‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 3 sur 16 · LA COUU PONTIFICALE AVANT L* AMBASSADE DE CRÉQUY · texte numérisé non relu

LA COUU PONTIFICALE AVANT L* AMBASSADE DE CRÉQUY

qui était alors à la campagne, quitta plus tôt que de coutume Tair salubre de Castel Gandolfo et accourut au milieu de son peuple, (( afin de pourvoir à la sûreté de la ville, après avoir fait mettre des gardes aux frontières et sur la côte pour empêcher la communication » (1). Les tribunaux, les collèges se fermèrent; les fonctions publiques furent suspendues: le pape continua de recevoir les ambassadeurs, les cardinaux^ ses ministres, ses domestiques. Le P. Duneau écrivait (2) : « Tandis que le mal sera violent à Naples comme il est, on sera toujours obligé de faire d'extrêmes diligences on celte ville pour la préserver. Le pape sortit deux fois la semaine passée et alla quelque temps à pied par la ville, et ce matin encore il est sorti, ce qui a été fort agréable au peuple... »I1 visita et bénit sur son lit de mort l'ambassadeur de Venise, Girolamo Giusliniani, qui fut emporté par la contagion le 13 août (3). L'épidémie ne décrut qu'à la fin de Tannée, après avoir fait dans Rome plus de neuf mille victimes (4). Tant qu'elle sévit, le pape ajourna les grâces et les honneurs qu'il destinait à sa famille. Des Français écrivaient de Rome à Mazarin : « Il diffère la promotion de son neveu au cardinalat, jusqu'à ce qu'on soit hors du danger qui menace Rome. Il dit que, tant que le peuple sera dans les misères dont il est affligé présentement, il ne pensera pas de faire aucune réjouissance dans sa maison, ni d'augmenter le train de ses parents, qui est maintenant fort médiocre... — Sa Sainteté s'est résolue de ne rien faire pour les siens, non pas même d'ajouter un seul estafier à leur train, durant tout ce temps calamiteux (5). »

DonFlavio ne fut promu cardinal que le 9 avril 1657, et c'est à cette époque seulement que la famille entra en possession de son nouveau rang. Aussi Corraro a-t-il raison de dire que le pape avait tenu ses parents éloignés quasi per due

(1) Daneau et Thoreau à Mazarin, 22 mai 1656. Rome^ 131.

(2) 17 juillet 1656. Rome, 131.

(3) Relazioni, t. II, p. 494.

(4) La peste décroît depuis la Saint-Martin. Cette semaine, il y a eu à Rome 262 morts; la précédente, 352 ; celle d'auparavant, 622 ; en tout, de neuf à dix mille. Le pape ne veut pas faire la promotion de don Flavio durant les présentes calamités. (Duneau à Mazarin, 18 décembre. Rome, 131.)

(5) Thoreau et Duneau à Mazarin, 25 septembre. Rome, 131.

anni (1). Le jeune clerc ne quitta Sienne qu'après avoir parcouru le cercle entier de ses études; c'est là que, « après Texamen accoutumé )>, il avait pris le degré de docteur es lois. Il avait reçu Tabbaye de Montelupone, et l'on remarqua que son oncle, « qui pouvait lui donner beaucoup d'autres abbayes vacantes par la mort de don Pedro Colonna, frère de don Prospero, avait choisi celle-ci, bien que d'une valeurmédiocre, parce qu'elle était dans TËtat ecclésiastique et que les autres étaient au royaume de Naples, ne voulant pas que les siens eussent aucun engagement avec les Espagnols. » Il était entré ensuite au noviciat des Jésuites, pour s'y préparer à recevoir les ordres (2). Lorsqu'il devint cardinal padrane^ surintendant général de l'État ecclésiastique et légat d'Avignon, Alexandre VII lui conféra un certain nombre des bénéfices qui lui permirent de tenir avec la splendeur convenable la seconde place de Rome. — Don Mario, son père, fut nommé général de Sainte Église et gouverneur du Borgo ; et don Agostino, son cousin^ eut la surintendance du château Saint-Ange. — Le cardinal Flavio était-il, comme le prétend Chantelauze, cet « homme léger, sans la moindre portée, qui fuyait les aiïaires difficiles pour s'appliquer à peine à celles qui ne l'étaient ])as, et qui n'avait de passion que pour certains plaisirs dont l'ambassadeur vénitien Corraro aurait donné les scandaleux détails »? La véritable Relazione n'a pas un seul mot qui autorise de pareils soupçons (3), ni môme qui fasse allusion à des bruits défavorables: elle confirme, au contraire, tout ce que j'ai lu sur ce cardinal, qui demeura jusqu'au dernier jour de sa longue vie l'un des membres les plus considérés dusacré collège. « Il a l'intelligence prompte, dit Corraro; il pénètre sans fatigue jusqu'au fond des affaires, et les dirigerait avec une babileté plus qu'ordinaire ; mais il n*ose rien entreprendre de son chef, craignant toujours de faire quelque chose contre le gré

(1) Reiazioni, t. II, p. 198.

