Ibid. Relation de S.itfrcdo, lue. cil
h. Ibid. Seconde Relation de Giustiniani, p. 151.
lière, et le roi Jean-Casimir, qui avait été jésuite et cardinal avant d'être appelé au trône, et qui devait plus tard mourir abbé de Saint-Germain-des-Prés, montrait en toute circonstance au Saint-Père la plus grande déférence ', mais sans aller au delà : il s'excusa en effet, auprès d'Alexandre VII, de donner des subsides pour la ligue contre les Turcs. Néanmoins, cette réponse, justifiée par les embarras où la Pologne se trouvait à cette époque, n'altéra point les bonnes dispositions du Saint-Siège envers cette nation et envers son roi.
En réalité, l'entente avec les princes d'Italie était l'intérêt immédiat de la cour de Rome et le principal objet de ses préoccupations. Venise, et l'on ne saurait l'en blâmer, engagée alors dans une terrible lutte avec l'empire ottoman, poursuivait avec ténacité une politique entièrement personnelle. Tous les documents de sa diplomatie, relations ou dépêches, attestent l'unique pensée du Sénat : empêcher des troubles en Europe, prévenir autant que possible tout dissentiment entre les princes chrétiens pour que leur attention ne cessât d'être attirée sur les dangers de la République et sur la nécessité de la secourir. La ligue contre le Turc était le thème invariable des entretiens des ambassadeurs vénitiens à Paris et à Rome, et, de fait, le péril était extrême. Les progrès des Ottomans sous le règne de Mahomet IV et sous la direction effective des illustres grands vizirs les Kyprili, ne laissaient point de repos à la République menacée dans toutes ses possessions orientales jusqu'en Dalmatie, et qui devait bientôt perdre Candie : Venise ne voyait qu'avec indifférence toute autre
1. Jean-Casimir, fils de Sigismond III et de Constance d'Autriche, né en 1609. Son existence fut très aventureuse : il servit d'abord dans les armées impériales, fut deux ans prisonnier en France; il entra ensuite dans la société de Jésus et fut élevé à la pourpre. Elu roi de Pologne, il fut relevé de ses vœux ecclésiastiques, se maria avec la veuve de son frère, Louise-Marie de Gonzaguc. Après un règne très agité par des guerres contre les Russes et les Suédois, Jean-Casimir, devenu veuf en 1G67, abdiqua l'année suivante, puis fut abbé de Saint-Germain-des-Prés, à Paris, où est son tombeau. Il mourut en 1672.
question politique, et ne cessait de rappeler au pape, au roi de France, à l'empereur, les dangers que couraient la chrétienté et elle-même. Elle restait affectueuse envers la cour de Rome, mais seulement à son point de vue qui était d'ailleurs très élevé; elle lui envoyait successivement les hommes les plus considérables de l'Etat : en 1657, Angelo Correr, d'une antique maison illustrée dans les lettres, dans la politique et dans l'Église; en 1660, Nicolo Sagredo, qui plus tard fut doge; en 1661, Bassadonna, qui devint procurateur de Saint-Marc et mourut cardinal. Tous les efforts de ces personnages éminents, dont les Relations au Sénat montrent une connaissance profonde des hommes et des choses en Europe et surtout à Rome, ne purent amener que des résultats secondaires, tels que l'autorisation de lever quelques troupes dans certaines provinces pontificales. Le pape ne croyait pas la situation aussi grave que la représentait le Sénat : Correr constate avec regret que Sa Sainteté « ne regarde pas qu'il y ait lieu de prendre des résolutions extraordinaires », qu'elle se plaint du triste état du Trésor romain '; Sagredo note l'empressement du Saint-Père à faire remarquer ses démarches auprès des princes chrétiens, mais n'obtient guère que des paroles 2; Bassadonna, tout dévoué qu'il soit à l'Eglise, parle des dispositions du pape avec amertume ; « aucun prince, dit-il, n'est mieux en état de se soutenir à Rome que la République, et cependant il n'y a pas de pire condition que la nôtre ». Alexandre VII répondait aux plaintes de l'ambassadeur par des doléances sur les chagrins que lui émisait, disait-il, le gouvernement vénitien : « République de Venise, s'écriait-il, je ne peux vivre ni sans toi, ni avec toi! » En résumé, sous les apparences de la plus haute courtoisie, Venise s'irritait de l'inaction du Pontife et celui-ci se lassait des instances perpétuelles de Venise.
1. Relazioni, etc. Relation de Correr, p. 20G. •1. lhul. Relation de Sagredo, p. 2:i:i.
(( Il l'estimait, suivant le mot de Giustiniani, sans l'aimer1, » Les affaires de Castro ei de Comacchîo, dont nous avons indiqué les péripéties dans le chapitre précédent, maintenaient une hostilité sourde entre le Saint-Siège et les duchés de Parme et de Modène. Giustiniani signalait, dès 1652, l'intention des ministres parmesans de saisir toutes les occasions de revanche 8, et l'intervention de Louis XIY contribuait à aigrir la cour de Rome 3. Le pape nourrissait en outre contre le duc de Parme des ressentiments personnels. S'il faut en croire Bassadonna , la maison Farne.se aurait au siècle précédent persécuté les Chigi à Rome, et Alexandre VII aurait gardé une haine traditionnelle aux descendants de Paul III 4. D'autre part , le différend de Comacchio était un obstacle permanent à tout bon accord avec Modène. La maison d'Esté en outre convoitait le Ferrarais : le pape ne pouvait douter de son mauvais vouloir, surtout depuis que le duc, jadis attaché à la politique espagnole, était ouvertement entré dans l'amitié de la France en épousant une nièce de Mazarin. On sait aussi que le cardinal d'Esté était devenu à Rome une sorte d'ambassadeur officieux de la cour du Louvre, ce que le pape ne lui pardonnait pas. Les ambassadeurs vénitiens ne cessent de signaler l'animosité des deux cours. Bassadonna va même jusqu'à affirmer que « les offenses ont été trop grandes, les jalousies trop continues et les passions trop en jeu pour qu'on puisse jamais espérer de vraie réconciliation entre Modène et le Saint-Siège » s.
De Mantoue, il n'y a rien à dire, eu égard à l'exiguïté de ce duché : encore son prince était-il fort en froid avec Rome. Innocent X et Alexandre VII n'aimaient ni ses mœurs ni sa conduite politique c. Gènes passait pour assez