‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 222 sur 268 · Mémoires du Père Rapin, 1, p · texte numérisé non relu

Mémoires du Père Rapin, 1, p

convenu à un évêque, Ondedei s'applique à échauffer encore les ressentiments du roi ; il signale chez Alexandre VII « une présomption mal fondée de son propre savoir et un mépris insupportable de tous les Princes » ' ; et plus loin, l'intention de a traiter l'ambassadeur de haut en bas, comme s'il eût été un de ses sujets ». Il affirme que l'incident du 20 août « n'a pas été fait sans ordre exprès ou du moins sans une connivence et tacite permission du pape et de ses ministres ». Passant ensuite à des considérations générales, il déclare que « la puissance temporelle des papes a corrompu leurs mœurs et aboli de telle manière la vie apostolique qu'aujourd'hui on ne reconnaît quasi plus en leur personne le vicaire de Jésus-Christ et le successeur de saint Pierre ». Il en arrive enfin, après un long réquisitoire dont les termes sont presque injurieux, à demander que le pape n'ait pas plus de pouvoir que « le cloge de Venise en sa république ou l'évèque dans son chapitre », et il invoque au besoin l'initiative du roi pour cette réforme 2.

Ondedei s'emporte davantage encore dans une lettre à M. de Lionne : « Je voudrais, dit-il, rompre toutes les négociations, déclarer la maison Chigi et le cardinal

Imperiali assassins, infâmes, traîtres et ennemis du roi

Il y a des personnes qui disent que le roi veut envoyer une armée — La pensée est fort belle et fort généreuse, et si Sa Majesté veut en user de la sorte, je n'ai rien à dire 3. »

L'abbé Elpidio Benedetti, qui cependant était, lui aussi, une créature de Mazarin, s'exprime avec beaucoup plus de convenance et de mesure 4. Pour lui, faire la guerre au Saint- Siège n'est pas admissible : soutenir par la force les prétentions des ducs de Parme et de Modène sur Castro et

1. A. É., Rome, 147. Advia de M. l'évèque de Fréjus sur le différend de Rome, t

'J. \d\i- de l'évèque de Fréjus, loc. cit.

S, \. l... Rome, M. 147, i 107, 14 octobre L662.

\ ■ i. É., Rome, 147. Avis du sr Elpidio Benedetti, sur le différend de Rome, i 57.

Comacchio ne serait pas universellement compris ci approuvé ; mais poursuivre par tous les efforts et par toutes les ressources de la politique la réforme du népotisme, empêcher « la dilapidation du patrimoine de saint Pierre, la ruine de l'État ecclésiastique qui, pour enrichir quelques familles, se voit réduit à l'extrême misère », voilà qui serait digne de la grandeur du roi et tous les peuples catholiques ne manqueraient pas de donner leur concours à un si juste et utile dessein \

Il est évident qu'il était sage de préparer la destruction du népotisme, mais on voit aussi qu'un tel changement ne pouvait s'accomplir dans l'état de l'Europe par une entente diplomatique : on eût suscité des discussions infinies, et, à Rome, des difficultés inextricables, parmi lesquelles les satisfactions à obtenir pour l'attentat du 20 août eussent couru grand risque d'être ajournées ou éludées. L'esprit pratique de Louis XIV et de ses conseillers ne pouvait s'abuser sur ce point et embrasser un projet d'une telle étendue, susceptible d'agiter profondément le monde catholique et qui d'ailleurs faisait dériver dans le domaine des controverses religieuses la question purement politique dont il était préoccupé. La Cour de France écoutait donc plus volontiers les avis des ecclésiastiques qui envisageaient l'affaire d'une façon plus précise, tels que le cardinal de Retz 2, l'abbé Siri 3 et le grand prieur d'Auvergne.

Tout disgracié qu'il fût et vivant dans la retraite à Com-

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