‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 224 sur 268 · Mémoirei de Guy Jolj · texte numérisé non relu

Mémoirei de Guy Jolj

420 l'ambassade du duc de CREQUI.

lons en manière du monde penser à l'accommodement », et aussi de ne recevoir « aucune médiation que lorsqu'on saura précisément quelle doit être la satisfaction que le pape nous veut donner et si elle peut contenter Sa Majesté ».

Venant de là aux réparations, il cite sommairement l'envoi à Louis XIV d'un neveu du Pontife, ou de don Mario accompagné du cardinal Imperiali « pour demander pardon », l'abandon « à la discrétion du roi de l'officier corse et de quelques soldats » ; il fait allusion enfin à l'érection d'une pyramide en mémoire de la satisfaction donnée à la France par la Cour de Rome. Il est vraisemblable que pour ces dernières clauses, Retz se réfère à des bruits qui avaient déjà couru sur les intentions du gouvernement, car nous avons constaté que le voyage éventuel d'un Légat et la pyramide avaient été notés dans divers documents antérieurs à la rédaction de ce Mémoire *.

En résumé le cardinal de Retz, encore ici beaucoup plus homme d'État que prélat, sans se préoccuper de réformer le Saint-Siège, va droit au but capital qui est d'obtenir la satisfaction nécessaire : il n'est pas partisan d'une guerre qui « attire apparemment avec soi une conflagration générale » ; il entend obliger le pape à céder en arrêtant toute expédition d'argent à Rome et en s'emparant d'Avignon. Remarquons sur ce dernier point que ce conseil a pu confirmer Louis XIV dans la pensée de conserver ce gage, mais ne lui a pas suggéré la décision qu'il a prise : en effet le Mémoire est du courant d'octobre 1662 et, ainsi qu'on le verra dans un chapitre suivant, la prise de possession d'Avignon est du 2 octobre, et les instructions royales à ce sujet portent la date du 27 septembre 2.

1 En particulier dans une note de la main de Lionne, en date du 27 septembre et intitulée : « Points de la réparation que le Roi peut et doit prétendre ». A. É., Rome, 147, f° 32. — La légation du cardinal Chigi était indiquée dans la lettre du duc de Créqui à ses collègues, en date du 6 septembre. A. É., Rome, 148 (supplément), f° 74.

2. M. Chantelauze est donc dans l'erreur quand il attribue au cardinal de Retz l'occupation d'Avignon : mais il est vrai que l'on trouve pour la

Le grand prieur d'Auvergne, dont l'avis avait été également demandé par M. de Lionne, se montre particulièrement hostile aux Chigi, surtout à don Mario qu'il déclare en même temps que le cardinal Imperiali : « auteurs, causes, coupables et complices des assassins ». Il réclame les satisfactions les plus étendues : lettre du pape désavouant l'attentat, destitution et exil d'Imperiali, légation en France, bannissement du barigel, exécution des Corses coupables, expulsion de tous les soldats de cette milice, garrottés, et en plein jour 1.

Quant à l'abbé Siri, son travail est plus étendu et plus sérieux que celui du grand prieur. Historien distingué, homme politique justement apprécié par Richelieu et par Mazarin, il était fort écouté à la Cour, ayant toujours montré, bien qu'étranger, un sincère dévouement à la France. Comme il était agent du duc de Parme à Paris, il conçut le Mémoire qu'il remit à M. de Lionne dans un sens particulièrement belliqueux 2, car son maître avait tout intérêt à une complication qui lui assurerait la possession de Castro. Il fait donc observer que le gouvernement du roi s'est borné jusqu'à présent à des menaces, et qu'il est temps d'agir. Italien lui-même, il déclare qu'on n'a pas compris l'esprit italien ou plutôt le génie de la Cour romaine qui ne cède qu'à un péril imminent et prouvé. Il eût fallu, selon lui, faire débarquer, aussitôt après l'attentat, trois mille hommes dans l'Etat pontifical : en se contentant de négocier, on a autorisé les résistances du Saint-Siège. Il est donc d'avis de se résoudre sur-lechamp à la guerre, quitte à s'arrêter aussitôt que la Cour de Rome aura décidé de satisfaire le roi. Après avoir rapidement examiné la situation des autres Etats de l'Europe, il affirme qu'aucun d'eux n'est en mesure de s'opposer à

première fois dans le Mémoire l'idée de faire prononcer l'annexion pat le jfarlemenl d' \i\.

1. A. E., Rome, 147. Mémoire de M. le grand prient d'Auvergne sur l'affaire de Rome, fol. 60.

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