‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 7 sur 268 · ÉTAT DES RELATIONS DE LA FRANGE AVEC ROME A LA MORT DE MAZARIN · texte numérisé non relu

ÉTAT DES RELATIONS DE LA FRANGE AVEC ROME A LA MORT DE MAZARIN

I, II. La France et la cour de Rome sous le ministère de Mazarin. Pontificat d'Innocent X. — III. — VI. Origines des affaires de Castro. — Missions de Lionne, mission Jeure Millet. — Affaire de Comacchio. — Cette question et celle de Castro au traité des Pyrénées. — VII. Mission du président Colbert en 1660. — VIII. État de la cour de France, Louis XIV. — IX. Les deux reines. — X. Les ministres, Le Tellier, Colbert, Lionne. — XI. Eclat de la cour. — Dispositions de la France envers le Saint-Sièg-e en 1660.

Depuis l'année 1653, sous le pontificat d'Innocent X (Pamphili), et Mazarin étant maître du gouvernement en France, la cour du Louvre avait cesse d'être représentée à Rome par un ambassadeur. Le bailli de Valençay était parti alors en congé sine die, et, jusqu'en 1661, les affaires courantes furent gérées par le cardinal d'Esté, investi de leur protectorat officiel. La France se borna à envoyer, en diverses circonstances, des diplomates en mission spéciale : Mgr Bocquet, évêque de Lodève, à la fin de L654, Hugues de Lionne en 1655, M. Jeure Millet en 1658, le président Colbert en 1660, enfin M. d'Aubeville en 161)1. Cet état de choses irrégulier dura pendant les si* premières années du T. I. 1

règne d'Alexandre VII (Chigi), exalté en avril L655, et jusqu'à la mort de Mazarin.

On doit s'expliquer une interruption aussi longue dans les relations ordinaires, à la fois par une de ces convenances de politique générale qu'il faut toujours chercher au fond des événements dont elles sont souvent les véritables causes, et par une série de ces incidents secondaires qui déterminent une situation dont les origines sont ailleurs.

En réalité, depuis de longues années, la France et le Saint- Siège s'inspiraient de doctrines différentes sur l'administration temporelle et spirituelle de l'Eglise L'esprit monarchique et gallican dominait à Paris; la Cour, le Parlement, la Sorbonne, le clergé même défendaient avec énergie l'autorité royale et les privilèges de l'épiscopat contre les théories ultramontaines, et maintenaient ces deux principes majeurs, l'indépendance du roi pour le temporel, la limitation du pouvoir spirituel du pape en France par les canons de l'Église. De là dérivaient plusieurs conséquences fort considérables : le droit du roi d'assembler des conciles nationaux ou provinciaux et de régler avec eux la discipline ecclésiastique, d'autoriser ou de repousser la publication des bulles du pape, d'exercer seul dans le royaume la juridiction civile et criminelle même sur les clercs, de permettre ou d'interdire les voyages des évêques hors du territoire, etc. : en outre, le pape n'étant pas reconnu comme supérieur aux conciles généraux, ne pouvait imposer à l'Eglise de France des décrétâtes ou canons étrangers à l'ancien recueil du Corpus canonum ; enfin nulle église et nul monastère ne devait être exempté de Yordmaire, c'est-à-dire de l'autorité épiscopale. La Cour de Rome , sans condamner officiellement ces principes parce qu'en définitive ils n'étaient pas contraires aux dogmes, ne les envisageait cependant qu'avec répugnance et s'efforçait de réagir contre eux dans la pratique en leur opposant de constantes difficultés de détail et de subtiles

controverses. Le roi et le pape demeuraient en paix, si l'on veut, à l'aide de combinaisons péniblement élaborées pour les circonstances particulières; mais, sous les apparences d'un modus vivendi plus ou moins satisfaisant, persistait et reparaissait de temps à autre, quelquefois avec aigreur, L'antinomie des deux systèmes. Puis les événements politiques détournaient souvent les querelles ou leur donnaient d'autres objets : les dissidences restaient alors à l'état latent : le roi était « Très Chrétien » et « le Fils aîné de l'Eglise », le pape gardait un prestige dont nul ne contestait en France le caractère sacré. Pour ne parler que des derniers temps, à travers de nombreuses discussions, le cardinal de Richelieu, préoccupé d'autres affaires, et le pape Urbain VIII (Barberini), personnellement bien disposé pour la France, étaient demeurés en assez bons termes sans chercher à définir et à régler des questions qu'il est toujours prudent de laisser dans l'ombre. La Cour du Louvre n'avait cependant conserve que très peu d'influence à Rome, et, au moment de la mort de Louis XIII, elle ne comptait pas plus de quatre ou cinq cardinaux attachés à sa cause dans le Sacré Collège.

