Mém. de Rclz, p
7. Voir, sur cet incident, Relazioni, etc. Relation de Sagrcdo, p. 242.
d'Espagne pour celui de France, et, particulièrement, de poursuivre avec ardeur la restitution de Comacchio à la maison de Modène, enfin lui attribuait volontiers tous les mauvais procédés qu'il reprochait à la Cour du Louvre \ Le roi, dans ses Instructions, n'en témoignait que plus d'estime au cardinal d'Esté, « prince plein d'honneur, disait-il, dont la vie est exemplaire et irréprochable, homme de grande suffisance et dextérité dans le maniement des affaires ». Nous avons déjà fait remarquer au chapitre précédent que la présence du cardinal d'Esté à la tète du parti français ne pouvait que nuire à l'influence des agents de Louis XIV.
Le cardinal Antonio Barberini, connu sous le nom de cardinal Antoine, avait joué un très grand rôle sous le pontificat de son oncle Urbain VIII 2. Il avait acquis alors des biens très considérables de concert avec ses frères Thadée et Francesco, et l'opinion publique les accusait tous trois d'avoir abusé de leurs charges, pour s'enrichir par de nombreuses exactions . A la mort d'Urbain VIII , ils s'étaient retirés précipitamment en France où ils avaient trouvé le meilleur accueil. Antonio rentré à Rome, et demeuré fidèle à la cause française, en avait été récompensé par la charge de grand aumônier, l'abbaye de Saint- Evroult, (pii valait vingt mille livres de rente, et l'archevêché de Reims 3. 11 dépensait d'ailleurs sa fortune avec magnificence, mais Pasquin lui donnait une devise ironique : a omne aurum contempsi et tanquam lutum existimavi
1. Noir la Relation apocryphe de Correr, p. 72. — Nous aurons au surplus souvent à constater cette aniinosilé persévérante d'Alexandre VII contre le cardinal d'Kste. Le pape eût cependant été flatté s'il eût connu la dépêche que li' protecteur des affaires de France écrivit au Roi le lendemain du Conclave de 1655. Elle est remplie des plus hyperboliques éloyes du nouveau Pontife. Voir ce document in extenso dans Y Histoire des conclaves, toc. cit., p. 17'.».
2. Noir sur celle si I nation, dans les Relazioni, déj. cit., la relation de \aiii -.mis Urbain VIII, en 1640.
3. L'expédition «le- bulles de bel archevêché, toujours retardée par le Saint-Siège, a été l'objet de longues négociations entre Tari- et la cour de Home.
argentum ». C'était L'expression de la rancune populaire, assez bien justifiée. En dépil de tris antécédents, el bien que
le caractère mobile du cardinal Antoine fût assez susped (il avait déserté les intérêts français aux deux conclaves de 1644 et de 1655), il resta en grande laveur à Paris. Les Barberini en effet, tout-puissants pendant le longrègne d'Urbain V1H, gardaient à Rome, malgré leur impopularité, un rang* très élevé : Mazarin, qui avait commis la faute de s'aliéner le cardinal Franccsco, frère aine du cardinal Antoine, tenait d'autant plus à conserver les sympathies de ce dernier, si peu efficaces qu'elles pussent être \ Retz le représente comme « un bonhomme, mais faible au delà de l'imagination », libéral, sans doute, « mais fort bas à la cour et fort timide » 2. 11 aimait à se plaindre, ne se croyait jamais assez bien traité par le roi, mais rien ne pouvait ébranler son crédit, et l'on s'obstinait en France à faire fonds sur son concours douteux et sur la prudence de ses conseils. L'ambassadeur vénitien Giustiniani le reffardait, il est vrai, comme entièrement dévoué au roi et comme prêt à le servir a de son sang, de ses richesses et de sa faveur » 3; cette opinion semble singulièrement exagérée : Antoine Barberini faisait étalage des sympathies du cabinet du Louvre et tirait tout le parti possible de sa protection déclarée; il s'était même flatté de succéder à Mazarin 4; naturellement généreux et même prodigue, il éblouissait la cour, lorsqu'il était en France,
1. Voir Instructions, déj. cit., p. 5, note, et G3, 118, 124, 187.