(2) Duneau à Mazario, 8, 15 et 29 mai 1656. Rome, 131 et 132.

(3) L'ambassadeur vénitien Pielro Basadonna, second successeur de Corraro, et qui passa cinq ans à Rome, déclare expressément que les mœurs de ce cardinal étaient irréprochables : nelli costumi^ non sa che ci sia da riprendere, {lielazioniy t. 11, p. 265.)

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de son oncle... » Le pape exigeait qu*il assistât à tous les conseils, mais sans lui laisser libère le redini per la direttione de' negotiij tutto voleiido che passiper sua mano (1). Ainsi^ ce n*est pas le plaisir, ni riuapplicaiion,ni Tincapacitéqui écarte ce prélat du gouvernement, mais sa modestie et le désir de complaire au pape, qui était d'ailleurs, de toute la cour, Thomme le mieux instruit des affaires de la chrétienté. Est-il besoin d'ajouterque Tambassadeur vénitien atteste aussi son intégrité? L'ambassadeur espagnol fut chargé d'offrir au cardinal neveu une pension secrète de 12,000 écus; ma mcontro constanlissima ripugjianza nel riceverla {2).

Sagredo, qui vint après Corraro, atteste comme lui qu'Alexandre YII ne laissa aucun membre de sa famille exercer une influence personnelle sur le gouvernement (3)* Le pape lui dit un jourqu'en sept ans ses dons n'avaient pas dépassé 700,000 écus romains : c'est avec cela que ses parents avaient acheté la maison de Rome et le petit fief de Farnèse, fait le mariage de don Agoslino, et constitué au profit de ses deux filles un fonds particulier dont les intérêts accumulés formeraient leur dot. Le palais de Rome avait servi d'habitation au feu cardi-* nal Bragadino, renommé pour sa simplicité : Alexandre VII voulut que son frère et ses deux neveux, don Agostino et don Sigismondo, y vécussent ensemble, quelle que fût son incommodité, surtout pour don Mario et dona Bérénice, l'un et l'autre presque septuagénaires et obligés d'occuper le second étage. Uona Bérénice eut une audience du pape, à son arrivée de Sienne, et ne serait jamais revenue à ses pieds si, à l'occasion du mariage de don Agostino, elle n'avait dû lui présenter la jeune femme de son neveu : c'est aussi la seule fois que cette princesse ait paru devant lui jusqu'à ce jour. On ne les avait pas revues au palais, ni pendant les maladies du pape, ni pour une autre cause^ et quand elles voulaient apercevoir le saintpère, elles se mettaient en carrosse et allaient, avec les autres dames, se ranger dans les rues sur son passage, pour recevoir

(1) Relazioni, t. Il, p. 220.

(2) Relazioni, t. II, p. 212.

(3) « Ba teauU lontam i meJesimi pareoti da ogai maoeggio ed aatorità. » (T. II, p. 236.)

sa bénédiction. II n'avait pas encore permis qu'on amenât les enfants de don Agoslino (1). — Sagredo crut remarquer, avant son départ, un peu plus de faiblesse chez Alexandre. « Comme le pape, dit-il, ne s'est imposé cette contrainte que par une disposition vertueuse et en faisant violence à ses inclinations naturelles, on ne doute pas qu'il n'en souffre beaucoup, et que Tamour de sa famille, le désir de la placer au même rang que celles de ses prédécesseurs ne luttent perpétuellement dans son âme avec l'engagement qu'il a pris devant le monde et la délicatesse de sa conscience : aussi fait-il aujourd'hui à ses parents toutes les largesses qui lui paraissent compatibles avec ses scrupules. » La calomnie commençait son œuvre : on parlait avec malveillance de libéralités excessives, grevant même les bénéfices ecclésiastiques, — de l'extension donnée au palais de la place Colonna, — et de quelques acquisitions nouvelles (2).