Cette accalmie n'était toutefois qu'à la surface, et le règne d'Innocent X, dont la politique paraissait incliner vers celle de l'Espagne, avait modifié les rapports facilités sous Urbain VIII par les tendances françaises du Pontife. Les dissentiments assoupis se trouvèrent naturellement ranimés. Sans qu'on en vînt à des luttes théologiques que personne ne souhaitait de susciter, les divers incidents inévitables entre deux gouvernements en contact permanent sur tant de points furent traites dans un esprit moins conciliant, et les rapports prirenl peu à peu un caractère acrimonieux de plus en plus sensible. L'antithèse des théories prévenail toute complaisance mutuelle et envenimait les moindres difficultés : en outre la politique e1 le caractère même du cardinal Mazarin ajoutaient à cette animosité fondamentale ces éléments précis et personnels de dis-

sentiment qui exercent une influence plus immédiate sur les décisions des hommes et sur le cours des choses que les vagues oppositions de doctrines.

Dès le commencement du pontificat d'Innocent X, la Cour de France avait irrité le pape déjà très mécontent des efforts qu'elle avait faits pour l'exclure au conclave, en accueillant avec une faveur marquée les neveux d'Urbain VIII, les cardinaux Antoine et Francesco Barberini, poursuivis en ce moment par une réaction assez légitime de l'opinion publique contre leurs abus de pouvoir sous le règne de leur oncle. Le pape se déclarant contre eux et prétendant leur faire rendre compte de leur administration, ils avaient dû quitter Rome en hâte et se réfugier à Paris1. Innocent X en prit ombrage, et les relations avec la France devinrent très mauvaises à la suite de cette manifestation, surtout lorsqu'en 1646 une expédition navale française, ostensiblement dirigée contre les possessions espagnoles d'Orbitello et de l'île d'Elbe, parut menacer le territoire pontifical. Le pape finit par consentir au retour des Barberini, mais les rancunes des deux cours survécurent à cet arrangement, d'autant plus que, par une singulière interversion des rôles, tandis que le cardinal Antoine devenait un ami et un confident de la coUr du Louvre, le cardinal Francesco se brouilla avec Mazarin et se réconcilia avec le pape dont il s'appliqua il aigrir de plus en plus les ressentiments. Pendant quelques années toutefois, les rapports diplomatiques furent maintenus, au cours des deux ambassades du marquis de Fontenay-Mareuil et du bailli de Valencay, mais l'antipathie mutuelle d'Innocent X et de Mazarin ne cessait de se manifester en toute circonstance. La clairvoyance des envoyés vénitiens ne s'y

