Ibid., le roi à Créqui, 26 septembre, déj. cit
5. Ibid., 18 septembre 1662. « Se partialiser » est un vieux mot aujourd'hui inusité et bien à tort. Il exprime laconiquement l'idée de prendre parti à tel point qu'on n'écoute plus l'opinion contraire. On le retrouve dans Saint-Simon.
même. Il ne cessa de rassurer sur ce point M. de Créqui, repoussa les ouvertures laites en dehors de lui, refusant même de recevoir toute dépêche de la Cour de Rome : enfin M. de Lionne déclara, par son ordre, à M. de Bourlemont pour que le Saint-Siège en fût informé, « que Sa Majesté ne laissera aucune autre porte ouverte que celle de M. de Créqui qui est le principal offensé après elle » \ Cette décision fut particulièrement désagréable à la Cour de Rome, « qui n'appréhende rien plus que de passer par les mains de M. l'ambassadeur » 2, mais outre qu'à Paris, on n'était pas mécontent de causer cet ennui au Saint- Siège, il est certain qu'on ne pouvait agir autrement, au moins à l'origine, sans faire au représentant du roi un affront injuste et impolitique. Louis XIV demeurait fort assuré d'ailleurs que M. de Créqui n'agirait, en quoi que ce fût, en dehors de sa direction et ne se méprendrait pas sur l'étendue de ses droits. Ce dernier, en effet, tout flatté qu'il fût de la persévérante confiance de son maître, qu'il remerciait avec effusion 3, n'acceptait point sans quelque timidité une responsabilité aussi étendue, et c'était avec une entière bonne foi qu'il écrivait au roi : « Je demande en grâce à Votre Majesté de m'ordonner précisément toutes choses, de me déclarer positivement et expressément quelles seront les demandes que j'aurai à faire et à quoi Elle veut absolument queje m'en tienne »4. On pouvait donc lui laisser sans inquiétude l'apparence de conduire la négociation.
En troisième lieu, le roi tenait à réserver le champ libre aux pourparlers : «Vous devez, écrivait-il à M. de Créqui, laisser entendre que, sans médiation, vous êtes prêt
1. A. E., Home, H7, Lionne à Bourlcmont, 25 septembre, déj. cit.
2. Feuille des nouvelles de Rome (2 octobre). Ibid., fol. 67.
3. « Je répéterai encore à Votre Majesté queje ne puis jamais lui rendre d assez grands services pour mériter la centième partie des bontés qu'elle I pour moi. „ \. !•;., Rome, 147, Créqui an roi, 7 octobre 1662, f° 77.
'■. \. É., Rome, 147, Créqui an roi, 29 septembre loi;->, f" 39. — Et ailjboxfl •• Je ne me Bena ni assez de Lumière pour me conduire de moi-même sans une pareille occasion, ni assez de force pour agir de mon propre mou* rement o. ibid.
d'écouter et de recevoir par quelque personne que ce soit toutes les ouvertures et propositions qu'on voudra nous faire pour ma satisfaction, pourvu qu'on parle avec charge ', et qu'on propose des réparations proportionnées à la qualité de l'offense » 2. Mais, en même temps, il estimait de sa dignité, et M. de Créqui l'encourageait dans celle pensée, qu'il devait « recevoir et résoudre les propositions de satisfaction et non pas les faire » 3. On se souvient que, lors de l'entrevue de Suresnes, M. de Lionne avait refusé au nonce une explication catégorique sur les intentions de Sa Majesté, disant que le roi « ne ferait point le personnage de demandeur, de requérant et de client » 4. Ce système, il faut bien le reconnaître, n'a été maintenu par le gouvernement français qu'en théorie : en pratique, il était impossible de rester absolument muet sur les satisfactions qu'on voulait obtenir; déjà le nonce, à Suresnes, avait dit à M. de Lionne « que pour être pape on n'est pas devin » 5. De son côté, M. de Bourlemont écrivait à M. de Créqui : « Que si l'on ne s'ouvre de rien, il ne faut espérer aucun ajustement » ; que tous les agents étrangers excusaient le pape de son inertie « puisqu'il ne pouvait pas apprendre ce que voulait Sa Majesté » ; enfin que tout le monde à Rome disait : « Veuton en France que l'on devine 6? » M. de Créqui, à San Quirico, persistait, il est vrai, a soutenir que le roi ne devait point s'expliquer avant de connaître les offres de Rome, parce que, si l'on demandait beaucoup, le Saint-Siège déclarerait ces propositions a exorbitantes et injustes », et que si on les présentait moindres, le Saint-Siège « s'appliquerait encore à les combattre par la confiance que cette modération lui donnerait » 7. Mais si, ostensiblement,