La peinture des Chigi, tracée par Basadonna, contemporain deTambassade de Créquy, prouve que le souverain pontife ne cessa jamais de les tenir dans une sujétion étroite, et que ni l'administration des Etats romains, ni le gouvernement de

(1) « CoD quelli compraroDO la casa, fecero Tacquisto di Faroese, il matrimonio di don Agoslino, e, nate a qucsto due féminine, si ë fatto un fondo che

servapoidi moltiplico per la lorodote, eqnesto è quanto afferma aver dato

La vcrità ë chc, sino al partir mio da lloma, in sette anni di ponHfieatOy questi nipoti non ave^ano acquistnto allro che Farncse, e giudicarono nece8sario« per averti un titolo di discorrcrc il matrimonio di don Agostioo, che è una bene inscusibile rendita, cd una casa in Rome cost moderata che ha servito di abitHzione al fu gia cardinale Bragadino; ed ha voluto il pontifice che il fratello ed umbi 11 nipoti Yivano in cssa uniti, e dirô anche con molto rigore, perché toccaudo a don Mario e a dona Bcrcnice, quasi setluagenari^ fjli appartamenfi alli^ ed ai quali si ascende per sei scale, ha comandafo ne soggiaciano alCinco^ modo. » Malgré les agrandi^seuieuts et euib<'llissemeuts postérieurs, il faut encore monter les sei sr.ale pour arriver au second étage. — n Donna BereDice vide una volta il pupa quando vcnne da Sienuu, » etc. (Relazioni^ t. H, p. 236.)

(2) Sagredo, p. 237 : 'c Ver.) è che siccome il papa opéra ed ha operato quauto ë predetto, per eUetto di una disposizione bisogna dir viritiota, ma cerlo viucendo la sua incliuazione naturale, cosi si crede che egli in cid pa* tisca noUibilmeutei e che faccluo una <<uerra continua, nel sao animo, latenerezza sua verso la casa ed il desiderio di vederla ascesa a quel poste di graadezza al quale sou le allrc ponlificic, colT impe^^uo in che ë posto nel moodo o coir obbligo forse auco délia sua coscieuzn, cheperciô tutto qaelloche egU crede poter farc, con salvezza di questi rispetti^ va orà con larga mano cod« tribuendo... »

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rÉglise ne souffraient de leur élévation. Le successeur de Sagredo (1) fait le plus bel éloge d'Alexandre VII et du cardinal r neveu en blâmant le pape de ne pas donner assez de pouvoir et de liberté a,n padrojie^ et celui-ci de ne pas secouer le joug, dût-il faire crier son oncle [gridare suo zio) (2). — « Don Mario, ajoute-t-il, ne se mêle que des affaires concernant son emploi : aussi les étrangers ont peu de relations avec lui. Le pape ne le consulte sur rien d'important. C'est un vieillard prudent, parlant peu et par proverbes, à la florentine; sincère, porté naturellement au bien plus qu*au mal, et^ quand il n'a pas d'intérêt, prêt à servir chacun. Il ne s'entend à faire que de petits gains, et le peuple croit qu'il en fait de grands. Il sera plus décrié et moins riche que beaucoup d'autres. Dona Bérénice est une sage et sainte dame, venue à Rome pour faire

(i) Sagredo, ambassadeur d'obédience en 1635; ordinaire, de 1660 à 1661. — Basadonna, ambassadeur ordinaire de 1661 à 1663. — Le compilateur italianissime des Relazioni déclare que la relation aulhcntique de Basadonna porte la mention accoutumée : Lue en Pregadi le 18 mai 1664 (t. II, p. 259). Or l'ambassadeur de France à Venise, qui était alors M. de Bonsy, évèque de Béziers, écrivait le 3 mai 1664 à Lionne : « Monsieur, il y a longtemps que MM. Grimani et Bassadone firent la relation au sénat des cours de France et de Rome ; mais ils ont différé à en laisser les copies dans les registres, pour les conserver plus secrètes. Celle de France, à ce qu'on m'a dit, est entièrement à la gloire du roi et de tous ceux qui ont part au gouvernement de l'État, et a été assez estimée et trouvée véritable. L'autre, comme faite par un esprit plus subtil et coticettoso, m'a fait appliquer avec plus de soin pour la recouvrer. » Je vous envoie les seuls fragments que j'ai pu obtenir, « qui vous délasseront de vos plus grandes occupations et vous feront connaître que l'intention du personnage est telle que je vous ai mandé souvent, en attendant que je puisse la recouvrer entière et comme il Ta lue eu Pregadi, où elle a été baptisée de salira conlinua e mordadssima ; et il a dit à ses amis qu'il ne voulait pas qu'on la lui imprimât en Hollande, comme celle du Corraro. » [Venise, 84.) Les fragments envoyés par M. de Bonsy n'ayant pas été conservés avec sa dépêche, ou du moins ayaut échappé à mes recherches, je n'ai pu vérifier s'ils appartiennent à la relation authentique ou au pseudo-Basadonna. On se rappelle que le même incident s'était produit pour la relation de Corraro. — Quoi qu'il en soit, il résulte évidemment de la lettre de M. de Bonsy que l'ambassadeur Basadonna passait pour malintentionné envers le saint-siège : ses aveux favorables au pape Alexandre VII n'ent ont donc que plus de prix.