1. Voir Différend des Barberini avec le pape Innocent A", par M. Linage de Vauciennes, Paris, 1778.

trompait point. Contarini écrivait au Sen.1t : « Bien que Sa Sainteté feigne de bonnes dispositions envers la France, en réalité tous les faits marquent le contraire. Le pape intérieurement n'a pas bonne opinion des Français, et il hait mortellement le cardinal Mazarin, m'ayant dit plusieurs fois qu'il ne peut lui pardonner jamais de l'avoir brouillé avec la Reine-Régente. La force seule et la peur d'être inquiété a suspendu ses résolutions hostiles, et dans tout ce qu'il a pu faire, il a, sous main, par des levées d'hommes et d'autres mesures, favorisé particulièrement les Espagnols '. » Sur ces entrefaites survinrent, en 1G52 et 1653, les romanesques aventures du cardinal de Retz, son arrestation, son évasion et sa fuite à Rome. Le pape, qui se souvenait de l'affaire des Barberini, saisit l'occasion d'user de représailles et d'inquiéter le cabinet du Louvre ; il accorda à l'exilé un appui et une protection morale qui ne pouvaient manquer d'irriter personnellement Mazarin; il sollicita la mise en liberté du cardinal de Retz; il envoya même à Paris le vice- légat d'Avignon, sous prétexte de s'informer de l'état delà question, mais au fond pour défendre la cause de l'ancien frondeur. Mazarin ayant prévenu cette démarche indiscrète en interdisant au vice-légat de dépasser Vienne en Dauphiné, le pape, indigné de voir son intervention repoussée, se montra de plus en plus animé contre le tout-puissant ministre 2. Les discussions engagées entre les deux cours sur la juridiction dont relevait le cardinal de Retz furent traînées en longueur à Rome avec une mauvaise volonté évidente; le pape ajourna de sanctionner la démission que Retz, bien maigre lui, avait fini par donner de son poste d'archevêque de Paris ; plus tard, en L654, lorsqu'il reçut Mgr Bocquet, évêque de Lodève, envoyé en mission confidentielle ii Rome, il lui parla avec la plus grande amertume

1. Relazioni degC ambasciatori Veneti, xvn° secolo, Ilalia, Roma, vol. II. Relation de Contarini, p. 77 (1648) (Venise, 1878). (Nous indiquerons désormais les documents vénitiens ^>u^ cette simple rubrique : Relazioni, tic.)

'1. Voir, sur ce point historique, Valfrey, l/ugues de Lionne, jt. 174 et 17."»; — Chantelauze, le Cardinal de Retz, passim.

M L AMBASSADE DU DUC DE CItEQUI.

du cabinet du Louvre, et ajouta : « je voudrais que tous ceux qui sont auprès du roi fussent Français » ; puis, précisantson langage, il déclara ce honteux pour la France d'être gouvernée par un étranger » : il rappela l'exclusion que Mazarin avait prétendu lui donner au conclave, et lui témoigna enfin dans ce discours une rancune invétérée !. La mort d'Innocent X semblait devoir mettre un terme à cet état de choses, mais il se trouva que la France était depuis longtemps en fort mauvais ternies avec le cardinal Chigi, son successeur. Ce dernier, lorsqu'il était nonce à Cologne et participait en cette qualité aux conférences de Munster, avait suivi une politique contraire à celle de Mazarin et notoirement favorable à l'Espagne, au cours des négociations d'où est sorti le traité de Westphaïie. Un peu après, il s'était rencontré à Brûhl avec Mazarin alors exilé par le Parlement, et leurs relations en cette ville n'avaient fait qu'accroître les antipathies réciproques. Le ministre français, redevenu le maître, en avait gardé une impression qui se traduisit par une attitude constamment hostile au cardinal Chigi, et à tel point que, renouvelant la faute commise à l'égard d'Innocent X, il lui donna l'exclusion dans le nouveau conclave, et ne la retira qu'au moment où l'élection étant devenue inévitable, le futur pape ne pouvait plus lui savoir gré d'une décision à peu près obligatoire. Sans chercher depuis à modifier la situation embarrassée, de part et d'autre, qui résultait de cette série de mauvais procédés, la Cour de France n'envoya même pas à Alexandre VII l'ambassade, dite d'obédience, qu'il était d'usage de députer aux nouveaux Pontifes pour les féliciter de leur avènement. D'un autre côté, l'un des confidents intimes de Mazarin, M. de Lionne, qui se trouvait à Rome en mission pour les affaires du cardinal de Retz au moment de l'exaltation d'Alexandre VII,

1. Archives des Affaires étrangères de France, Rome, 126, dépêche de l'évèque de Lodèvc à Mazarin, 5 janvier 1654. — Nous désignerons désormais les documents des Archives des Affaires étrangères par les lettres A. E.

trouva chez lui, au sujet de l'ancien coadjuteur, des dispositions analogues à celles d'Innocent X, sous une forme plus discrète, mais au fond non moins malveillantes pour la Cour du Louvre. Il fut placé en présence de lenteurs et d'objections systématiques, en vint à faire entendre au pape des paroles assez vives sans obtenir le procès du cardinal de Retz, et enfin, voyant que, malgré quelques concessions apparentes mais stériles, il se heurtait à une fin de non-recevoir, il dut constater son échec eu demandant son rappel. Ce résultat affermit de plus en plus Mazarin dans la pensée d'ajourner la nomination d'un ambassadeur à Rome, et bien que M. de Lionne eût certainement ambitionné ce titre, il persista à demeurer sur la réserve, laissant au cardinal d'Estcla gestion des affaires de France. Or ce cardinal, pour des motifs que nous indiquons plus loin, était particulièrement suspect au Saint- Père, et les relations si compromises ne pouvaient certes pas s'améliorer par son intervention 1.

