‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 54 sur 268 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. Voir le Recueil des Instructions données aux ambassadeurs de France, t. I, p. 61, note.

4. M. d'Aubeville, envoyé à Rome en 1661, puis en 1664 à Parme et à

Il méritait donc la confiance de son gouvernement qui lui en donna sur-le-champ une preuve en lui remettant des instructions écrites détaillées et intéressantes, supérieures même au caractère réel de sa charge transitoire. On ne voulait point sans doute qu'il se considérât comme sacrifié d'avance, et, pour l'encourager à bien faire, on lui représentait son séjour près le Saint-Siège comme destiné à régler la conduite ultérieure du roi : on lui disait que, d'après le traitement dont il serait l'objet. Sa Majesté prendrait ses mesures et ses résolutions, « soit pour correspondre à la manière de vivre de Sa Sainteté, si elle est obligeante, soit pour s'abstenir à l'avenir de lui faire des prières inutiles ou de lui demander aucune grâce » *. C'était beaucoup dire, mais on forçait la note pour donner à M. d'Aubeville plus d'importance, l'élever à ses propres yeux et dans l'estime du Saint-Siège et assurer ses démarches, quitte à déterminer plus tard le plus ou moins de valeur qu'on attribuerait à l'accueil qu'il aurait reçu.

Il est utile pour achever de préciser l'état des choses et les difficultés matérielles, si je puis dire, par lesquelles se traduisait l'antagonisme moral delà Monarchie et du Saint- Siège, d'indiquer les principaux points des instructions remises le 5 mai 1661 à M. d'Aubeville. Ce texte, entièrement rédige par M. de Lionne, reproduit exclusivement, sans aucune digression, les différents objets en cause, el montre avec netteté sur quel terrain le cabinet du Louvre entendait se maintenir. 11 est même vraisemblable qu'en léerivant, M. de Lionne entendait circonscrire le débat et affirmer une fois de plus la volonté du maître, sans

Ifodène, plus tard ;'i Mantoue, à Turin, en Lorraine, en Allemagne et en Portugal, termina sa carrière on qualité <le ministre à (iènes. Il y immnil

a Boixante-dix-sepl ans, en Ki(S7.

I. Instruction a à M. d'Aubeville (A. É., Uoine, loc. cit.), — Texte publié dans le Recueil des Instructions, déjà cité, p. <»1 et sni\.

se flatter que M. d'Aubeville pût résoudre des questions aussi considérables. Un soûl paragraphe est relatif à La conduite personnelle du chargé d'affaires, et l'ambiguïté même de ses termes, le soin qu'on prend de lui imposer nue attitude flottante, atténuent singulièrement d'avance son influence et son initiative. 11 lui est prescrit à la fois de n'avoir ouvertement que des relations très réservées avec les deux principaux conseillers de l'ambassade, les cardinaux d'Esté et Antoine Barberini, et cependant de se conduire « en tout et partout » par leurs avis. Or si l'on se souvient que les deux cardinaux étaient, pour divers motifs, désagréables au Saint-Père, et que, d'autre part, malgré toutes les précautions du monde, on ne pouvait dissimuler au pape leur influence sur l'agent de France, on voit que les démarches de M. d'Aubeville devaient être suspectes à Sa Sainteté.

On entendait toutefois qu'il exposât avec conviction et fermeté la politique française, qu'il renouvelât et accentuât nos demandes majeures dont la solution restait évidemment réservée soit à l'éventualité d'une rupture, soit à l'action décisive d'un agent plus qualifié. C'est pourquoi ses instructions, académiques en vérité, furent très étudiées, conçues en forme de programme, et se recommandent, à ce titre, à notre attention particulière.

Le premier soin de M. d'Aubeville devait être, conformément aux règles de courtoisie ordinaire, d'assurer le pape de tous les respects du roi, « de son estime pour la personne de Sa Sainteté et de son désir d'entretenir la paix ». Il avait ordre ensuite de faire connaître au Saint- Père les vues de Sa Majesté dans une question des plus graves, dont le cabinet du Louvre jugeait à bon droit nécessaire de bien établir le caractère pour que sa politique ne fût engagée que dans une certaine mesure : nous

voulons parler de cette ligue des princes chrétiens contre les progrès de la puissance ottomane dont le président Colbert à Rome et le nonce à Paris avaient avec plus ou moins de développement discuté les conditions diverses '. Il fallait faire ressortir à la lois la bonne volonté du roi pour être agréable au Saint-Père, et prévenir cependant toute méprise sur la portée réelle de son concours. M. de Lionne insistait avec une force égale sur ces considérations assez contradictoires.

