‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 24 sur 268 · Relazionij loc, cit. Rcl. de Bassadonna, p · texte numérisé non relu

Relazionij loc, cit. Rcl. de Bassadonna, p

l'expérience la plus sûre, et L'on pouvait le considérer comme un négociateur habile et prudent. Sou portrait de profil ciselé sur un médaillon qui fait partie de son monument funéraire à Saint-Jean de Latran est celui d'un homme d'un certain embonpoint, mais dont les traits réguliers indiquent de la bonté et de la (inesse : il portait la moustache et la mouche à la mode du temps; sa figure es! douce et sympathique.

A côté de ces divers hommes d'Etat, l'abbé Salvetti, principal secrétaire de la Consulta, ne saurait être oublié. On peut dire de lui qu'il était le véritable type de l'agent secondaire délié et plein de ressources. Sous trois papes, Urbain VIII, Innocent X et Alexandre VII, c'est-à-dire pendant trente-trois ans et jusqu'à sa mort arrivée en 1664 au moment où il était destiné à la pourpre, il avait su conserver le plus grand crédit « par son habileté infinie ». 11 suppléait à la médiocrité de son instruction par son esprit exercé, la pratique des choses et une agréable élocution. Il avait l'art de ne jamais dire « une syllabe superflue », et d'écouter admirablement : dévoué sans réserve, et, disait-on, sans scrupule, à ses supérieurs, leur rapportant tout avec précision, sans flatterie, mais avec adresse, sachant se rendre nécessaire sans ostentation de doctrine et d'autorité, « excellent pinceau, dit rudement Bassadonna, entre les mains d'un peintre estropié ». Nous aurons çà et là à indiquer les manèges de ce fonctionnaire ingénieux : il a notamment écrit une relation fort subtile et composée avec plus d'art que de sincérité des graves incidents de l'ambassade du duc de Créqui ; ce plaidoyer que nous aurons souvent l'occasion de citer, fait illusion au premier abord : il est impossible de présenter les faits sous un aspect plus favorable ; c'est l'œuvre d'un avocat avisé et d'une maîtresse plume. On doit attribuer assurément à l'influence occulte de ce dialecticien diligent, moins soucieux de la vérité que des apparences, la plupart des faux-fuyants, des équivoques et des manœuvres diplomatiques qui, au cours des négociations ultérieures, ont

ROME SOUS LE PONTIFICAT d' ALEXANDRE VII. 55

rendu la tâche si difficile au cabinet du Louvre et aussi parfois au plénipotentiaire pontifical l.

Nous devons maintenant pour achever de faire connaître le théâtre du drame, étudier la physionomie du Sacré Collège. Ses divers groupes, avec leurs nuances, étaient assez compliqués, et les annalistes des conclaves nous ont laissé de ces personnages, de leurs tendances, de leurs intérêts et souvent de leurs intrigues, des tableaux fort confus, malaisés à expliquer et qui, en définitive, relèvent de la chronique plutôt que de l'histoire \ Nous n'avons pas à entrer dans cet inextricable dédale dont l'étude surchargerait inutilement noire récit, mais seulement à donner, avec l'aspect général des partis, quelques indications sur les hommes qui se trouvent en scène dans les événements.

Bien que cette assemblée, au dire des contemporains et au o-rand regret de beaucoup d'esprits religieux et poli-

1. Voir son portrait dans la Relation de Bassadonna, Relazioni, etc., déj.

cit., p. 27-2. . , .

