Relation apocryphe de Correr, p. 8(J
3. Relazionij etc., déjà <iié. Relation de Giustiniani, p. T27 et 128.
70 L AMBASSADK ])U DUC DK CREQUI.
ii savoir, que les bienfaits du Roi Catholique, le rang et la haute valeur personnelle de plusieurs de ces cardinaux, et aussi les sympathies d'Alexandre Vil pour l'Espagne, faisaient graviter autour des membres officiellement dévoués au cabinet de Madrid, plusieurs autres princes de l'Eglise. Il est inutile d'insister sur ces personnages assez obscurs : nous en avons assez dit pour montrer combien le parti français était inférieur à tons égards à celui que dirigeait Philippe IV. Au fond, une seule faction pouvait contrebalancer les Espagnols à Rome, c'était l'escadron volant.
Ce groupe se composait en général de cardinaux' nommés par Innocent X, et qui, à la mort de ce Pontife, n'ayant point de motifs suffisants pour suivre le parti de la France ou celui de l'Espagne — au moins d'une façon décisive et permanente, — s'étaient trouvés d'accord pour demeurer libres de toute direction étrangère dans le Conclave. Ils y exercèrent une sérieuse influence par leur adresse et leur fermeté, et ce fut assurément, en grande partie, à leur concours qu'Alexandre VII dut la tiare. Le cardinal de Retz, persécuté en ce moment par la France mais qui ne pouvait décemment prendre parti pour l'Espagne, fut heureux d'entrer dans cette faction ouverte, livrée à ses propres inspirations, formée d'hommes jeunes, habiles, remuants, et il en devint sur-le-champ l'un des chefs. 11 la décrit avec complaisance. Les membres de l'escadron volant, ainsi nommé à cause de son indépendance, s'étaient mis dans l'esprit, dit-il, « de se servir de leurs libertés pour affranchir le Sacré Collège de cette coutume qui assujettit à la reconnaissance des voix qui ne devraient reconnaître que les mouvements du Saint-Esprit. Ils résolurent de ne s'attacher qu'à leur devoir. » Il se plaît à faire remarquer l'heureuse combinaison de qualités différentes qui
distinguaient en effet les principaux personnages du groupe et qui devaient lui assurer, non seulement pendant \e conclave, mais pendant tout le règne d'Alexandre MI, une sorte de prépondérance : « L'activité d'Impériali y était tempérée par le flegme de Lomellino ; la profondeur d'Ottoboni se servait utilement de la hauteur d'Acquaviva ; la candeur d'Homodei et la froideur de Gualtieri y couvraient, quand il était nécessaire, l'impétuosité de Pio et la duplicité d'Albizzi; Azzolini, qui est un des plus beaux et des plus faciles esprits du monde, veillait avec une application d'esprit continuelle aux mouvements de ces différents ressorts » '. Le génie de Retz donna une force nouvelle pendant le conclave a Faction de ses collègues, et il n'est pas surprenant que le succès ait alors couronné leurs énergiques efforts. Plus tard, l'escadron volant demeura sinon solidement concentré, du moins assez bien uni pour conserver sa puissance qui, du reste, nous fut presque toujours hostile. A l'exception de Lomellino, qui était mort, et de Retz qui était rentré en France, ses membres étaient restés les mêmes à l'époque qui nous occupe : nous avons déjà étudié l'un des principaux, Impériali, qui représentait les intérêts et les vues politiques du groupe dans le poste de gouverneur de Rome 2 : examinons rapidement le caractère de ses collègues de l'escadron.
Pierre Ottoboni était un Vénitien, dévoué aux intérêts de sa patrie, homme « do haute vertu », « de conversation charmante », de mérite solide et modeste, à ce que disent les ambassadeurs ses compatriotes s; la Cour de France n'était pas do cet avis, et tout en ostimanl son savoir et sa bonne réputation, l'accusait de « dureté, de duplicité e1 d'avarice ». On sait qu'il fui pape on L689 sous le nom