‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 61 sur 268 · Mme de Seudéry à Bussy, 17 juin · texte numérisé non relu

Mme de Seudéry à Bussy, 17 juin

2. Saint-Simon, Ecrits inédits, déj. cit., p. 149 et 153, t. VI.

3. La première de ces épigrammes est relative à une observation assez malencontreuse de M. de Créqui sur le personnage d'Oreste.

« Créqui prétend qu'Oreste est un pauvre homme Qui soutient mal le rang d'ambassadeur; Et Créqui de ce rang connaît bien la splendeur : Si quelqu'un l'entend mieux je Tirai dire à Rome. »

La seconde renferme une allusion un peu risquée au peu de galanterie qu'on attribuait à M. de Créqui :

« Le vraisemblable est peu dans cette pièce, Si l'on en croit et d'Olonne et Créqui : Créqui dit que Pyrrhus aime trop sa maîtresse, D'Olonne qu'Andromaque aime trop son mari. »

Ces deux épigrammes sont postérieures à l'ambassade du duc de Créqui à Rome, Andromaque ayant été représentée en 1G67.

et prudentes. Il est certain qu'en le nommant à Rome, Louis XIV avait la pensée d'envoyer au Saint-Père un homme de valeur, capable à la fois de bien défendre ses intérêts, et de rétablir les bonnes relations de la France avec le Saint-Siège.

On ne saurait nier toutefois qu'il aurait dû tenir plus de compte, avant de prendre cette décision, du caractère de M. de Créqui. Il était resté à ce personnage, de ses anciennes allures, un fond de brusquerie, de raideur et d'arrogance, un souci exagéré de ses prérogatives. Ce n'est pas tout à fait sans raison que les historiens de la Cour de Rome le dépeignent « comme hautain, emporté, fier,... d'une intelligence peu ouverte » *. M. Chantelauze, dans son livre sur le cardinal de Retz, cite M. de Créqui comme « un homme de guerre, rude, hautain et sans souplesse » 2. Ce jugement n'est pas tout à fait exact, car le nouvel ambassadeur était plutôt un courtisan qu'un soldat, mais il v a certainement du vrai dans ces diverses opinions : « c'était un homme d'un naturel fier et dont la figure ne démentait pas le naturel », écrit un contemporain qui dit encore : « la gloire était peinte sur son visage », et plus loin: « tout ce qui lui manquait, c'était de s'humaniser davantage;... il était superbe avant d'être ambassadeur et le devint encore davantage lorsqu'il fut revêtu de ce caractère » 3.

M. de Créqui eut le tort de donner créance à ces assertions malveillantes, dans l'esprit du nonce, dès les premiers jours qui suivirent sa nomination. Ce dernier s'empressa d'écrire à sa Cour : « Je n'ai pu découvrir s'il a de bonnes dispositions. Lorsqu'il fut désigné pour l'ambassade, je lui envoyai un de mes domestiques * pour le féliciter : mais

1. Recueil des Instructions, déj. cit. (note de la page (.)8).

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