2. Le pins remarquable résumé de ces informations bizarres et souvent scandaleuses, recueillies sans critique dans les correspondances et les pamphlets du temps, toujours dans un esprit systématiquement malveillant pour le Saint-Siège, est l'ouvrage de M. Petruccelli délia Gattina intitule Histoire des cunc/ares. On y trouve tout, pêle-mêle : le vrai, le Taux et le douteux, s,. us nue forme très spirituelle et constamment ironique; mais nul livre n'esl plus suspect. On y sent à chaque page le parti pris, la haine de l'Église, la joie d'accumuler les unes sur les autres les accusations plus ou moins fondées contre le gouvernement pontifical et les principaux membres du Sacré Collège. De son côté, le cardinal de Retz est parfois bien aigre dans ses Mémoires : il avait ses rancunes, Bes visées, ses emportements, ses ambitions redoutables servies par son merveilleux style. Il faut se défier de tous ces jugements à remporte-pièce, tout en reconnaissant qu'en effet, à cette époque, les faux principes du recrutement ecclésiastique, les considérations politiques, le népotisme, le- prétentions des cours étrangères et des familles puissantes avaient étrangemenl corrompu Les institutions, élevé àla pourpre bien des sujets indignes. L'impartiale histoire, aidée d'ailleurs de documents sérieux. Bail faire la pari d.- !.. calomnie et de la vérité sans prétendre dissimuler les abus el I,.. erreurs d'ordre purement humain m11' onl troublé souvent et ricié l'administration de l'Église. Il serait injuste d'ailleurs d'apprécier cet état de choses d'après les idées et les principes de noire société religieuse et civile.

tiques, eût sensiblemenl perdu de ses anciennes prérogatives absorbées par l'omnipotence pontificale, elle gardait encore une 1res liante influence non seulement par l'action de ses groupes divers, mais encore par les ressources spéciales d'esprit, d'énergie, par les attaches étrangères et les entours personnels de quelques-uns de ses membres. Elle était divisée en différentes « factions » ; c'était le terme usité pour désigner les partis traditionnellement formés dans son sein- et respectivement liés aux intérêts de telle ou telle puissance, soit par des parentés ou l'origine, soit par des bienfaits, soit par des opinions individuelles. 11 y avait notamment les factions française et espagnole, et aussi celle qu'on appelait l'escadron volant parce qu'elle n'appartenait à aucune nationalité distincte et ne suivait les directions d'aucune des grandes cours catholiques, mais s'était formée par des affinités particulières, affectait l'indépendance et se portait, selon sa fantaisie, dans un sens ou dans l'autre. Il y avait enfin les cardinaux libres, placés en dehors des coteries, les uns volontairement et par la fierté ou l'indécision de leur caractère, les autres parce qu'ils étaient insignifiants et restaient isolés dans leur impuissance. Ils gardaient, il est vrai, en cas de conclave, la valeur de leur vote, mais on estimait qu'alors ils suivaient nécessairement le courant, et d'autre part, en temps ordinaire, ils ne pouvaient, étant seuls, exercer aucune influence sur la marche des affaires d'Etat. Ces divers cardinaux étaient flottants, disposés, suivant les circonstances et leur humeur, à incliner vers telle ou telle Cour, mais n'ayant pas d'étiquette, si je puis dire, bien que plusieurs d'entre eux, par leur mérite personnel, eussent. été des recrues précieuses pour les puissances rivales.

Le parti notoirement et officiellement français était peu nombreux et loin de représenter une force en rapport avec l'importance de la Monarchie. On a peine à comprendre que le cabinet du Louvre, alors prépondérant en Europe, n'ait pas trouvé moyen de s'attacher, par des actes de bonne grâce,

ou par une habile répartition de faveurs honorifiques (ce qui en ce temps-là était de bonne guerre et n'eût étonné personne), un groupe plus considérable dans le Sacré Collège. 11 convient, je crois, d'attribuer cette faute d'abord au peu de soin que depuis fort longtemps la France, préoccupée d'au-' très ambitions sous Louis XIII, avait pris de sa situation à Rome *, ensuite aux antipathies particulières et à l'avarice de Mazarin, et aussi à sa politique rancunière et affectant quelque dédain envers le Saint-Siège. Quoi qu'il en fut, il avait pu voir dans le conclave qui avait élu malgré lui le cardinal Chigi, combien la France était faible de ce coté-là, et en cessant de faire représenter le roi à Rome, il s'était privé lui-même de la précieuse intervention d'un ambassadeur chargé de recruter peu à peu et délicatement des adhérents au parti français. La tradition était, il est vrai, d'observer une réserve assez hautaine. de paraître faire une grâce à ceux qu'on daignait admettre dans la l'action, mais c'était lit une méthode d'apparat et l'on pouvait faire venir à soi, sans avoir l'air de les provoquer, les adhésions des hésitants et des timides.

