‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 226 sur 268 · Bibl. nat. Manuscrits. N · texte numérisé non relu

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l'abbé Siri, du prieur d'Auvergne, soit juridiques comme le Mémoire parlementaire, soit strictement politiques comme la note du cardinal de Retz, affirmaient unanimement la responsabilité de la Cour de Rome dans les événements du 20 août et la nécessité absolue de lui en faire porter la peine. Ils différaient sur le choix des moyens, réforme intérieure du Saint-Siège, arrangements financiers, guerre déclarée, mais ils exprimaient tous le même sentiment.

Nous n'avons pas à revenir sur la pensée de M. de Créqui, lequel n'a jamais cessé d'affirmer sa conviction personnelle sur les origines officielles de l'attentat1. De son côté, M. de Bourlemont, dont l'esprit conciliant est indéniable, adressait à M. de Lionne, vers la même date, sous forme de Mémoire, un résumé très précis des préliminaires de l'incident, des paroles attribuées à don Mario et à Imperiali lors de l'affaire de la patrouille, de l'événement lui-même et des faits qui l'avaient suivi. Il y rappelle les fâcheuses mesures des autorités romaines depuis le 20 août, et se trouve ainsi amené à discuter la connivence du Saint- Siège : sa conclusion, pour être présentée sous la forme interrogative, n'en est pas moins fort rude pour le gouvernement pontifical : « Je veux bien croire, dit-il, que l'on n'a pas commandé directement aux soldats et aux sbires d'attenter à la personne de M. l'ambassadeur et de Mme l'ambassadrice, ou autrement je douterais si je serais ici parmi des chrétiens ou des barbares,... mais ces discours de mépris et ces ordres indiscrets ne peuvent-ils M8 concourir à former une résolution criminelle, sous I < spérance d'en avoir plutôt de l'aveu que du blâme? » Il |er mine enfin par un mot qui contient évidemment son jugement définitif: « Cet attentat a été fait et commandé à la mode de la Cour, c'est-à-dire, fait sans faire » 2.

1. Voir encore sa dépêche du 21 septembre sur le cardinal [mperiali, « principal auteur <!<• l'attentai qu'on ;> osé commettre contre Votre Majesté m ni.i personne ». A. É., Rome, 147, fol. 17.

'-. \. I... Rome, l'i7, lui. 55 i:< lit de M. de Bonrlemont (sans date, mais d'apr< - les détails de L'exposé, il est évidemment do mois de septembre).

424 l'ambassade du duc de créqui.

M. de Créqui avait reçu à peu près en même temps el

communiqué au roi une dépêche de l'abbé Strozzi, agent de France à Florence qui lui donnait avis de la présence en cette ville de trois soldats corses fugitifs. L'abbé les avait fait interroger par plusieurs de leurs compatriotes, et les déclarations de ces gens (intéressés, il est vrai, à expliquer et à atténuer leurs crimes) avaient été compromettantes pour les autorités romaines. Non seulement ils avaient rappelé la fameuse phrase de don Mario au moment de la première querelle entre les Français et les Corses avant le 20 août, mais encore ils avaient déclaré que le cardinal Imperiali les avait accablés, en cette occasion, de reproches et de railleries pour s'être laissé maltraiter par les Français. Ils avaient ajouté qu'au lendemain de l'attentat, don Mario faisait courir le bruit « que les portes de la ville étaient ouvertes à qui voudrait fuir » *. Ces discours, assez vagues d'ailleurs, et venant d'individus suspects, n'avaient pas grande portée en eux-mêmes, et le roi invitait plus tard l'ambassadeur à « n'épargner ni soin ni dépense pour avoir d'autres dépositions des Corses et savoir d'eux, en forme prouvante et authentique, comment s'est passée l'action du 20 août et toutes les circonstances de leur évasion » 2. Ces premiers renseignements lui semblèrent néanmoins très précieux ; ils venaient se joindre à l'ensemble des circonstances qui accusaient les ministres d'Alexandre VII, et la cour de France les accueillit avec empressement; le roi écrivit sur-le-champ à M. de Créqui : « Par les ingénues déclarations que ces trois Corses ont faites à leurs compagnons, on a pu voir la cause pour laquelle les plus coupables d'entre eux ont trouvé tant de facilité à s'évader », et il ajoutait avec une pleine assurance : « Les parents du pape et le cardinal Imperiali ont été les auteurs et les instigateurs de l'action des Corses, sinon en

1. L'abbé Strozzi à Créqui, 29 août 1662. (Voir Régnier Des Marais, Preuves, etc., p. 6.)

2. A. É., Rome, 147, le roi à Créqui, 6 octobre 1662, fol. 74.

toute son étendue, du moins en lâchant entièrement la bride à ces brutaux » \ C'était la conclusion de M. de Bourlemont.

L'opinion du roi était faite aussi bien que celle de ses ministres, dès le commencement du mois de septembre, sur l'attentat et ses' origines. Tous les documents qui lui parvenaient depuis lui paraissaient de nature à la confirmer. L'entrevue du pape et de M. de Bourlemont lui avait fait voir plus clairement encore que le Saint-Père était circonvenu par son entourage, « Je ne crois pas, écrivait M. de Lionne, que MM. de Rome fassent rien que le poignard sur la gorge 2. » Et ailleurs : « Le pape ne sait des choses que ce qu'on lui en veut dire, toujours fort éloigné de la vérité » 3. On citait d'un cardinal ami d'Imperiali de singulières fanfaronnades : « Il faut en finir une bonne fois, s'était écrié ce personnage, avec ces Français, et les armes à la main, refouler leur orgueil » *. La Feuille des nouvelles de Rome annonçait que le Saint-Père allait se rendre en villégiature à Castel Gandolfo et les princes Chigi « prendre l'air w dans les propriétés qu'ils venaient d'acquérir B. Cette affectation d'indifférence était assez inopportune, au moment où tant de faits considérables, de relations et de documents aggravaient la situation générale et surexcitaient les esprits en France.

Louis XIV cependant, bien qu'un certain nombre de ses conseillers se fussent prononcés, comme on l'a vu, pour une action immédiate, redoutait à bon droit les convictions très catholiques du royaume qu'il étail néces-

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