Ibid., p. 113 à
Ces cinq dépositions concordent assez bien entre elles, et il est peu probable que leurs auteurs aient pu se concerter, ayant été interrogés dès le lendemain. Un seul point reste obscur et n'aurait pu être éclairci que par le témoignage des Français qui se sont battus sur le Ponte Sisto avec Calenzana, Muro et Toxis : quels ont été les premiers agresseurs? Il est, à cet égard, impossible de rien affirmer. Nous arrivons maintenant à la grande affaire, l'émeute des Corses, l'attentat contre le carrosse de l'ambassadrice, l'investissement et l'attaque du palais Farnèse. Examinons successivement les dépositions relatives à ces événements et la procédure de l'enquête.
5° Témoins de l'incident de San Carlo de' Catinari.
Il est regrettable que les commissaires n'aient cité que trois témoins d'un fait aussi tragique. Les coups de feu tirés dans la direction du carrosse de la duchesse de Créqui, l'assassinat de son page Bertaut, ont été en effet l'un des principaux griefs de la Cour de France. Le Saint- Siège devait désirer multiplier les témoignages pour établir clairement en cette conjoncture le cas fortuit et l'innocence des autorités. Ces témoins ayant été cités le lendemain de l'attentat, il est assez naturel qu'on s'en soit tenu là dans le premier moment; mais, dans les jours qui ont suivi, on serait aisément parvenu à retrouver d'autres personnes ayant assisté à la scène de San Carlo.
Quoi qu'il en soit, les trois témoins cités étaient en mesure d'avoir bien vu les choses et leurs dépositions sont concordantes. Le premier était le marchand de soie Joseph Maccione qui demeurait sur la place : il se tenait à sa porte avec son commis Aloysio Dragoni lorsqu'arrivèrent les deux carrosses qui contenaient l'ambassadrice cl sa suite. Ils entendirent les deux arquebusades successives, virent tomber le page et s'enfuirent. Le second témoin esl ce
même Dragoni : son rapport reproduit à peu près celui de son patron, l'un et l'autre paraissant n'avoir su que plus tard que les carrosses étaient ceux de l'ambassadrice de France ; cette assertion était favorable aux soldats corses qui pouvaient l'avoir ignoré de même, et ceux-ci, dans cette hypothèse, ne sauraient être accusés d'avoir sciemment violé le droit des gens1. Le troisième témoin, Baldesco, marchand près de l'église San Carlo, à la fois chapelier et mercier, n'était pas plus courageux que ses deux confrères : il donne les mêmes informations et avoue que comme eux il s'est sauvé au plus vite en entendant les coups de feu 2.
Néanmoins ces trois dépositions paraissent être exaetes en ce qui touche les quelques instants qui ont précédé les deux arquebusades et la mort du page, et, faute d'autres détails, c'est d'après ces récits que nous avons exposé l'incident. Ils ne sont pas d'ailleurs démentis par les documents français qui, sans insister sur le point de fait, s'efforcent particulièrement d'en tirer des déductions politiques et de prouver les intentions criminelles des assaillants.
6° Témoins des incidents de la via de Balestrari.
Nous avons indiqué (chap. v) les divers itinéraires suivis par les Corses dans leur course désordonnée à travers le quartier voisin de la place Farnèse. Ils sont restés dans les massifs de maisons, dans les îlots et les rues qui rayonnaient autour de leur piazzetta, de la Trinité a Campo de' Fiori, et de la Trinité au palais; les communs de l'ambassade, sur la via Giulia, et tout le côté droit sont restés libres, ce qui semble bien indiquer que l'unique idée des Corses a été la défense de leur caserne.
Les commissaires enquêteurs paraissent, en recherchant les témoins des faits qui s'étaient produits sur les différents points de ce quartier, avoir cette fois encore bien incomplètement compris leur devoir. Il est malaisé de croire que, sur un espace où la population était aussi