La France ne comptait alors que six partisans nettement déclarés : Este, Antoine Barberini, Maneini, Grimaldi, Maidalchini et Orsini;les quatre premiers sérieux, le cinquième très mal famé et le dernier fort peu sûr. Quelques indications sur chacun d'eux feront comprendre la médiocre influence du groupe.

Le cardinal d'Esté 1 était, par sa naissance autant que

1. Voir sur ce point Valfrey, Hugues de Lionne, p. 10, 11 et suiv.

2. Renaud, cardinal d'Esté, né en 1G18, cardinal en 1641, évoque de Montpellier en 1655, mort évècpic de Palestrina le 30 septembre 1673, à 55 ans. Il était fils du duc Alphonse III de Modène, lequel avait abdiqué en 1629 pour entrer dans l'ordre des capucins, et frère du duc François Ier, cpii régna de 1629 à 1658 et qui était parrain de la reine de France, Marie-Thérèse. Le cardinal d'Esté était oncle du hls de François I Alphonse IV, lequel mourut à vingt-huit ans en 1662, après avoir épousé Lame Martinozzi, nièce de Mazarin. Celle-ci fut régente de Modène pendant !a minorité de son fils, le duc François II, né en L656. — Le cardinal d'Esté étail protecteur des affaires de France a Rome, situation qu'avait déjà occupée an xvi" siècle, sons Henri II, le cardinal Louis d'Esté, Bon arrière-graod-oncle.

par scs talents, le plus important personnage de la lad ion. et fort avant dans la confiance du cabinet du Louvre. Frère et oncle des ducs François I"' et Alphonse IV de Modène, il dirigeait le gouvernement ducal que les habiles manœuvres de M. de Lionne, lors de sa mission à Parme en 1662, avaient détaché de l'Espagne et amené dans le cercle d'action de la politique française '. Après avoir alors favorisé cette évolution, il était devenu, sous le pontificat d'Innocent X, protecteur des affaires de France à Rome : il reçut même, en cette qualité, des instructions spéciales du roi, l'année 1654, en vue d'un conclave2; tous les agents de France près le Saint-Siège étaient invités à s'inspirer de ses conseils n; son train de maison et sa cour attiraient chez lui les plus grands personnages4. Cependant, et malgré tout son mérite et même son dévouement à la cause française, il avait le défaut d'être « un esprit très timoré », et surtout de se préoccuper avec trop d'instance des intérêts de sa maison s. Mais ce qui nuisait particulièrement à son action c'était l'antipathie qu'il inspirait au Saint-Père. Il en était déjà de même du temps d'Innocent X; ce Pontife affectait de le traiter avec dédain : « Nostro protettore di quattro baiocchi », disait-il au cardinal de Retz qui, de son coté, le taxe « d'obscurité d'esprit et d'ambiguïté dans les expressions » c. Mais Alexandre VII, surtout, le tenait à distance, se défiait de sa situation à Paris, lui en voulait d'avoir défendu à main armée les privilèges diplomatiques lors d'une querelle entre les gens de sa maison et les sbires 7, ne lui pardonnait pas d'avoir quitté le parti

1. Voir Valfrey, Hugues de Lionne, p. 68 et suiv., 102 et suiv., et Reiazioni, etc. Relation de Giustiniani, p. 118.

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