D'un côté, il déclarait que Sa Majesté « non seulement de bon cœur et avec joie entrerait dans cette ligue », mais encore userait de son influence sur ses amis et alliés pour les inviter à s'y associer, fussent-ils même protestants 2. Il disait (pie le roi s'efforçait en ce moment, par l'envoi d'un ministre spécial à Francfort, d'obtenir des princes allemands « de se porter sans délai à tout ce cpie Sa Sainteté pouvait désirer d'eux en cette conjoncture ». Enfin il démontrait combien on devait savoir gré à la France d'un tel concours puisque son intérêt pouvait en souffrir : elle risquait en effet de compromettre la situation privilégiée qui lui était assurée en Orient par les Capitulations, de ruiner son commerce dans le Levant, et de fortifier par les succès éventuels de la ligue l'autorité de l'empereur d Allemagne au détriment des princes du Rhin qui garantissaient sa propre sécurité.

.Mais, d'un autre côté, il ne cachait pas que le roi ne pourrait rien entreprendre isolément, que tout dépendait de la bonne volonté des princes du Rhin et aussi des forces réelles de l'Empire. Louis XIV ne promettait donc au fond qu'un concours fort aléatoire. S'il estimait vraisemblable, en effet — comme il advint un peu plus tard, — que, dans un péril pressant, la France enverrait un secours de

1. Voir chap. I. j< 7. Voir aussi Mîchaud, Histoire des Croisades. t. V.

2. C'est une allusion aux princes allemands <!<• la ligue du Rhin, formée SOU1 les auspices de la France par les deux traites du 15 août 1058 et du 31 août 1660.

troupes à l'Empereur menacé directement par l'invasion ottomane, il refusait cependant d'avance toute aide pécuniaire, et l'on pouvait aisément deviner, par de nombreuses réticences , que son action ne serait pas très décisive, qu'il comptait avec raison sur les hésitations de ses alliés, sur les mille circonstances qui ne font jamais défaut à une diplomatie bien entendue, et qu'à coup sûr il ne désirait pas abattre complètement les Turcs qui contrebalançaient si utilement pour lui la puissance de la maison d'Autriche. On peut affirmer, avec certitude, que ses intentions étaient bien précises à cet égard, car nous apprenons par la correspondance subséquente de M. d'Aubeville que cet agent avait reçu des instructions verbales beaucoup moins favorables à la ligue que le texte des instructions écrites, et qu'il devait « éluder la signature d'un traité et faire des difficultés qui amusent l'affaire » l.

M. de Lionne s'étend ensuite sur les deux questions si délicates de Castro et de Comacchio, que M. d'Aubeville pouvait encore moins espérer conduire à leur terme. Nous avons vu que le président Colbert n'avait même pas pu obtenir une discussion suivie à cet égard, et le cabinet du Louvre, en revenant avec autant d'insistance et d'aussi longs développements sur les droits des ducs de Parme et de Modène, ne cherchait évidemment qu'à définir sa thèse en vue des pourparlers catégoriques réservés à l'avenir.

Encore moins M. de Lionne supposait-il que le nouvel envoyé pût régler les affaires du cardinal de Retz. Il est même presque certain que toute la partie de l'instruction qui concerne l'ancien coadjuteur n'a pas été expédiée : elle n'existe en effet que dans la minute du ministre et non pas dans la copie authentique de ce document. Quoi qu'il en soit, il est évident qu'une difficulté où les prétentions juridiques de la cour de Rome dans les litiges ecclésiastiques étaient en conflit avec les théories parle-

t. A. É., Rome, loe. cit. D'Aubeville à Lionne, 20 juin 1661.

mcntaires et gallicanes si chères au gouvernement français, Cédait la compétence d'un agent secondaire. Ici encore M de Lionne n'avait d'autre objet que de maintenir 1 opinion de son gouvernement. On ne prévoyait pas alors que le cardinal cfe Retz dût clore lui-même l'incident par sa renonciation à l'archevêché de Paris et par son entière soumission à la volonté du roi, et l'on regarda* « indispensable de ne laisser voir à Rome aucune défaillance sur i!ne question qui intéressait à un tel degré les preroo-atives de la Couronne.

8 U ne restait donc que deux points d importance assez médiocre dont il fût possible, à la rigueur d espérer le règlement par l'intermédiaire de M. d Aubev.lle un

était la promotion du duc de Mercœur au cardinalat , e [•autre /expédition des bulles de l'archevêché de Remis pour le cardinal Antoine Barberini ■. Et même i est perni, de supposer qu'en chargeant M. d'Aubeville de sollicite ces deux grâces, on cherchait avant tout à mettre a 1 épreuve la bonne volonté du pontife. L'accucd éventuel qui sera. f»i, a ces demandes de faveur ne pouvait être considéré f|ue comme un indice du plus ou .noms d'égards que les désirs du roi rencontreraient à Rome, et là encore la mission de M. d'Aubeville n'avait qu'un caractère de pure information. Le cabinet du Louvre prétendait seulement ne pas laisser ses intérêts à Rome sans défense tout en se réservant un certain laps de temps pour prendre un parti.

