‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 232 sur 268 · AOUT — 21 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

AOUT — 21 NOVEMBRE

I. Méthode suivie pour l'analyse de l'enquête et du procès. — II. La reco naissance des morts et blessés. — III. Dépositions des témoins du Transtévère et du Ponte Sisto. — IV. Dépositions des soldats corses attaqués au Ponte Sisto. — V. Dépositions des témoins de San Carlo de' Catinari, de la via de' Balestrari, de diverses rues adjacentes. — VI. Dépositions des officiers et sous-officiers corses. — VII. Dépositions des soldats corses arrêtés le 21 août. — VIII. Dépositions des soldats corses non prisonniers. — IX. Dépositions des soldats fugitifs repris. — X. Les confrontations et la torture. — XI. Dernières scènes de l'enquête. Matteo de Petralba.

Nous devons, dans ce chapitre exclusivement consacré à l'enquête prescrite par le gouvernement pontifical sur l'attentat du 20 août, remonter un peu en arrière de la date où nous sommes parvenus et la dépasser ensuite de quelques mois, afin de ne pas compliquer ultérieurement notre récit par des détails étrangers au cours des événements politiques et qui forment d'ailleurs un épisode à part, un tout qu'on ne peut disjoindre.

L'enquête a porté, tantôt simultanément, tantôt successivement, sur les diverses circonstances de l'incident, et elle parait au premier abord fort obscure. Mais, en l'analysant avec soin, l'on peut distinguer ses principaux éléments, grouper les témoignages, et former ainsi plusieurs séries de dépositions dont chacune a son caractère différent. Pour plus de clarté, nous les énumérons, et nous les

reprendrons ensuite les unes après les autres. Les Commissaires ont entendu : 1° les témoins qui ont reconnu les morts et les blessés et les dépositions de plusieurs des blessés eux-mêmes ; 2° trois témoins de la rixe du Transtévère ; 3° quatre de la rixe du Ponte Sisto ; 4° cinq soldats corses mêlés à cette rixe ; 5° trois témoins de l'incident de San Carlo de' Catinari; 6° quatre du tumulte de la via de' Balestrari; 7° douze des scènes diverses du Campo de' Fiori et de la place Farnèse ; 8° quatre dépositions des officiers et sous-officiers corses ; 9° onze de soldats corses emprisonnés dès le 21 août au soir; 10° neuf de soldats corses laissés en liberté; 11° neuf de soldats corses fugitifs le 22 août et repris depuis à différentes dates : on sait que sur 32 fugitifs inscrits sur la liste des absents, neuf seulement ont été retrouvés ; 12° huit dépositions obtenues par la torture.

Ajoutons que l'enquête commencée le lendemain de l'attentat, 21 août, a été close le 21 novembre 1. Elle a été dirigée par le lieutenant criminel Stefano Braccio et par plusieurs de ses substituts. En dehors de la reconnaissance des morts et blessés, elle comprend 64 témoignages sur les événements. Examinons maintenant les différents groupes de dépositions que nous venons d'énumérer.

1° Reconnaissance des morts et blessés.

Le premier cadavre examiné fut celui d'Andréa Guarnaccino, commis libraire chez le sieur Casone, natif de Carfcegna. Il fut reconnu par deux de ses parents, dans l'église

1. Cette date du 21 novembre est donnée par le préambule du manuscril publié i\ Bastia, mais les procès-verbaux ne dépassent point la date du H octobre. (Voir Enquête, p. 75 et p. kOl, où se trouve la dernière déposition.) Les légalisations du manuscrit sonl datées H scelles le 27 novembre 1662 (p. Wi). (Nous avons indiqué plu-- haut (ebap. \ g II. en note) W titre il la publication <le < ■»■ manuscril précieux qui provient, selon toute ■pparence, de la bibliothèque du cardinal [mperiali. Il ■ été Légué par le docteur Prela, médecin de Pie VII, à la Bibliothèque de Bastia.)

436 l'ambassade du duc de créqui.

de Santa Catarina délia Ruota, par-devant 1<; notaire pontifical, le substitut Ncrosio, et le sieur Gallina, chirurgien des prisons. Ce malheureux, tué à l'angle du palais Farnèse et de la via délia Morte, ainsi que nous l'avons raconte, e| confessé à la hâte par un moine, était resté sur la place pendant toute la nuit du 20 au 21 et des voleurs l'avaient dépouillé de ses vêtements \ C'était un garçon de 25 ans : il n'avait qu'une blessure faite par une balle d'arquebuse. Le point important du procès-verbal est celui-ci : la balle d'après la constatation du chirurgien aurait pénétré par le thorax et se serait arrêtée sous l'épaule droite d'où il eût été facile de l'extraire par une légère incision ; or le point d'entrée de la balle étant plus élevé que son point d'arrêt, il s'en suivrait que le coup d'arquebuse aurait été tiré de haut en bas, c'est-à-dire d'une fenêtre et non pas de la rue où se tenaient les Corses. Ce fait a été soigfneusèment noté pour donner à entendre que Guarnaccino a été tué par une décharge venue du palais Farnèse 2. Nous avons discuté ailleurs (chap. v, § XIV) cette opinion qui ne nous semble à aucun degré péremptoire.

Le corps de Bertaut, le page de l'ambassadrice, fut examiné le même jour (21 août). Il avait été transporté d'abord dans une salle appelée l'infirmerie de l'ambassadeur de France, et, de là, dans l'église paroissiale de Santa Catarina. Bertaut était un jeune homme imberbe, disent le rapport officiel et les dépositions des témoins ; il paraissait vingt ans, de taille moyenne, avec les cheveux châtain clair. Il avait été tué par une balle d'arquebuse dans la partie droite du ventre. Le curé de Santa Catarina déclara le connaître depuis l'arrivée de l'ambassadeur et même l'avoir confessé quelques jours auparavant. Le cadavre était nu, soit que la livrée des pages qu'il portait ordinairement eût été volée par des rôdeurs pendant le peu de temps où il était resté sur la place de' Catinari, soit qu'on l'eût

1, Détails déjà cités au chap. v, § XII.

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