civita Vecchia et leur expulsion de l'État ecclésiastique avec défense d'y rentrer sous peine des galères; ' » on ajoutait même que le pape devait lancer une bulle « fulminatoire » — « déclarant que les Corses ne seraient plus jamais employés au service du Saint-Siège » 2.
Alexandre VII avait donc été bien inspiré en se décidant a prévenir, sur ce point, les demandes officielles de la Cour de France. Malheureusement, par la maladresse ou l'audace de ses agents, le départ des Corses eut lieu dans des conditions telles, qu'il put être considéré comme une nouvelle offense. Le mardi matin, 12 septembre, tout le bataillon sous le commandement du capitaine Franchi, quitta la caserne de Capo le Case, tambours en tête, drapeaux au vent, traversa la ville par la Sapienza, la place Navone, et déboucha sur la place Farnèse, défilant ainsi devant le palais dans un appareil guerrier et imposant. Tandis que la Cour de Saint-Germain attendait une amende honorable, tandis qu'à Paris, selon l'expression de l'ambassadeur de Venise, « chacun s'imaginait que les soldats quitteraient Rome la corde au cou et une rame à la main au lieu de mousquets » 3, voici qu'ils sortaient de la ville avec tous les honneurs de la guerre, les armes à la main, en ordre militaire, dirigés comme à la parade par leurs officiers, et semblant par cette attitude braver une lois de plus l'ambassade de France. MM. de Bourlcmont et Vaguozzi s'empressèrent de faire connaître cet incident à M. de Lionne et à M. de Créqui 4 ; ce dernier en écrivit au roi avec une légitime indignation : « Ils ont eu l'insolence, dit-il, à leur soi tic de Rome, de passer comme par bravade devant mon palais, tambour battanl et enseignes déployées », et il ne manqua pas d'ajouter : « c'est une chose
1. Dép. <l<- l'ambassadeur <!<• Toscane, L2 septembre 1662. •'. fbid., dép. du 16 septembre 1662.
3. Dép. '!«• ( •riiii.-ini. 17 octobre 1662, loc. cit., l° 75. '». \. I... Rome, 147, dép. «le Vâgnocsi, 1-s septembre, f" 12; dép, de Boarlemont, ibid,, i " l .'•. 19 septembre.
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qu'ils ne peuvent avoir faite sans un ordre particulier » l. II était assez vraisemblable en effet que cet itinéraire n'était pas fortuit. Mais qui l'avait ainsi réglé? Toutes les autorités en repoussèrent la responsabilité : le marquis Mattei « jura qu'il n'avait pas donné un tel ordre et l'imputa au cardinal Imperiali et à Azzolini » 2. Le sénateur de la ville s'écria que ses bons avis étaient inutiles auprès du pape , qui n'écoutait qu'Imperiali et ses conseils violents 3. Plus tard le Saint-Siège, dans le Mémoire justificatif que nous avons eu souvent l'occasion de citer, a affirmé que la juridiction du cardinal Imperiali ne s'exerçait pas sur la marche des troupes, que don Mario n'avait indiqué que le point de départ et le point d'arrivée sans s'occuper de l'itinéraire, que les soldats ne pouvaient suivre une autre route à travers la ville pour divers motifs d'ordre intérieur, et qu'au surplus on aurait dû supposer au contraire qu'on les avait fait passer devant le palais Farnèse pour les humilier davantage *. Sans nous arrêter à cette dernière hypothèse qui est inadmissible étant donné le brillant spectacle du défilé, nous constaterons seulement qu'il était facile de prendre un autre chemin, et que si l'on n'a pas cherché à faire une nouvelle insulte, on a du moins et fort gratuitement, par un tel manque de tact, détruit l'effet du châtiment qu'on infligeait à la milice corse. Celle-ci,