A. É., Rome, VI, 147, f° 61, et supplément, 149, f
2. A. É., Rome, III, 144, Bourlemont à Lionne, 27 février 1662. f° 88. — M. de Bourlemont était l'auditeur de Rote pour la France. Nous indiquerons plus loin la naissance et la biographie de ce personnage, qui a joué le plus grand rôle dans les événements dont nous écrivons l'histoire.
à se plaindre des serviteurs du roi » s'ils lui celaient cette situation, car il serait ensuite « trop tard pour y remédier, l'estime se formant ici dès la première vue ». L'abbé Benedetti s'exprime dans les mêmes termes : chargé d'une grande partie des préparatifs, il y apporte, dit-il, « la plus exacte attention et la plus stricte économie », mais cependant il faut faire les choses « en rapport avec la grandeur du caractère dont M. de Créqui est revêtu et avec la réputation de la France » '. Il traite donc avec grand soin la question des gens de la suite et surtout celle des car-
rosses.
En ce qui concerne les domestiques, il déclare qu'il ne faut point excéder la mesure : on avait fait courir le bruit que M. de Créqui voulait cent personnes de livrée : ce chiffre lui parait exagéré, mais voici ce qu'il propose comme le plus modeste état de maison qu'on put avoir : « il suffira, dit-il, de 24 estaffiers, 12 ou 14 laquais, une douzaine de cochers et 15 ou 1(3 pages » 2, c'est-à-dire environ soixante-dix serviteurs. Dans ce nombre n'étaient pas compris la basse domesticité, les gens de cuisine et d'écurie, non plus que les femmes destinées au service de l'ambassadrice. Il n'indique donc qu'un minimum, et, d'après les détails que nous aurons à citer plus tard, il y a tout lieu de croire que la maison de l'ambassadeur fut beaucoup plus nombreuse que l'abbé ne l'avait prévu. Au surplus, il n'insiste pas là-dessus, mais le point capital paraît avoir été la splendeur des équipages et principalement des carrosses. M. de Bourlemont tenait surtout à ce que M. de Créqui ne fit pas moins que l'ambassadeur d'Espagne, don Luis Ponce de Léon, qui avait comblé d'admiration le peuple de Rome par la magnificence de ses voitures d'apparat. Il s'entendit à cet égard avec l'abbé Bencdetti et avec M. de Luzarche 3, se procura une liste
1 \ É., Rome, NI, 144, Bcnedetti a Lionne. 27 février 1662, F 69. ..' \ v Romej il. L42, Benedetti ù Lionne, L3 décembre 1661, f° 174. :;' m. <\r Luzarche était Le maître de chambre des ambassadeurs.
des carrosses qu'avait fait faire le représentant do S. M. Catholique, et, d'après elle, régla le nombre et le détail de ceux que devait produire l'envoyé de France. Les informations qu'il donne ici sont Tort curieuses : « Je vous avoue, Monseigneur, écrit-il à M. de Lionne, que les carrosses dont usaient autrefois les ambassadeurs des Couronnes, d'un velours plein et tout uni sans dorure, à peine bastent-ils (suffisent-ils) à présent pour les résidents des petits princes. Les neveux et parents des deux derniers papes f et de celui d'à présent ont porté les choses à cet excès, et ayant fait alliance avec les maisons des barons romains et des autres papes défunts, ils ont réveillé leur ambition de telle sorte que le connétable Colonna, les ducs Bracciano, Bassanello et autres, voyant les superbes carrosses des Palestrina, Pamphili et Borghèse et des parents du pape d'à présent, ont voulu encore en avoir de tels et ont obligé les ambassadeurs de ne point marcher par Rome en moindre équipage qu'eux. Les cardinaux même se sont laissé emporter au torrent, et les cardinaux Antoine et d'Aragon ont fait faire depuis peu des carrosses
de 4 à 5 mille écus pièce C'est pourquoi l'ambassadeur
d'Espagne, comme bien informé de l'état de cette Cour, quoique, de son chef, il soit pauvre cavalier, a toutefois lait les derniers efforts pour avoir les plus beaux carrosses qui se voient ici, et quoique sa Cour 2 soit très médiocre n'ayant que petit nombre de gentilshommes et ne fasse aucune table 3 et que sa livrée soit assez simple, toutefois l'apparence de ces superbes carrosses où il se fait voir au jour de ses audiences lui a acquis la réputation d'avoir
1. Les princes Barbcrini, neveux d'Urbain VIII, et les Pamphili, parents d'Innocent X.