». Le duc de Mereomr el de Vendre, ne ,n 10.2 pd »* !£-£

et de Gabrielle d'E.tree,. Il ava.t épous en 1651 Uar Ita. n.,1^ ^

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... Nous avons rappelé p, édemment 1 hante favenr don „

Anloinc Barberini jouissait auprès ,lu ,■<.,. don. il était g.an< mourut ù Rome, le 3 août 1071.

Il ne semble pas douteux toutefois que le gouvernement français, tout en jugeant convenable d'attendre, inclinait dès lois à envoyer un ambassadeur auprès du Saint- Siège. Même avant la mort du cardinal Mazarin, plusieurs noms avaient été mis en avant, mais outre qu'alors la question n'était pas mûre, on ne se dissimulait pas la difficulté de faire un choix. On ne voulait qu'un grand seigneur et qui, de plus, fut assez riche pour subvenir aux dépenses qu'exigeait un tel poste : le cercle des candidats était donc assez restreint. Cependant, et dès cette époque, on avait pensé à un personnage de haute lignée, premier gentilhomme de la Chambre, Charles de Blanchefort, duc de Créqui, petit-fils du maréchal de Créqui dont l'ambassade auprès du pape Urbain VIII avait laissé de bons souvenirs. Quelques pourparlers avaient eu lieu à ce sujet entre les ministres et lui, mais d'une manière assez vague; nous eu avons trouvé la trace dans une dépêche du nonce à Paris en date du 21 janvier 1661 : ce diplomate n'en entretient qu'incidemment le Saint-Siège, et se borne à raconter que les prétentions pécuniaires de M. de Créqui faisaient réfléchir le cabinet du Louvre : « Outre les autres frais de représentation, écrivait le nonce, il demande la restitution de quarante mille écus qu'il a payés pour le compte de. son gouvernement. On ne semble pas disposé à y consentir quant à présent '. »

Les choses restèrent en cet état assez longtemps : la mort de Mazarin survint peu après, puis on envoya M. d'Aubeville, et ce fut seulement à l'automne de cette même année 1661 que le cabinet du Louvre parut se déterminer enfin à nommer un ambassadeur auprès du pape. M. d'Aubeville avait été reçu gracieusement par le Saint-

1. Arch. Vat., Nunzîatma di Francia , vol. CXX , dép. du nonce, 21 janvier 1661.

Père, mais il devenait manifeste que Sa Sainteté se bornerait à ces témoignages de courtoisie personnelle et n'accorderait rien, pas même le chapeau du duc de Mercœur et les bulles de Reims, tant que le roi persisterait à ne pas reprendre les relations régulières interrompues depuis huit ans. Alexandre VII affectait même d'ajourner les audiences demandées par le chargé d'affaires, et, réciproquement, Louis XIV, sous divers prétextes, retardait de recevoir le nonce. Ce dernier, fort contrarié de ces lenteurs, constatait que les choses tendaient « à s'embrouiller de plus en plus » *; la Cour de France sentait qu'on piétinait sur place et qu'il fallait en finir, si l'on ne voulait en arriver à une rupture. Les ministres du roi envisageaient à regret cette extrémité, mais ils comprenaient qu'il n'y aurait guère moyen de s'y soustraire si l'on persévérait dans le système des refus d'audience tant à Paris qu'à Rome. M. Le Tellier aussi bien que M. de Lionne soulageaient leur mauvaise humeur en se plaignant à Mgr Piccolomini du peu d'empressement que montrait le pape à entendre M. d'Aubeville, mais toutes ces discussions vaines et monotones n'avançaient point les affaires. Le nonce profitait de ces entretiens pour insinuer que la Cour de France ne marquait pas de son coté au Souverain-Pontife les égards auxquels il avait été accoutumé de la part des prédécesseurs du roi : « Je vois, dit enfin M. de Lionne, que le pape fait allusion à l'envoi d'un ambassadeur ». Il eut soin alors, effleurant le même sujet, de faire remarquer à son interlocuteur qu'on avait accrédité M. d'Aubeville « pour pressentir la disposition du Saint-Père à complaire à Sa Majesté ». L'ambassade était implicitement remise sur le tapis, et le nonce, en répondant aux dernières paroles de; M. de Lionne, exprima l'espoir que le roi chercherait à faire connaître à Rome qu'il n'imiterait pas les procédés de Mazarin 2.

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