Ibid., p
6. Ibid., p. 114. — Relation apocryphe de Correr, p. 54. — Recueil des Instructions , etc., p. 10.
7. Relazioni, etc., p. 114. — Relation apocryphe de Correr, p. 57. — Recueil des Instructions, etc., p. 10.
missaire du Saint-Office, familier des Barbei ini et partisan de l'Espagne : on lui reprochait d'avoir, sons Urbain VIII, emprisonne avec trop de zèle les ennemis de ses patrons. Le cabinet de Madrid souhaitait fort son élévation au pontificat *'; Farnèse enfin, prince de la maison de Parme dont il ne poursuirait cependant les intérêts qu'avec tiédeur : il passait pour un très grand esprit; majordome du palais d'Alexandre VII, puis légat à Bologne; le prestige de sa maison et sa valeur personnelle le désignaient au conclave de Clément IX; il fut l'un des trois candidats, mais le cardinal Rospigliosi l'emporta : Farnèse mourut l'année suivante 2.
Nous avons dû signaler dans le Sacré Collège plusieurs individualités intrigantes et d'une médiocre moralité, mais il est impossible de méconnaître que le plus grand nombre de ces prélats, par leur vie, leurs mœurs, leur piété, la noblesse de leurs intentions, méritent le respect de l'histoire. Sans doute les inlluences politiques, les combinaisons artificielles des partis, le népotisme, les préjugés du temps, ont dominé quelques-uns d'entre eux et laissé trace de leur action sur l'esprit des autres : c'étaient là des conséquences presque inévitables de la nature humaine en un siècle où les ambitions et les intérêts terrestres se mêlaient trop souvent aux affaires de l'Église, et où, il faut bien le dire, le grand idéal de pureté chrétienne, toujours vivant, compris et préconisé par tant dé saints illustres et de fiers génies, était encore lettre close pour beaucoup d'âmes, même et surtout peut-être dans les rangs les pins élevés de la société. En ce qui concerne particulièrement le clergé, les vocations étaient trop
1. Relazioni, de, j>. LIS et 116. — Instructions, etc. p. 224.
2. Relut, apocr. <!«• Correr, j>. (.»7. — l)i:i<>:i>"i>> di erudizione, <•!<•., XXIII, 21',. Petruccelli délia Gattina, loc. cit., j>. 209.
subordonnées aux arrangements intérieurs des maisons puissantes et même des gouvernements, les usages avaient introduit trop de prétendus droits et fait oublier trop de graves devoirs, pour (pie le résultat de ces erreurs ne fut pas une atténuation sensible de la conscience religieuse; on sortait d'ailleurs de périodes violentes et fanatiques où dominaient des mœurs brutales et indisciplinées, où les questions de foi se transformaient en questions de parti, où les apparences dogmatiques recouvraient ce scepticisme et ces passions ardentes qui sont toujours au fond de l'humanité. En Italie où, depuis tant de siècles, les luttes civiles, la barbarie féodale et les attentats des spadassins, les rivalités des petits Etats dirigés, avant et depuis Machiavel, par une diplomatie sans scrupule, avaient oblitéré le sentiment du droit, il subsistait chez les aristocraties laïque et sacerdotale, à côté de vertus persévérantes, un amour immodéré de plaisir et de puissance, des traditions de haine et de ruse. Ce mauvais côté de la société tenait le plus de place et faisait le plus de bruit. Les pamphlétaires ont ainsi exagéré les scandales de l'époque : quant au bien, dont les annales sont moins amusantes, il est passé presque inaperçu. Il faut donc se garder d'ajouter foi aux récits d'historiens systématiques et prévenus quand on parle de ce pontificat très agité et qui a suscité tant de controverses : il convient de faire la part du temps, de l'état des esprits, des mœurs et des institutions dont l'Eglise, en tant que société humaine, ne peut éviter de subir l'influence; il faut se souvenir toujours, même en notant avec impartialité les erreurs politiques ou morales, que le gouvernement du Saint-Siège était composé, en majorité, quoiqu'on en ait dit, d'hommes animés d'intentions droites et pacifiques, souvent mal instruits et inhabiles, mais toujours soucieux de la dignité de l'Eglise. Qu'ils aient mal mené ses intérêts véritables, et subi parfois les influences de certains personnages brouillons et pervers, on ne le saurait nier; mais il n'en serait pas moins injuste
de méconnaître qu'autour du Saint-Père et dans le Sacré Collège, les principes chrétiens étaient pratiqués et maintenus malgré les conseillers pernicieux.
Il nous reste, pour achever ce tableau de la cour pontificale, à examiner les relations du Saint-Siège avec les Etats de l'Europe catholique et notamment avec les principautés ou républiques italiennes. On comprendra mieux dès lors, sans que nous ayons à y revenir, l'attitude des uns et des autres envers la Papauté au cours des incidents et négociations qui vont suivre.