(2) « Il pipa perô, che prétende di soddisfar il mondo col tenerlegati li suoi, mortifica l'abilità del signore cardinale, lo fa sostener il nome di nipote régnante, ma gli prohibisce gl'effetti e sebbene questo poirebbe usurparsi il dominio e lasciar gridare suo zto, come hanno fatto degl' altri, ad ogni modo è cosl poco avido d'afifaticar ne! negotio... » (T. II, p. 266.)

oublier dona Olympia ; tout entière au goaYememenl de sa maison; d^une dévotion exemplaire, qu'elle témoigne en visitant les églises comme une personne privée; et, si ce n'était m péché de désirer la mort du pape, elle voudrait se dérober aux ennuis de sa grandeur présente, retourner à Sienne et vivre dans SCS vignes au milieu de ses filles et de ses religieuses. * — Don Âgostino ne s'ingère en quoi que ce soit ; il mène la vie d'un cavalier et se divertit, sans mériter ni louange, ni bUme. La princesse Farnèse, sa femme, ne pense qu*à l'éducation de ses enfants et Ton ne parle jamais d'elle à la cour. — Don Sigismondo, âgé de seize ans> d'un esprit très vif, poursuit ses études avec distinction, et parait le plus heureusement doaé de la famille (1). — Des deux Bichi, fils d'une sœur utérine, l'un, le prélat Antonio, « buonissimo huomo », est devenu cardinal, Tautrc^ le prieur Bichi, commissaire des galères^ bien pourvu d'ailleurs, ne désire ni pouvoir^ ni places^ et s'appelle lui-même un neveu de province. Il se tient, comme un pauvre gentilhomme, dans l'antichambre du pape^ et attend qa*iIsoit appelé. Beaucoup croient qu il est consulté avec don Mario : il n'en est rien. Le pape s'enferme avec eux pour se livrer aux douceurs d'un entretien intime (2). — Ici Basadonna fait une réilcxion profondémentjusto. Les soins queprend Alexandre VII pour rendre impossible à ses parents tout excès de pouvoir nuisent à leur réputation. Si dans d'autres temps, dit-il, on a été plus indulgent pour des neveux qui s'enrichissaient scandaleusement aux dépens de la Chambre apostolique, qui commettaient des violences et d'autres actes inconnus aujourd'hui.

(1) Élevé AU cardinalat par le siiccessenr de son oncle, il moarut très Jeime encore, mais après avoir tenu toutes les promesses de ses premières amiées. De mmurs très pures, érudit et lottré, il remplissait dignement de grandes eharges. 11 était eu correspondance avec Bossuct, qui lai témoignait beaucoup d'estime et d'amitié, et quand la mort le frappa, il préparait une traduction italienne de VExposition de la foi. V. Bossuet, édit. Lâchât, t. XXVI, p. 150^ 155.

(2) Basadonna, p. 267. « ... Anco di questo priore [Bichi], come di don Mario, s'ingannano molti supponendo chc il ponteflce consnltl con lai; perché oltre qualche colpo che potesse dar di passaggio, non ë mai chiamato, ne entra mai di proposito in materia veruna, e Vho esperimenlato negli affàri di Frnncia... » Cette déclaration est extrêmement importante, et on devra se la rappeler lorsqu'on lira les étranges accusations portées par Lonls XIV contre Alexaudre VII et se» parents.

