‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 248 sur 268 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

caporal a, au contraire, laissé sortir tous ceux qui n'étaient pas de garde. En second lieu, ce Giulio Cesare Luccione qui, d'après Pietro d'Oletta, aurait le premier semé l'alarme et occasionné le tumulte, n'est cité que dans cette déposition. Nous verrons ailleurs indiqués comme les auteurs primitifs du soulèvement deux soldats, Marco Vergolé et un autre dont le nom n'est pas noté, lesquels, arrivant du Ponte Sisto, déclaraient y avoir été attaqués et criaient a aux armes » : Marco montrait même son épée tordue. 11 n'y a guère à douter de ce dernier détail : le témoin qui le révèle donne le signalement physique et moral de ce Marco, « plutôt petit que grand, vêtu de vieux drap sombre et la barbe rare », connu pour un joueur forcené et un garçon très querelleur. Le second soldat serait donc Giulio Cesare Luccione. Mais ce qui est fort bizarre c'est qu'on ne retrouve nulle part ailleurs le nom de ce Luccione : il n'a pas été arrêté, il ne s'est pas enfui, il n'a jamais été interrogé. Il semble cependant que les commissaires enquêteurs, en l'entendant accuser par Pietro d'Oletta, auraient dû sur-le-champ s'occuper de lui et le faire comparaître puisqu'il n'avait point déserté.

Revenons à la déposition du caporal Pietro d'Oletta. Elle fournit les mêmes indications que les précédentes sur la fuite des soldats et de plus donne le signalement des trois soldats soupçonnés de l'assassinat du page : Crovero est grand et barbu; il porte une jupe de peau et des hauts-de-chausse de drap vert : Carlo d'Ampugnano, grand aussi, est vêtu de drap gris avec un chapeau gris clair presque blanc : Pietro de Montemaggiore est de taille ordinaire, vêtu de drap dont le témoin n'a pas remarqué la couleur. 11 n'y a donc pas de doute sur ces trois personnages. Par malheur les deux premiers avaient disparu et ii ont jamais été repris : Pietro de Montemaggiore seul a été arrêté.

Ici se terminent les interrogatoires des officiers et

'i5H L AMBASSADE DU DUC DE CREQUI.

sous-officiers. Nous allons suivre maintenant ceux dej soldats en les résumant, car la plupart donnent les même* détails et nous ne nous arrêterons qu'aux indications particulières.

9° Les soldats arrêtés dès le 21 août.

On sait que le soir du lundi 21 août onze Corses ont été arrêtés par ordre du capitaine Franchi et envoyés à la prison dite les Carcere Nuove, qui existe encore dans la via Giulia. Ces individus ont comparu à l'enquête dans les séances des 23, 24 et 25 août. Ils se nommaient : 1° Matteo dePetralba; 2°Pietrode Giussano; 3° Michel deOcchiatana ; 4° Antonio Giulio de Venaco ; 5° Terramorso; 6° Valerio de Zevaco; 7° Giovanni Battista de Focicchia; 8° Annibal d'Altiano; 9° Giacomo de Tox; 10° Andréa de M on te m ai giore; 11° Giordano de Corrano. Ce fut à la suite de leur arrestation que trente-deux de leurs camarades, pris dé peur et sans doute ne se sentant pas la conscience nette, s'échappèrent le lendemain mardi matin, dès que la consigne de la caserne fut levée par l'imprudente décision des autorités de Rome.

Comme à l'enquête le capitaine Franchi a soutenu ne connaître aucun des soldats qui ont pris part à l'émeute, on ne comprend pas pourquoi il a fait arrêter les uns plutôt que les autres. En tout cas, si quelques-uns de ceux qu'il a fait incarcérer n'étaient certes pas innocents, les coupables avérés, ceux que la plupart des témoignages dénoncent, ceux que le sergent Vinciguerra et le caporal Pietro d'Oletta déclarent avoir reconnus, ont pu le lendemain s'échapper tranquillement de la caserne. Bien plus, quand des charges si graves pesaient sur ces individus, on enfermait aux Carcere Nuove onze soldats dont la plupart n étaient désignés par aucun témoignage et dont deux seulement, Giacomo de Tox et Matteo de Petralba, furent

l'enquête et le procès de la GARDE CORSE. 459

accusés par leurs camarades au cours de l'enquête. Encore Giacomo ne fut-il cité que par trois et Matteo par deux témoins, tandis que Crovero, Carlo d'Ampugnano, Pietro de Montemaggiore, Domenico de Bastelica qu'on avait laissés libres furent nommés par 12, 13 et 14 témoignages. Ajoutons que, parmi ces onze prisonniers, six ne reparaissent plus dans l'enquête, deux interrogés une seconde fois demeurent impunis, deux sont mis à la question et renvoyés, un seul, Matteo de Petralba, sera condamné, sans qu'il y ait à sa charge des preuves plus convaincantes que pour les autres. On verra plus loin la triste histoire de ce malheureux.

Comme on devait s'y attendre, les onze prisonniers se déclarèrent complètement étrangers aux désordres. Leurs récits reproduisent à peu près les faits déjà connus.

Matteo de Petralba, surnommé Fortuna, fut entendu le premier. Cet homme appartenait à la compagnie Savelli : il était venu depuis trois mois de Pérouse à Rome pour être adjoint à la compagnie Franchi, et faisait partie de l'escouade commandée par Pietro d'Oletta; il était entré de garde le 20 août, à vingt-deux heures. D'après ses explications, après avoir soupe, il s'était paisiblement installé sur la piazzetta, à la porte de la caserne, et lisait un ouvrage intitulé : « Les Cinq Livres du comte Matteo Boiardo », lorsqu'il vit arriver du côté de la Trinité, de la Regola, par toutes les rues aboutissant au corps de garde, une foule de ses camarades furieux criant : « Rumore! minore! » ou bien « Les Français ont attaqué les Corses ». Ils se dispersèrent dans la ville après avoir s;iisi leurs armes dans la salle delà caserne où elles étaienl déposées; lui-même ne les suivit pas e| se posta seulement devant l'entrée, L'arquebuse à la main ; le capitaine Franchi le plaça, avec d'autres, à la porte et ;ui\ fenêtres pour garder les quartiers e1 l«is fil tous rentrer ii la nuit. Matteo n'aurait donc joué aucun rôle dans les événements 1. Néanmoins, deux de ses camarades l'a} anl

Page 1