Deux affaires qui semblent aujourd'hui bien peu considérables, mais qui alors intéressaient vivement plusieurs princes italiens et la politique française, perpétuaient et envenimaient tant d'autres désaccords entre la France et le Saint-Siège. Nous voulons parler des revendications poursuivies par les ducs de Parme sur les territoires de Castro et de Ronciglionc et par les ducs de Modène sur les vallées de Comacchio. Ces difficultés ayant contribué à l'interruption des rapports diplomatiques officiels, et de plus étant étroitement liéesà la suite de not re récit ainsi qu'à son dénouement, nous devons en exposer aussi rapidement que possible les origines et la situation à l'époque dont nous écrivons l'histoire.

1. Voir, sur la mission <]<• M. de Lionne à Rome, fourrage déjà cité de M. Valfrey, liv. II.

Les ducs de Parme, Alexandre, Ranuce et Odoard Farnèse, avaient ii la fin du xvic et au commencement du xvnc siècle, contracté à Rome, sous forme de monts *, une série d'emprunts auxquels ils avaient affecté comme garantie plusieurs domaines du duché de Castro 2 et le château de Ronciglione 3. Sur cette garantie, la dette des Farnèse s'éleva peu à peu à un principal de 1 291 000 écus, exigeant un intérêt annuel de cinquante mille écus et dix mille pour l'amortissement. Or il arriva que les ducs de Parme et leurs fermiers de Castro, pressés d'argent, négligèrent les payements, ce qui amena le Saint-Siège, sous le pontificat d'Urbain VIII, à soutenir la cause des créanciers, même par les armes : en 1641, les troupes pontificales s'emparèrent de Castro à titre de gage; la ville fut rendue en 1642, puis, après de nouvelles contestations, reprise par Innocent X, et enfin cédée ainsi que Ronciglione au pape, mais sous clause de réméré pendant huit ans. Innocent X étant mort sur ces entrefaites, et le duc de Parme Ranuce II 4 n'ayant pas racheté son domaine, tant

1. Le système des monts ou monts de piété était en usage dans l'Etat pontifical depuis le règne de Clément YII qui, le premier, en 1526, institua cette forme d'emprunt garanti par une branche de revenus. Les monts devinrent une administration publique placée dans les attributions de la Chambre apostolique, ce qui explique l'intervention ultérieure de cette Chambre dans l'affaire de Castro.

2. Le duché de Castro, dont la capitale était la ville de Castro, place forte alors et évèché, est situé dans les environs de Yiterbe. Roncigliqne en est une dépendance. Ce territoire important, à la frontière de l'Etat pontifical, avait pour le Saint-Siège une valeur politique et stratégique, tandis que les ducs de Parme dont les possessions en étaient fort éloignées n'y trouvaient qu'un avantage financier. Ils en tiraient en effet un revenu annuel de 93 000 écus.

Les Farnèse étaient maîtres de Castro depuis 1537, époque où Pierre- Louis, fils de Paul III Farnèse, l'avait reçu de son père en échange de la ville de Frascati, son domaine. Les bulles du pape qui avaient consacré cette convention contenaient cette clause singulière que le duché de Castro relevant du Saint-Siège, ne pourrait être aliéné, vendu, ni confisqué au préjudice des héritiers, mâles ou femelles, légitimes ou illégitimes de la maison Farnèse. (Voir, pour ces détails historiques, Recueil des Instructions données aux ambassadeurs de France. Rome, I, p. 45 et suiv.)