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c'est qu'on les regardait comme les appuis nécessaires du principal; qu'ils s^assuraient le secours d'amis et de clients auxquels ils prodiguaient des faveurs^ et que la crainte inspirée parleur pouvoir imposait silence à leurs envieux. Au contraire, les Ghigi, exclus des affaires, sont considérés comme des gens venus à Rome pour y apporter la disette, odieux parce qu'ils pourraient avoir du crédit, et méprisés parce qu'ils n'en ont pas (1).

Tout en prévenant le retour des anciens abus, Alexandre VII se gardait bien de juger trop sévèrement les papes qui les avaient tolérés^ car il savait de quels périls ses prédécesseurs avaient été menacés par l'or et par les intrigues des princes étrangers, par la turbulence et l'infidélité traditionnelles des barons romains, par l'ingratitude et par l'ambition de certains cardinaux; il se rappelait que le dévouement de leur famille avait été le plus souvent le plus sûr rempart de leurs personnes etdeleurÉlat.AlexandreVIIauraitétébienexcusable de confier à ses parents une plus grande part de pouvoir; car, quelque attention qu'il eût apportée au choix de ses ministres, le premier d'entre eux lui causa une cruelle déception, dontle sécréta été conservé dans des documents inédits, du caractère le plus authentique. En sortant du conclave, il avait désigné pour secrétaire d'État, puis décoré de la pourpre, le prélat Giulio Rospigliosi, dont tout le monde, à Rome et au dehors, vantait l'irréprochable intégrité, les mœurs très pures, les intentions excellentes, et qui relevait ces mérites par une rare modestie et par une affabilité sans pareille (2). Humaniste

(1) Page 268 : « D*onde proviene cbe se, ia altri pontiûcati, portavano U coDgianU peso alla Caméra, se davano scandalo cou gl' acquisti, se erano anco beu spesso con le violenze importuni e se facevano taoti altri mali cbe quesU non fanno, ad ogoi modo percbè operavano, erano toUerati, si stimava cbè fossero appoggi necessari délia reggeoza, facendo gratie a gli amici e dipendenti si presidiavano, e coll' esser conosciuti autorevoli, impouevano freno aile lingue, ne osava il livore armarsi contro di ioro. Dove ail' iucontro li Chigi, eiclusi dalle faccende e tenute in guisa di figliuoli, a Roma, sono cousiderati corne persone venute a far carestia, hanno Codio perché possono esser potenli, ed il disprezzo perché non lo sono. »

(2; Page 269. « Non ci è, ne in Roma, ne fuori, cbi lo conosca, e non lo repuU un specchio d'integrità, di costume ionoccnte, e dclla maggior intentioue del mondo, parti lutte tre nalurali di Rospigliosi, cbe ricevono perfezioue mira-

émincnl, et remarqué autrefois par le savanl Urbain VIIL Rospigliosi était égal aux plus habiles dans le iBaniemeat des affaires, supérieur à tous par sou amour de la justice et de la loyauté. On disait de lui que, si son opinion eût été plus souvent suivie, Alexandre YII se fût fait plus d'amis et moins d*envieux. Cependant peu à peu, à la surprise de tous, le pape retint pour lui-même une plus grande part du gouvernement. Des malintentionnés répandirent le bruit que, jaloux de son ministre^ il le soupçonnait d'aspirer à lui succéder. La vérité est que Rospigliosi, par Tentremiso d'un ancien pensionnaire de Mazarin, Atto Melani (i ), s'était prôté à une correspondance secrète avec la cour de France, en vue de s'assurer, dans un

bile da ana siogolare modestia, e da un tratto affabile seoia pari. Nei ntndi ha proûttato assai ia quello délie lettere humaue, acquistando con esse Taj»plauso délia corte e la gratia d'Urbano, chêne traeva particolore diletto ; nelli maneggi politici sa tanto che comparisce bene con gli altri, ma fra tatU s*estolle^ per la giustizia e rettitudine con che si dirige; è ia ogni parte del suo mioisterio attentissimo, neir applicatione indefesso; sooo cauti i consigU^ modéra te le massime, e se con esse si regolasse il governo, più pariiali e meuo malevoli assal havrebbe il pontefice. Pen) condition! tanto preclare, che lo fanno ammirare da tutti, ad Alessaodro lo rendono odioso, appreDdendo ehe con quest' arU vadi guadagnando favori, e mediti al ponlificato dopo dl loi, onde dériva che gli ha levata la couiideuza del tutto, etc.. »

