‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 245 sur 268 · I. Ibid., p. 219 et · texte numérisé non relu

I. Ibid., p. 219 et

k. Ibid., p. 181 à 183 et 192 à 19'i.

Venons aux interrogatoires des artisans ou négociants logés soit sur la place Farnèse, soit au coin des ruelles adjacentes. Les individus cités sont au nombre de cinq : le sellier Bentivoglio !, le barbier Boni 2, le menuisier Humiltà 3, le marchand de corail Laurenti4, et le fripier Monteacuto ;. Leurs déclarations sont du même jour, 29 août. Elles décrivent toutes l'effroi qui a saisi la foule aux premières détonations des arquebuses ; Bentivoglio a vu les soldats corses au coin de la rue de' Venti et de la place Farnèse; Boni, rentrant chez lui en toute hâte, apprend de sa femme qu'elle a failli recevoir une balle, sa fenêtre étant en face de la rue de' Venti ; Humiltà a vu la place se remplir de fuyards et se vider instantanément à trois reprises ; Laurenti et son compère Monteacuto, qui jouaient aux boccie devant leurs boutiques contiguës situées dans la rue qui aboutit à l'angle droit du palais Farnèse, faillirent recevoir une arquebusade et durent se réfugier en hâte sous le porche d'un palais voisin qui existe encore et dont le fronton est soutenu par deux colonnes. Les uns et les autres racontent la mort du commis libraire, confessé par un moine de l'Ara Cœli. Un commissaire aux vivres, Giovanni Bola, entendu quelques jours après, le 3 septembre, sur les mêmes incidents, se borne à confirmer les relations précédentes 6.

Celles-ci sont d'ailleurs intéressantes bien qu'elles présentent quelques discordances de détail. Par exemple le sellier Bentivoglio et le menuisier Humiltà ont assisté l'un et l'autre à la rentrée du duc de Créqui dans le palais Farnèse. D'après Bentivoglio, tout était calme sur la place et lui-même se tenait assis à prendre le frais devant sa porte, lorsque l'ambassadeur, à vingt-trois heures un quart, venant en carrosse par la rue de' Baullari, qui est juste en face le grand portail du palais, traversa la place et rentra chez lui. Humiltà déclare, au contraire, que la foule était déjà fort agitée lorsque à vingt-trois heures et

1 à 5. Enquête, p. 196 et 199 à 211. 6. Ibid., p. 242 et 243.

l'enquête et le procès de la garde CORSE. 451

demie sonnées arrivèrent les carrosses du duc de Créqui.

Toutefois, en ce qui concerne l'apparition de l'ambassadeur au balcon de la façade et les arquebnsades dirigées contre lui, les déclarations des témoins sont à peu près identiques. Bentivoglio signale, il est vrai, quelques lointaines détonations qui auraient précédé les coups de feu de la place Farnèse : il est vraisemblable en effet que les Corses ont tiré, dans les environs, plusieurs volées avant que M. de Créqui, attiré peut-être par le bruit, fût sorti de ses appartements. Mais peu importe : le fait capital est la simultanéité des arquebusades et de la présence de l'ambassadeur. Or il est attesté par les diverses dépositions; le barbier Boni s'exprime ainsi : « Il pouvait être vingt-trois heures et demie, lorsque j'entendis des coups d'arquebuse. M'étant mis un peu de côté devant ma fenêtre, je vis l'ambassadeur de France sur le balcon :

frappa des pieds et se retira à l'intérieur. » Humiltà est plus précis encore : « Je vis, dit-il, l'ambassadeur paraître sur le balcon, et en gesticulant des deux mains, il semblait appeler à lui ses gens (car le mouvement de ses mains n'indiquait pas autre chose à mon sens); j'ai vu, en effet, en trois ou quatre fois, des pages, laquais, palefreniers et gentilshommes regagner le palais : et à peine avaient-ils fini d'y rentrer, j'ai entendu les coups de deux arquebusades partant du vicolo de la Cerqua ». L'agression décisive des Corses a donc eu lieu au moment où M. de Créqui, sur la terrasse, cherchait à se rendre compte des événements.

Il faut par conséquent classer ainsi les faits : 1° rentrée i l'ambassadeur avant les arquebusades; 2° quelques coups de feu isolés dans les ruelles adjacentes; 3° venue de M. de Créqui au balcon et rentrée des gens à l'intérieur du palais ; 4° les arquebusades du vicolo délia Cerqua et le meurtre du commis libraire au coin de la rue tella Morte. Nous avons adopté cet ordre au cours de notre récit.

