Ibid., p. 318 à 321 et 325, 350 à 3G0, 364 à
interrogés, quelques-uns a plusieurs reprises. De nombreuses accusations s'étaient produites, mais pas un soldat n'avait avoué. Les commissaires résolurent alors de procéder par confrontation, et de placer en présence les uns des autres les individus suspects et ceux qui les désignaient comme coupables.
Quatre des prisonniers furent soumis à cette épreuve : Pier Giovanni de Zevaco, Matteo de Petralba, Matteo de Bastelica et le caporal Pietro de Montemaggïore.
Le 29 septembre, on fit venir en face de Pier Giovanni de Zevaco les déserteurs Pietro de Santa Reparata et Ferrante Bravetto, le caporal Pietro d'Oletta et deux autres prisonniers, Terramorso et Michel d'Occhiatana. Tous confirmèrent leurs déclarations et l'accusé les repoussa tour à tour.
Les autres audiences du même jour et du 2 octobre, consacrées à cette procédure, ne présentèrent également qu'une série d'affirmations et de dénégations dénuées de preuves. Matteo de Petralba se référa à ses déclarations précédentes : Matteo de Bastelica, placé devant les mêmes accusateurs et en outre devant son caporal Pietro d'Oletta, soutint avoir passé tout le temps du trouble chez un certain chanoine Savelli demeurant au Transtévère, lequel chanoine ne comparut jamais à l'enquête. Enfin Pietro di Montemaggiorc, confronté avec Valerio Sichè, Matteo de Santa Maria, le caporal Pietro d'Oletta, Ferrante, etc., qui le chargent unanimement, les accuse à son tour de mensonge avec la dernière énergie.
L'empiète n'obtint donc aucune nouvelle lumière dans cette série de séances qui eussent pu être fort concluantes si le commissaire avait pris la peine de faire ressortir les contradictions et de provoquer les observai ions réciproques. Mais, en réalité, la confrontation n'étail faite que pour la
forme; l'intérêt se concentrait d'avance sur la procédure ;i
laquelle aboutissail alors tonte enquête criminelle, à savoir
la torture. Les juges se réservaient jusqu'à cette epren
me
et c'étail uniquement par elle qu'ils pensaienl arriver a découvrir la vérité.
Ce fut le 2 octobre que le juge Stephano Bracci, qui avait conduit l'instruction, se décida à appliquer la question ordinaire à quelques-uns des prisonniers, tant pour les amener à des révélations sur leur propre culpabilité qu'ils se refusaient tous à reconnaître, que pour apprécier la valeur de leurs dénonciations. Us furent donc torturés à la fois comme accusés et comme témoins.
12° La torture.
Il y avait plusieurs sortes de questions. La question simple ou préliminaire, qui n'exigeait pas la présence d'un chirurgien et ne mettait point la vie du patient en péril, pouvait être appliquée sur le seul ordre du juge quand il la considérait comme opportune. Elle a consisté pour les Corses dans le supplice de la suspension : le patient était dépouillé de ses vêtements, ligoté, et attaché par les poignets à une corde placée en travers et qu'un système de poulies élevait avec lui au-dessus de terre. La seconde question, appelée extraordinaire, était la veglia, supplice beaucoup plus grave et qui ne pouvait être décidé qu'avec une autorisation spéciale du pape. Elle fut réservée à un seul des accusés.
Parlons d'abord de la question préliminaire, à laquelle neuf des prisonniers ont été soumis.
Giacomo de Corra subit le premier cette épreuve.
On l'interrogea d'abord encore une fois, en le sommant de déclarer s'il persistait dans ses déclarations précédentes. Il les maintint avec fermeté, et comme il s'était borné à dire qu'il n'avait rien vu par lui-même et n'avait reconnu personne, le juge répondit que ces affirmations étant invraisemblables, il allait être conduit dans la salle du supplice. Avant qu'il fût élevé du sol par les poignets, le commissaire Bracci l'adjura encore de dire la vérité, et comme le patient déclarait : « Je ne puis dire plus que je n'ai dit », l'ordre fut donné de le suspendre. Giacomo
l'enquête et le procès de la garde corse. 47:3
souffrit quelque temps eu silence ; puis il se décida à parler, mais sans s'accuser lui-même, et avoua seulement qu'il avait vu sortir de la caserne, malgré l'ordre du caporal Pietro d'Oletta, deux de ses camarades, Domenico de Bastelica et un certain Matteo Ghisme. Il refusa constamment d'en dire davantage, et, après une suspension de trois quarts d'heure, le juge le fit descendre et délier : on remit en place ses bras quelque peu disloqués, et il fut reconduit à la prison *.
On fit venir ensuite un des soldats incarcérées le lundi soir, et qui, lui aussi, le 25 août, dans son premier interrogatoire, avait soutenu n'avoir distingué personne. Il se nommait Giovanni Andréa de Montemaggiore ; la question lui arracha un seul cri : « 0 Gésu-Maria ! » mais pas un aveu. Son supplice avait duré également trois quarts d'heure 2.
La troisième séance fut plus intéressante. Le caporal Pietro de Montemaggiore fut d'abord introduit, et, invité à dire la vérité, il persista dans son système de dénégation absolue : « La vérité, répondit-il, je l'ai dite. Je ne suis pas sorti de la caserne : je n'ai arquebuse nulle part. » Le juge Bracci fit venir alors l'un des accusateurs de cet homme, Valerio Sichè, et lui demanda si, en face de Pietro, il maintenait ses déclarai ions : « Oui, dit Valerio, devant Pietro ici présent, je persiste à déclarer que j'ai dit la vérité en ce qui concerne lui-même et les autres (pie j'ai nommés : je suis prêt à ratifier mes paroles même dans la torture ». Bracci le fit lier alors et avant (pie de donner ordre de le suspendre, il l'exhorta à la crainte de Dieu, et l'avertit de ne pas produire d'inculpations injustes. « Je n'ai inculpe personne à tort », répondit Valerio, et le supplice commença. Interrogé de nouveau pendant qu'il était suspendu, le patient répéta eu substance ses dépositions précédentes : <( J'ai dit et je soutiens (pie Domenico et Simon
de Bastelica, le caporal Pietro ici présent, Carlo d'Àm-