(1) Le musicien Âlessandro, et familièrement Atto, Melani, oa\e ngnore AliOy originaire de Pistoie, était accueilli comme demi-clerc^ demi-arttste, en FraDce, dans plusieurs cours dltalie, et particulièremeut à Rome, chei les Rospigliosi, qui traitaient avec bonté un compatriote. Il avait été employé comme agent secret par Mazarin et notamment dans les intrigues ourdies par la cour de France pour provoquer rÉlecteiir de Bavière à se porter candidat à l'Empire contre Léopold !«' (v. Mémoires de Cou/anges y éd. Monmerqué, 1820, in-12, p. 9t noté). Il fut pendant quarante ans un des plus infAmes espions de la cour de France, qui lui prodiguâtes pensious et les bénéflces, en payement des libelles, rapports, mémoires, délations, écrits de toute sorte, composés par lui contre les papes et leurs ministres. Presque tout ce qui est sorti de sa plume vénale a passé sous mes yeux : on ne peut rien imaginer de plus abject. Son témoignage, qui n'est jamais digne de foi, est d autant plus suspect pour rannée 1661, où se place Tiacident dont nous parions, qu'il traversait alors une crise où sa fortune fiiillit sombrer, mais d'où il sut se tirer à force d*lmpudence et d'adresse. Son principal protecteur, Mazarin, étant mort, il olTrit à d'antres ses services. Le 8 août 1661, il exprimait à Lionne son désespoir d'avoir perdu le cardinal, son maître. Je ne veux, dit-il, m'attacher qu'au roi. Je venx « loi faire savoir toutes choses qui viendront à ma connaissance, qui regarderont son service et sa gloire, (/uand même je devrais être pendu pour cela,., » Gardez-moi surtout le secret. « La recompense du zèle que f ai pour le service du roi serait une potence^ comme un châtiment d'un bon espion. » Je reçois mille

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fulur conclave, l'appui de la faction du roi. On dressa le projet d'unelettro royale, destinée au cardinal Antoine Barberini, pour recommander Rospigliosi à ses suffrages et à ceux de tout le parti français. Cette lettre fut, en effet, écrite le 17 octobre 1661(1), et demeura en la possession de Rospigliosi jusqu'au 10 juin suivant, mais elle fut alors confiée à des mains sûres pour être rendue à Lionne. Nous ignorons jusqu'à quel point Alexandre VII connut la vérité : il nous suffira de dire ici qu'en gardant Rospigliosi auprès de lui^ le pape lui ménageait les moyens de regagner entièrement sa confiance, ce qui arriva

offres de tous les princes d'Italie, de larchiduc d'Innspruck, des parents du pape, du cardinal Rospigliosi, de la reine de Suède, etc. « Je vous assure que, si j'étais ici longtemps, les Italiens gui sont ici pour le roi seraient les premiers à me perdre et à me rendre des mauvais offices dans cette cour, par l'envie qu'ils auraient que je servirais beaucoup mieux qu'eux, et que le roi serait mieux in formé par moi en un jour que par eux en un an. » — 15 août 1661 : Envoi de nouvelles dénonciations & Lionne pour le service du roi, « mon adorable maitre, » J'ai offert mon concours à M. d'Aubeville qui l'accepte avec reconnaissance et qui « m'appelle son ange tutélaire. w {Rome, 141.)— Mais bientôt Foucquet fut arrêté, et ses papiers firent connaître que Melani vendait au surintendant les copies de sa correspondance avecMazarin et Lionne. Il feignit alors de vouloir se retirer à Pistoie pour ne penser qu'à Dieu. 11 promettait de regretter toujours feu son bon maitre et son bon roi! 11 savait cependant tant de choses, apprises à la cour du papel (25 octobre 1661, Rome, 142.) 11 avouait ses rapports clandestins avec Foucquet et lui avoir envoyé les doubles de ses rapports à Louis XIV. « Oui, mon pauvre monsieur de Lionne, le roi m'a fait justice en vous déclarant qu'il était mal satisfait de moi; car la main qui a tracé toutes ces lettres mérite d'être coupée, mais mon cœur est innocent et mon âme n a commis aucune fante... Je pleure le jour et la nuit, comme quand on a perdu sa maîtresse... » (31 octobre 1661. Rome, 142.) — Comme il savait beaucoup de secrets et qu'il étadt capable de tout, Lionne le prit, et ses successeurs le conservèrent sous leur puissant patronage.