Tel est l'ensemble des témoignages recueillis parmi les gens de la ville. Nous arrivons maintenant aux dépositions des soldats corses. Elles présentent un tout autre caractère. Jusqu'ici nous n'avons vu que des individus fortuitement témoins d'événements auxquels ils sont étrangers . Ces gens ne révèlent aucun coupable , soit par crainte de quelque vengeance particulière, soit plutôt par réelle ignorance : ils n'avaient en effet aucune relation avec les Corses; à peine auraient-ils pu discerner quelques figures et ils ne donnent çà et là que des détails insignifiants sur les costumes. On doit ici reprocher aux commissaires enquêt3urs de n'avoir procédé à aucune confrontation entre les soldats et les témoins. Ils demandent, il est vrai, à ces derniers s'ils pourraient reconnaître les soldats. Invariablement les témoins répondent que non, et l'on devait bien s'y attendre. Mais si on les eût mis en présence des individus, peut-être eussent-ils changé de langage. C'est là un des côtés faibles de cette enquête superficielle. En ce qui concerne les soldats, elle présente encore des lacunes considérables, soit par suite de la désertion des Corses les plus compromis, soit par le peu de précision des interrogatoires, soit par les négligences et les tâtonnements de la procédure.

Remarquons toutefois qu'ici elle change de forme chacun des soldats amenés devant les commissaires est en effet plus ou moins suspect. Ceux qui l'écoutent ont une double tâche : ils doivent non seulement recueillir de sa bouche des détails sur les incidents, mais tirer de sa déposition des indices sur sa culpabilité ou sur son innocence, reconnaître, s'il y a lieu, les contradictions de 5on discours et la part de vérité et de mensonge qui s'y rencontre. L'enquête devient presque un procès, et la plupart des soldats cités sont virtuellement et tout ensemble

accusés et témoins. Cette série de procès-verbaux assez confus représente donc une ébauche informe d'instruction préliminaire. Nous avons dû, pour y jeter quelque clarté, classer les dépositions d'après la situation spéciale de chacun des soldats ou officiers interrogés.

8° Les officiers et gradés.

La déposition qui aurait dû être entendue la première était celle du capitaine Franchi, d'autant que cet officier avait momentanément sous ses ordres un certain nombre de soldats d'une autre compagnie commandée par le capitaine Savelli, absent de Rome. Elle ne fut cependant reçue que le 25 août. Son lieutenant Cardone fut cité le même jour. Quant au sergent Vinciguerra et au caporal Pietro d'Oletta, ils ne furent appelés, le premier que le 2 septembre et le second que le 31 août. Plusieurs soldats avaient, dès le 21 août et jours suivants, comparu devant les commissaires.

Le capitaine Franchi, né à Lecci en Corse, était depuis longtemps au service pontifical, et il commandait depuis deux ans la compagnie casernée près de la Trinité de' Pellegrini. Sa déposition indique le désir d'excuser ses soldats en général et de n'en compromettre nominativement aucun. Il commence par rappeler les provocations qu'en diverses circonstances antérieures les Corses ont su Inès de la part des Français de l'ambassadeur, et déclare qu'en ces différentes conjonctures, le prince don Mario et le cardinal Imperiali lui ont toujours recommandé de maintenir l'ordre et d'interdire a ses soldats tout acte de violence. Cette assertion contredit donc les rapports sur lesquels ('tait fondée l'argumentation française. Il passe ensuite à l'attentat du 20. Nous avons rapporté son récii au chapitre v el nous y renvoyons le lecteur. Disons seulement que tous les témoins affirment avec lui qu'il a fait tous ses efforts pour calmer ses soldats; son zèle et son fcou rage semblent ici hors de cause. Ajoutons qu'il explique parfaitement l'ordre qu'il a donné dé battre le tambour,

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non pas, comme on l'en a accusé, pour marcher contre l'ambassade, mais au contraire pour rappeler sa troupe à la caserne. C'est également lui qui raconte les instructi de don Mario et du cardinal Imperiali pour consigner le soldats; toute cette partie de sa déposition est donc favorable aux autorités romaines et à lui-même. Plus tard, au contraire, sa conduite est fort équivoque : sans doute on ne peut lui reprocher d'avoir levé la consigne le 22 août puisqu'il en avait reçu l'ordre, mais il reste inexcusable de n'avoir pas recherché avec soin les auteurs de l'attentat. Il est vrai qu'il en avait fait arrêter douze le lundi soir, mais à peu près au hasard et comme par acquit de conscience, car ce n'étaient pas les plus coupables. Son témoignage est également suspect lorsqu'il dit avoir été tellement troublé et furieux qu'il n'a reconnu aucun de ses hommes lorsqu'ils sont rentrés à la caserne ; il est plus suspect encore lorsqu'il avoue le 25 août, c'est-à-dire cinq jours après l'attentat, ne pas même savoir les noms des fugitifs et se borne à s'en référer à la liste que le sergent a dû établir. Cette négligence montre combien peu les pouvoirs publics et lui-même ont été soucieux d'assurer la répression, et, de ce chef, les accusations formulées par le gouvernement français sont assurément légitimes *.

La déposition du lieutenant Cardone n'est pas plus satisfaisante à ce point de vue; elle paraît d'ailleurs calquée sur celle du capitaine : lui aussi déclare ignorer les noms des fugitifs et n'avoir reconnu aucun de ses soldats. Cette dernière assertion ne saurait être admise en présence du témoignage formel de l'un de ces derniers, Giacomo de Fox, qui représente Cardone, dans la via San Paolino, empêchant ses soldats de tirer sur lui et leur criant : « C'est Giacomo, laissez-le venir». Le lieutenant avait donc au moins distingué celui-là. Et il faut bien ajouter que

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