‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 231 sur 268 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

6. A. É., Rome, 147, Bourlemont à Créqui (sans date, mais entre le 26 septembre et le 2 octobre), fol. 63.

7. A. É., Rome, 147, Créqui au roi, 29 septembre 1662, f° 39.

le roi approuvait l'opinion de l'ambassadeur bien qu'elle fût différente de celle de M. de Bourlemont, s'il lui écrivait : « J'estime qu'il faut continuer à nous tenir fort serrés et leur laisser penser à eux-mêmes ce qui me peut contenter pour me l'offrir puisque je suis l'offensé » *, cependant il ne lui cachait pas qu'en réalité si l'on avait agi autrement il n'y « trouverait aucun grand inconvénient ». Il parlait ainsi pour une bien bonne raison, c'est qu'en fait, se plaçant, pour presser les choses, en complète contradiction avec cette procédure entièrement réservée et expectante, il avait, dès la fin de septembre, envoyé à M. de Créqui, pour servir de base à ses pourparlers, une note précise indiquant, sous forme d'alternative, ce qu'il entendait obtenir. Et il était bien évident que cette note devait être mise sous les yeux du gouvernement pontifical et former ainsi l'élément majeur de la discussion : on verra en effet dans l'exposé des négociations de San Quirico que M. de Créqui s'empressa de la présenter à l'envoyé du pape et il ne pouvait pas faire autrement. On doit donc considérer comme tout à fait platonique le système d'attente silencieuse dont le roi faisait parade en vue de sa dignité personnelle et (pie l'ambassadeur préconisait pour embarrasser mieux le Saint-Siège.

C'est donc cette note et son commentaire que nous citerons plus loin 2, qui indiquent la direction de la politique française, et nous n'avons rappelé les fluctuations extérieures de la pensée du roi que pour faire mieux ressort ir ses véritables dispositions, lesquelles, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut, étaient de faciliter les pourparlers, même en sacrifiant la prétention hautaine qu'il avait, émise d'attendre les offres et de ne pas les provoquer. C'étail là sa résolution effective; M. de Créqui

1. A. K., Rome, 147, !<• Uni à Créqui, 13 octobre 1662, P LOI.

■J. Nous devons renvoyer la citation <lu texte au chapitre <!<•* négociations éê S;ni Quirico, puisque ce documenl en ;< été la véritable base. Il ne faut pas 1< confondre avec I'- premier projet cité plus haut, § VI, p. 394.

ne la comprenait encore que vaguement, car il se bornait à annoncer au roi l'intention d'écrire à M. de Bourlemont : a que si l'on veut m'envoyer un ministre du pape pour me faire ouverture des réparations qu'il prétend donner, je le recevrai avec un esprit de paix et apporterai toute sorte de facilité pour parvenir à un accommodement » i.

En résumé : pas de médiation; la négociation dirigée nominalement par le duc de Créqui ; la communication des demandes du roi refusée en principe, mais acceptée et môme préparée en fait, telle était la procédure diplomatique du cabinet français à la fin de septembre. Mais, à cette même date, le roi prit une autre résolution pour compléter et affirmer son plan de campagne, pour peser avec plus de force sur les conseils de la Cour de Rome et donner une preuve de la fermeté de sa politique 2 : il fit occuper Avignon et le Comtat Venaissin. Nous raconterons plus loin ce nouvel événement en même temps que les origines et les incidents des conférences qui s'ouvrirent à San Quirico. Le projet de ces pourparlers s'agitait en ce moment à Rome, car M. de Créqui écrivait au roi, le 24 septembre : « On vient tout présentement de me dire qu'on pourrait bien députer de Rome pour conférer avec moi sur les satisfactions qui sont si justement dues à Votre Majesté 3. Ce n'étaient là toutefois que des rumeurs et tout était en suspens au moment où, dans le plus grand secret (car aucune dépêche n'en avait avisé M. de Créqui ni M. de Bourlemont)4, la décision du roi sur Avignon fut

1. A. É., Rome, 147, Créqui au roi, 29 septembre 1662, déj. cit.

2. Même la mission d'Aubeville en Italie pour le passage des troupes n'avait pas ému le Saint-Siège. Lionne le rappelle avec amertume : « Gomme je connais la Cour de Rome, écrit-il à Bourlemont, je suis assuré qu'ils prendront cela pour une simple menace.... Ils devraient pourtant considérer que semblables déclarations ne sont pas des jeux d'enfant. » A. É., Rome, 147, 25 septembre, f° 25.

3. Ibid., Créqui au roi (lettre autographe), 24 septembre, f° 22.

4. M. de Créqui ne fut avisé de la décision royale que par une dépêche de Le Tellier, en date du 25 septembre, qu'il ne put recevoir avant le

prise et exécutée. Mais avant d'en venir à ce récit et à l'étude des négociations de San Quirico, voyons ce qu'était devenue l'affaire des Corses et quels étaient les résultats de l'enquête poursuivie par les autorités pontificales sur les événements du 20 août.

3 octobre, c'est-à-dire après le fait accompli. A. É., Rome, supplément, 149, f° 72. — La dépêche où Lionne informe M. de Bourlemont est à la même date.

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