(1) « Mon cousin, étant bien informé que mon cousin le cardinal Rospigliosi a non seulement toutes les parUes requises pour mériter d'être élevé à la suprême dignité de l'Église, mais qu'il a une particulière inclination pour ma personne et pour les intérêts de ma couronne, je vous fais cette lettre de ma propre main, qui ne vous sera rendue que pendant le siège vacant et dans le conclave même, ponr vous faire savoir, et, par votre moyen, aux autres cardinaux démon parti, que je désire avec beaucoup d'ardeur Texaltation de mondit cousin le cardinal Rospigliosi, et que vous ne me pouvez tous rendre un service plus agréable qne de concourir de vos suffrages à l'élévation au pontificat d'un si digne sujet, vous conduisant tous en cela de la manière que lui-même, ou ses amis, vous témoigneront le souhaiter, ce que me promettant du zèle qne je sais que vous avez tous pour le bon succès de mes intentions, je ne TOUS ferai celle-ci plus expresse que pour prier Dieu, etc... A Fontainebleau, 17 octobre 1661. » ( Rome, 142.)

276 CnAPtTRE SIXIÈME

en efTet : le cardinal se retira lui-môme presque aussitôt de ses engagement avec les Français (1), et, s'il remplaça le pape Alexandre YII, son élection réunit tous les suffrages dans le sacré collège et fut applaudie par tous les princes.

D'ailleurs l'expérience et Tapplication du souverain pontife suffisaient à tout. Si, dans les grands emplois, il était domeuré étranger à quelques parties du gouvernement, par exemple, à l'administration de la justice criminelle, il avait bientôt triomphé de difficultés nouvelles pour lui. Doué de l'intelligence la plus prompte, il avait écouté d*abord les personnes les plus compétentes et s'était mis rapidement en état de prendre par lui-même les décisions les plus sûres (2). Il n'interrompit pas ses habitudes de travail, qui aggravaient cependant ses cruelles infirmités (3). Un Vénitien, habitué à l'appareil compliqué des nombreux conseils de la République^ ne pouvait que se montrer étonné, surtout devant les Pregadi, de la simplicité des formes adoptées par le souverain pontife. Le secrétaire d'État apportait et lisait les dépêches; le pape l'écoutait et décidait en peu de mots. Quand plusieurs cardinaux étaient appelés pour délibérer sur des affaires de grande importance, ilsexpri-

(1) IlDe8*étaitpascDcoredégagélor8que,lui,premiermiDislre d'Alexandre VII, il écrivait à Lionne eu ces termes : « Benche io mi renda certo che il dgaore Âtto Melaui non lascievadi rapprescntare a V. E. TinfinitaTeneratione conche ricevo i singolarissimi favori che del continuo mi dériva no dalla real clemenza di Sua Maestà, non posso non farne encor* io questa rivereatisûma expreuioae, perclièin essa appariscono in qualche parte i sentimenti di gratitudine e d*08scquio, che vanno in sommo grado cougiunti al pienissimo conosdmento che porto del mio gran debito, gia che il mostrarli corne vorrei, coo atti di eenrilù non mi vien perniesso dalla tenuità délie mie forze. Prego TEcc. V. a complacersi di farnc hnmiiissima insinuatione alla Maestà Sua, con eertezza d'accrescer sopra modo il cumulo degli oblighi che per tanti titoli li professe. » (il mars 1662. Rome, 144.)

(2) Les ([uatre ambassadeurs d'obédience (Relazionâj t. II, p. 169): « E bea vero che... in mol ta cosc &'r. mostrato nuovo, o particolarmeote nelle maierie criminali, onde g)i ë convenuto riportarsi in gran parle al parère de* suoi mlnistri ; ma la docilità sua e Tingegno disposto ail' apprensione d*ogiki più implicato affare assicurano la corte che ben tosto sia per reodersi cosl ittniUo, che potrà, scnzi alcun rischio, dipender dalla sola sua YoIontÀ. »

(3) Los quatre ambassadeurs (p. 172) : « ... Non resta perô che di qaesU anni non possano (les infirmités) patirc augmento, massime in chi faiica nel continuo cou la monte e non sa prcndersi quel riposi che sarebbero proprii dell* età c dclla maestà del grado. »

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maient leur opinion en toute franchise, colla dovuta sincerità, avec respect, et en observant cette loi de ne jamais introduire dans la discussion un sujet sur lequel ils ne fussent pas interrogés (1). Mais les grandes charges n'étaient confiées qu'à des hommes du premierméri te.

