Ibid., Créqui à Lionne, même jour, f° fcO
leur patron, arrivaient et se retiraient avec lui. Tel était auprès de M. de Créqui l'historiographe Régnier Des Marais, rédacteur accoutumé de ses dépêches, dont nous avons parlé plus haut S et M. de Grifolet, qu'il recommande depuis à M. de Lionne comme ayant « toujours fait paraître beaucoup de zèle et de chaleur »2. Les gentilshommes de la suite prenaient part également, sans attribution spéciale ni rang déterminé, au travail de chancellerie aussi bien qu'à la représentation extérieure. Mais il arrivait quelquefois que l'ambassadeur trouvait à son poste soit des Français acclimatés depuis longtemps dans la résidence, familiers de l'ambassade, et assez expérimentés pour qu'il y eût avantage à utiliser leurs services, soit des personnes du pays, de condition moyenne, attachés a la France par des circonstances politiques, des traditions de famille ou les bienfaits du roi, agents intermédiaires et factotums zélés, auxquels, suivant leur mérite et l'ancienneté de leur dévouement, on pouvait donner un titre officiel ou de courtoisie. M. de Créqui rencontra précisément à Rome deux Italiens dès longtemps fidèles serviteurs de l'ambassade, connus personnellement de M. de Lionne et en correspondance avec lui : l'un était M. Vagnozzi, informateur actif, en général assez sûr, mais malveillant pour le Saint-Siège. M. de Lionne en faisait beaucoup de cas, estimant, ce qui était vrai, qu'il connaissait à merveille les procédés et les « dessous » de la Cour de Rome. Il l'avait recommandé à M. de Créqui par un billet du 4 mai, en ajoutant même : « Je vous prie de lui faire savoir en arrivant que je vous ai parlé fort avantageusement de lui » 3. L'ambassadeur l'adjoignit aussitôt à son secrétariat, et en rendit bon compte à Paris : « J'ai vu, écrit-il au ministre, le sieur Domenico Vagnozzi, que je trouve fort
1. Saint-Simon dit de lui : « H avait passé presque toute sa vie dans l'hôtel de Créqui : il était fort répandu et bien reçu dans les meilleures compagnies » (t. XX, p. 81). .
2. Lettre particulière de Créqui à Lionne, 12 janvier 1C.63, A. h., Home, VIII, 154, I" 1'..
:?. A. É., Rome, suppléments 151 et 153, f" 3.
honnête homme et qui mérite la considération que vous
en faites. J'aurai pour lui toute celle que je dois à ce qui m'est recommandé de votre part \ » L'autre, d'un ordre plus élevé et depuis fort longtemps dans l'intimité de l'ambassade, était l'abbé Elpidio Benedetti. Ce personnage chargé, depuis 1634 *, des affaires personnelles de Mazarin à Rome 3, était investi de toute s;i confiance et de celle de Colbert. Dès 1651, ce dernier le citait dans ses lettres au premier ministre comme un agent également connu de tous deux, et fort utile soit pour les transmissions pécuniaires, soit pour les achats d'oeuvres d'art, soit pour les renseignements politiques 4. Il faisait en quelque sorte partie du personnel, et l'on a vu plus haut qu'il eut à s'occuper de l'installation de M. de Créqui et des préparatifs de sa réception. Le roi voulait, pour le récompenser, le pourvoir de l'abbaye d'Aumale, mais Alexandre YII se refusa constamment à y consentir, sans doute par une tenace répugnance envers un familier de Mazarin 5. L'abbé Elpidio fut alors pensionné par le cabinet du Louvre, et, quelques mois avant l'arrivée de M. de Créqui, il avait reçu le brevet officiel de secrétaire italien de l'ambassade de France G. Sa correspondance avec M. de Lionne qui le citait comme « un de ses meilleurs amis » ', était extrêmement active et