X INTRODUCTION
rable aventure. Quant au duc de Créqui, j'espère en avoir donné un fidèle portrait : véritable grand seigneur, esprit élevé, caractère raide et superbe, mal préparé pour une mission qui eût exigé moins de hauteur que de souplesse et un art particulièrement délié dans le maniement des hommes et des affaires, il lui a manqué d'être un diplomate dans une Cour où il était indispensable de l'être. Son échec démontre une fois de plus que la diplomatie ne s'improvise pas, et qu'un gouvernement est mal inspiré quand il confie un poste susceptible de difficultés majeures à un homme qui n'a pas appris par une longue expérience la science délicate de traiter avec les Puissances étrangères. J'ai eu soin également de mettre en lumière le rôle considérable que M. de Lionne a joué pendant cette laborieuse période : celui-là avait toutes les connaissances nécessaires sans doute, un rare talent de style, une perspicacité politique de premier ordre; mais il était prévenu par ses ressentiments contre la Cour de Rome et s'est laissé emporter, en diverses rencontres, à former de faux jugements et à les suggérer à son maître. Tant il est vrai que l'Histoire est trop souvent l'étude des imperfections des hommes même les plus habiles et les meilleurs; mais s'il est aisé d'apercevoir les fautes, et utile de les définir, on ne saurait jamais, si l'on veut être juste, en parler qu'avec mesure et en comprenant combien l'action des circonstances fait dévier parfois les cœurs les plus droits et les plus robustes esprits. La vraie leçon qui ressort en particulier des événements que nous avons retracés, c'est que la meilleure politique est encore la modération, le respect du droit, le dédain des vains triomphes d'amour-propre, et par-dessus tout l'amour de la paix. Si les négociateurs du traité de Pise se fussent inspirés de ces sentiments, si Louis XIV n'eût pas cherché avec tant d'obstination à humilier ses adversaires, si, conformément à la tradition de tant d'illustres pontifes — renouvelée aujourd'hui avec tant d'éclat, — le Saint-Siège se fût placé au-dessus des discussions stériles et. médiocres, ils eussent fait une œuvre durable, et prévenu peut-être bien des malentendus et bien des querelles funestes. Ils se sont bornés à clore l'incident par une combinaison artificielle, et, après deux ans de pourparlers, il était
vraiment facile d'obtenir un meilleur succès.
Paris, novembre 1892.