Rospigliosi avait pour collaboraleur Tabbé Salvetti, soussecrétaire d'État (2), homme « d'une habileté naturelle infinie, perfectionnée par trente-trois ans de service dans le même emploi, où il avait su satisfaire trois papes de génie si différent. Il n'était guère savant; mais son talent et sa longue pratique lui permettaient de confondre n'importe quel docteur. C'est avec lui qu'on aimait le mieux traiter une affaire, car il la possédait bien et l'exposait en termes faciles et courts; il fallait être bien attentif, car il ne disait pas une parole de trop et ne perdait pas une seule de celles qu'il entendait. Il était recherché plus qu'aucun autre ministre, parce que nul ne rendait au pape un compte plus exact de tout ce qu'on lui avait dit. Il savait se contenter du rang qu'il occupait, sans troubler le présent des préoccupations de l'avenir. Il lui suffisait de bien servir ses msdlres et de savoir qu'ils tenaient à lui; ne les flattant jamais, et ne quêtant pas les applaudissements pour lui-même (3).»

La daterie avait été donnée au cardinal Corradi. En annonçant ce choix, qui remontait aux premiers jours du pontificat, Lionne lui-même disait qu'Alexandre VII avait « cherché principalement la capacité jointe à. l'intégrité » (4). Corradi justifiait tous les jours les paroles de Lionne, et Basadonna nous le représente aussi comme un prélat pieux, sincèrement austère, infatigable au travail, désintéressé, très scrupuleux, ne se permettant pas même une raillerie sur ses adversaires, excellent jurisconsulte, orateur éminent; mais, comme sa charge lui imposait le devoir de défendre la discipline ecclésiastique contre les empiétements de la puissance civile et

(1) Sagredo, p. 234.

(2) Basadonna, p. 272 : « Che, per la diffidenza nella quale Rospigliosi è caduto, in effetto il primo luogo sostiene. »

(3) Ibid, : « Questo è un soggetto d'tiabilità naturale infinita, » etc.

(4) A Mazarin, 10 avril 1655. Rome, 129.

les complaisances des clergés nationaux, sa résistance aux solliciteurs de toute condition le faisait accuser d'être dur, entêté, peu courtois, d'Dublier ses promesses, de se rendre odieux aux princes et de les aliéner du saint-siège. Il avait des détracteurs, à Rome mème^ parce que sa sévérilé diminuait les revenus de la Chambre apostolique. Mais Alexandre, aussi peu intéressé que son ministre, le maintenait avec persévérance^ quoiqu'il eût laissé tomber les produits mensuels de la daterie Aq soixante mille écus à huit mille {l). Sagredo avait déjà constaté les plaintes que soulevait dans le monde catholique, et même parmi les officiers poiltilicaux, la rigueur d'Alexandre YII et de Corradi; mais il y voyait un sujet de louange pour Tun et pour l'autre : « Qui voudra, dit-il, y réfléchir sans passion, n*y trouvera rien à dire, puisque le pape s'expose ainsi à des pertes pour ne point altérer davantage la discipline ecclésiastique (2), » Ainsi, des règles beaucoup plus sévères limitaient la concession des dispenses matHmoniales. Un autre abus fut supprimé qui avait fait tonner les princes au temps du concile de Trente : les résignations de bénéfices, au moyen desquelles des abbayes et même des évèchés se perpétuaient, comme un héritage, dans les familles. Aujourd'hui, dit Sagredo, le pape n*cn veut plus, et tout le monde se plaint de lui (3) !

Sans parler des célèbres Congrégations fondées par Sixte- Quint, qui fonctionnaient régulièrement et où brillaient les cardinaux François Barbcrini, Ottoboni, Azzolino, Albizzi et tant d'autres, ni de la Congrégation d'État que le pape convoquaitdans les casextraordinaires, Alexandre aimait & consulter aussi sur les affaires graves les cardinaux Pallavicino et Borromeo (4). Le premier, aussi pieux que savant, était célèbre

(1) Basadonna, p. 271 : « Ridotta coDtro il proprio intéresse la datarlaad olto mille scudidi rendita mensuale^ che ne fruttava sessania, »

(2) Sagredo, p. 248.

(3) Sagredo, ibid, : « Ora il papa vi ha chiusa la porta. Quando si coneedewino erano diuno scandalo f/randc nclmondOf e fu una délie prindpali qiierele èhe Del concilio di Trento si formava deJla corte Roma, ed ache U principi donandavano rimedio. Al présente che si negano comunementêf U tnondo na retia mal soddisf alto, >

(4) Sagredo, p. 234.

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