Nous n'avons pas à parler ici des rapports de la France et de la cour de Rome, les ayant exposés dans le précédent chapitre. Partout ailleurs, le Saint-Siège était en assez bon accord avec les princes et les gouvernements, sans toutefois rencontrer auprès d'eux des sympathies actives et même bien assurées : il ne pouvait compter avec certitude sur aucune alliance, non seulement à cause des questions spéciales et secondaires, présentes ou traditionnelles, qui s'opposaient à une entente cordiale, mais aussi eu égard aux intérêts généraux dont les diverses puissances de premier ou de second ordre étaient respectivement préoccupées. Elles désiraient toutes que rien ne vînt troubler le slcitu quo de l'Italie, no voulaient entrer dans aucune complication politique de ce côté-là, fermemenl décidées à ne favoriser, ni de près ni de loin, aucune imprudence de la part du Saint-Siège et encore moins aucune viser ambitieuse. On sentait bien que le temps des ligues italiennes et des luttes pour l'indépendance des divers États de la péninsule, étail passé, et tout le monde, avec raison, ne voulait plus voir dans la cour de Home qu'un élémenl de conciliation et de paix.
L'Espagne toutefois entendail conserver dans les conclaves el dans la confiance du gouvernement pontifical une
situation privilégiée : l'ardent catholicisme de ce pays où
le clergé possédait les deux tiers du territoire *, la constante politique de ses princes , le prestige d'une puissance affaiblie sans doute mais encore très redoutable, ses possessions en Italie, lui assuraient à Home une force exceptionnelle. Le cabinet de Madrid s'appliquait à la conserver : il avait d'ailleurs toutes les svmpathies des partisans passionnés des doctrines ultramontaines, et c'était toujours vers lui que se portaient leurs espérances. Tandis que la Cour du Louvre et le gallicanisme de la Sorbonne et du Parlement étaient suspects, et souvent odieux, aux groupes dogmatiques aussi bien qu'aux politiques jaloux des progrès de la grandeur française, l'Espagne apparaissait aux uns comme le rempart de la foi, aux autres comme un appui certain contre la France, sa rivale séculaire. On verra plus loin combien cette dernière opinion, si hasardée, domina l'esprit d'Alexandre VII dans ses différends avec Louis XIV, et quelle influence souveraine la déception qui en fut la suite exerça sur ses décisions suprêmes. Le cabinet de Madrid, au fond, n'avait conclu la paix des Pyrénées qu'à la dernière extrémité, se sentant épuisé, et dans l'impuissance absolue de poursuivre la guerre : il soutenait encore, avec une ostentation coûteuse et un appareil factice, l'apparence de sa grandeur passée : mais la monarchie était ruinée, et la majesté taciturne et pompeuse de Philippe IV trônait sur des débris : ni le roi, ni ses conseillers, qui connaissaient bien leur misère et leur faiblesse, et redoutaient de la laisser voir, ne se souciaient de s'immiscer dans de périlleuses querelles. En outre, la guerre de Portugal qu'ils s'obstinaient à soutenir, dévorait leurs principales ressources et ne révélait que trop l'irrémédiable décadence de la monarchie. Le repos de l'Europe était pour eux une nécessité absolue.
1. C'est l'évaluation de l'ambassadeur vénitien Bassadonna en 1664 : « vastissinio reg-no, posseduto per duc terze parti da ecclcsiastici ». Relazioni, etc., p. 276.
D'ailleurs il ne faudrait pas croire qu'Alexandre VII, et même son prédécesseur Innocent X, aient été aussi dévoués qu'on l'a dit aux intérêts de cette Couronne. Ce dernier passait, il est vrai, pour avoir « un génie espagnol », et son tempérament lent et circonspect affectait les allures solennelles du cabinet de Madrid : mais le Vénitien Giustiniani avait remarqué qu'en fait Innocent X n'accordait que peu de chose à l'ambassadeur d'Espagne, et que ses sympathies, s'il en avait, demeuraient assez stériles \ Quant à Alexandre VII, bien qu'autrefois, comme nonce à Munster, il eût soutenu les prétentions du cabinet de Madrid qui l'avait en retour appuyé au conclave 2, il ne montrait, étant devenu pape, aucune bienveillance particulière à cette Cour : sans doute pour ne point l'offenser, il affectait beaucoup de réserve à l'égard du Portugal 3, mais dans le détail, il était assez froid envers le gouvernement de Philippe IV. Sagredo, en 1661, écrivait même au sénat de Venise que le Saint-Siège n'était guère mieux avec l'Espagne qu'avec la France, contrairement à la politique pontificale qui cherchait toujours à favoriser l'une ou l'autre. Le pape se plaignait des ministres des deux Couronnes, et ne parlait qu'avec une égale amertume de Mazarin et de don Luis de Haro4. Les motifs de bon accord étaient cependant trop considérables pour qu'on pût douter du maintien de relations cordiales fondées sur tant d'intérêts communs y : mais de même que le pape, mécontent de la paix des Pyrénées conclue en dehors de lui, n'accordait aucune confiance exclusive à l'Espagne, celle-ci de son coté, au lendemain de ce traité, n'était pas d'humeur a compromettre en quoi que ce fût la tranquillité générale en faveur du Saint-Père, qui lui refusait la continuation de
1. Ilelarioni, etc. Relation de Giustiniani (1651), p. 131 et 132.