3. Ronciglione est situé sur le lago de Vico, au sud de Yiterbe.

4. Ranuce II, fils d'Odoard Farnèse, né en 1630, duc de Parme en 1G4G, mort en 1694.

par suite de ses embarras financiers que des obstacles suscités par le Saint-Siège à l'acquittement de cette dette ' qui en était arrivée alors à seize cent mille écus, ce prince sollicita d'Alexandre VII, en 1658, une prorogation du terme de huit années. Ce fut alors que la France intervint.

Ses motifs étaient plausibles. Elle désirait consolider sa situation assez médiocre en Italie : Milan et Naples appartenaient à l'Espagne, la Toscane était à peu près inféodée au cabinet de Madrid, Venise préoccupée uniquement de ses intérêts dans le Levant, le Saint-Siège défiant, réservé, presque ennemi. Au contraire les ducs de Parme et de Modène cherchaient à se rapprocher de la France, le premier dès le temps de Richelieu, le second plus récemment, surtout ii l'époque du conclave d'Alexandre VII. On pouvait donc estimer habile d'évoluer de leur coté si l'on voulait reprendre pied dans la Péninsule. Mazarin espérait trouver chez eux un élément d'influence utile à notre action européenne, voisin de notre frontière, susceptible d'atténuer dans une certaine mesure la puissance excessive de l'Espagne en Italie et les ressources du Saint-Siège, enfin, un prétexte d'immixtion éventuelle dans les affaires de la Péninsule 2.

D'autre part, les choses se trouvaient, sous le règne d'Alexandre VII, dans le pire état pour la maison de Parme qui voyait arriver l'instant où, faute des payements convenus, son droit de réméré deviendrait caduc. Un tel résultat était ruineux pour ses intérêts : les territoires de Castro et Ronciglione étaient évalués, en cas d'aliénation, à cinq millions d'écus, et, faute d'en pouvoir payer seize cent mille ît la Chambre apostolique ou d'obtenir une prolongation du délai, elle allait les perdre sans retour 3.

1. D'une part il avait été stipule que le rachat aurait lieu par un seul payement ; de l'autre, le Saint-Siège, qui avait tout intérêt à garder Castro, ■'efforçait d'ôterau duc de Panne les moyens de trouver L'argent nécessaire.

(Voir- Recueil des l/is/i ne/ ions, etc., /oc. cit., p. 49.)

•'. Voir, sur cette situation, Hugues de Lionne, par Valfrey, p. 12 et suiv.

3. Les liens de la maison de l'amie avec la France avaient rie resserrée

10 L AMBASSADi: DO DUC DE CREQt

Le cabinel du Louvre, comme on 1 a vu, n'était guère en mesure alors, ses relations régulières avec le pape étant interrompues depuis quatre années, de donner au due de Panne un concours diplomatique bien efficace. Cependant,

en 1058, il voulut tenter un effort en sa faveur, et il envoya à Rome le sieur Jeure Millet, sous-gouverneur de Monsieur, frère du roi, pour demander soit la prorogation, soit le droit d'aliéner certains domaines du duché de Castro jusqu'à concurrence de la dette *. Cette mission ne fut pas heureuse, le Saint-Siège désirait trop garder Castro pour agréer des négociations surtout avec le gouvernement français dont il était mal satisfait : M. Jeure Millet, après trois audiences du pape, ne put rien obtenir 2. Cet échec, qui fut sensible à la Cour de France, vint s'ajouter aux causes diverses qui retardaient l'envoi d'un ambassadeur à Rome, mais sans décourager d'ailleurs la bienveillance de Mazarin pour la maison de Parme.

La seconde revendication territoriale discutée entre la France et le Saint-Siège était celle de Comacchio. Le cabinet du Louvre n'en prenait pas moins de souci que du différend de Castro : pour les mêmes raisons qui dirigeaient sa conduite envers Parme, il tenait à s'attacher le duc de Modène qui réclamait ce territoire ou un équivalent. Le cardinal était d'autant plus favorable aux préten-

en 1GG0 par le mariage du duc Ranucc avec une cousine germaine de Louis XIV, Marguerite-Yolande, fille du duc de Savoie et de Madame Royale, fille de Henri IV. Cette union fut de courte durée ; la duchesse Marguerite mourut en 1663.

1. La mission du sieur Jeure Millet est de juin-août 1658. La relation de cet agent est aux Archives des Affaires étrangères. Rome. 133.

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